‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 152 sur 174 · III. PROVINCE DB CO.NSTANT1NB · texte numérisé non relu

III. PROVINCE DB CO.NSTANT1NB

Cette province est certainement la plus curieuse à étudier, au point de vue ethnographique. Nous y retrouvons l'élément berbère intact :

1° Dans la vaste région montagneuse qui s'étend de Collo à Mila et de celte ville à Bougie, avec la plaine de la Mcdjana pour limite méridionale. Ces populations descendent des anciens Ketama, dont nous reconnaissons de nombreuses fractions intactes :

Beni-Khattab et Beni Silinc, près d'El-Milia. 0. M'hammed, commun indigène de Djidjeli. Eiad ou Aïad, canton d'Akbou.

Beni-Merouane, près Mila.

Djimla entre Sétif et Djidjeli, et autres. Dans les vallées de ce massif : Ouad-Guebli, Ouad-cl-Kebir, Ouad-Bou-Slah et Ouad-Sahel, l'influence et l'élément arabes ont pénétré et arabisé, plus ou moins, les populations par le contact.

Nous retrouvons, en outre des groupes arabisés des Ketama, ou plutôt des Sedouikch, leurs descendants, de la plaine, savoir: Rig'a, Dehara et Guebala, (du nord et du sud), dans le massif du Bou-Tuleb, au midi de Setif, et dans les régions adjacentes.

Darsoun, près Constantinc.

Abd-en-Nour, Telar'ma et autres occupant les plaines entre Constantinc et Sétif.

2° Dans la région montagneuse située entre la Mcdjana et l'Ouennour'a:

Mezita, Adjica et fractions Sanhadjiennes. 3° Dans l'Aourès :

Les Chaouia, berbères Zenètes de la famille d'Ouacine (troisième race), et quelques Beni-Ifrene.

En outre de ces groupes à peu près purs, on retrouve l'élément berbère, plus ou moins arabisé, dans les tribus suivantes ; Zardeza, entre Jemmapes et El-IIarrouche. Oulhaca et Sanhadja, près de Bône.

Oulad-Soultan, à Ncgaous (sud-ouest de Batna). Enfin, toutes les populations des montagnes du littoral, entre Philippeville et la Tunisie.

HISTOIRE DE l'aFRIQCB

A cela il faut ajouter les grandes tribus berbères {Houara, Nefzaoua, Louata, Kclama), arabisées déjà à la fin du xiv' siècle, rénovées et ayant incorporé dans leur sein des groupes arabes, notamment :

Les Henanecha, aux environs de Souk-Ahras.

Nemamcha, près de Tébcssa.

Harakta, près d'Aïn-Beïda.

B. Ouelbane, près de Semendou.

Abd-cn-Nour, Telar'ma déjà cités, et bien d'autres. Quant à l'élément arabe il a été, dans toutes les vallées du Tel atteintes par lui depuis longtemps, entièrement absorbé, fondu au milieu de la race indigène, à ce point qu'il est impossible de le distinguer actuellement des Berbères arabisés avec lesquels il est en contact. Citons comme types:

Les Beni-Merdès, près de Bône.

Drcïd, fondus, partie dans la région de l'Ouad-Zenati et partie dans celle de Tébessa.

Garfa (Guerfa ou Karfai , entre Aïn-Beïda et l'Ouad- Zenati.

Atïa, près d'Aïn-Mokra, et peut-être jusqu'aux environs

de Philippcville.

Oulad-Mâdi, près de Bou-Aréridj.

Oulad-Saoula, dans le Zab, près Biskra.

Daouaouida, répandus dans le Zab et le Hodna. Les tribus arabes restées pures se trouvent dans les Hauts- Plateaux et le Sahara. Ce sont :

Les Oulad-Saïd, Mckhadma, Djelal, Farès, Amer, etc. Enfin, les beys de Constantine, ayant eu le soin d'incorporer au domaine de nombreux territoires, y installèrent des tenanciers qui ont formé partout dans ces Azels de nouveaux groupes ; ils constituèrent en outre de toutes pièces des tribus entières pour le service des Makhezen, notamment les:

Zcmoul, Barranïa, Beni-Siline et autres.

En 1830, le bey EI-IIadj-Ahmed règne en vrai despote à Constantine et, par suite de la chute du dey, il va prendre le titre de pacha, dans lequel il sera confirmé par la Forte. En attendant, il s'occupe avec activité et intelligence de la construction d'un palais digne de lui. Les matériaux qu'il a commandés en Italie par l'intermédiaire de son représentant de Bône, étant insuffisants, il se procure ce qui lui manque: plaques de marbre, colonnes, carreaux de faïence, etc., en les enlevant, sans permission, aux demeures de ses administrés,

ICTAT DE l'aFRIQIE EN 1H30

Dans toutes les directions, les marabouts sont nombreux ; mais on ne trouve pas, parmi eux, ces grandes figures qui s'imposent en dominant les autres, et nous nous dispenserons d'en citer.

Il en est autrement des familles féodales, dont nous avons suivi autant que possible le développement, et que nous allons passer en revue.

Celle des Bou-Aokkaz, à la tète des Daouaouida, et dont le chef, Farhate-ben-Saïd, a porté le titre de Cheihh-el-Arab. C'est le vrai maître du Zab, du Modna et de la région qui confine au nord, à la plaine des Abd-en-Nour.

Celle des Ben-Gana, d'origine plus réconte, que le boy Ahmedel-Kolli a opposée à la précédente, et dont le chef, Mohammed- Bel-Hadj-ben-Gana, a reçu d'Fl-IIadj-Ahmed-bey, renouvelant ce qui avait été fait par son aïeul Kl-Kolli, le titre quelque peu honoraire de Cheihh-cl-Arnh.

Celle des Mokrani de la Medjana, bien réduite par ses luttes intestines. Son chef, reconnu par les Turcs, est alors le vieux Ben-Abd- Allah, de la branche des Oulad-cl-IIadj. Mais Ahmedbcn-Mohainmed et Abd-es-Selam, deux de ses parents, sont sur le point d'entrer en scène.

Celle des Oulad-Achour, dans le Fcrdjioua, dont le chef est, alors, Bou-Rennane ; son cousin, Maggoura, tient la campagne contre lui et lui dispute le pouvoir. Mais c'est le jeune Ahmcd- Bou-Aokkaz, neveu de Bou-Rennane, qui va, avant peu, s'en emparer, même par le meurtre de ses parents.

Celle des Harar, qui se trouve, pour le moment, écartée du commandement des Ileuanecha, par l'usurpateur Rezgui.

Celle des Bcn-Mcrad de Garfa et celle des Rou-Dïif de l'Aourès.

Knfin à Touggourt, règne toujours celle des Ben-hjellab. Le sultan Amer vient de mourir ou va mourir, laissant le pouvoir à son frère Brahim.

Tl'NISIK.

A Tunis, la cession de la pèche du corail à une compagnie anglaise, qui avait d'abord paru une opération si fructueuse, ne fut, en réalité, qu'une source d'ennuis pour la régence. Press) par Thatcher, le bey s'était laissé entraîner à lui accorder un droit qu'il n'avait pas: celui de pécher jusqu'à La Callc ( 1 S2G j ; mais, devant l'opposition énergique du consul de France et le peu d'appui du gouvernement de son pays, le concessionnaire dut renoncer à son projet et résilier ses engagements avec le bey.

Kn 1827. l'Fspagne faillit rompre avec la Tunisie et rappela son consul. Peu après, on reçut à Tunis la nouvelle du départ de

HISTOIRE DE I. AFRIQUE

M. Deval, d'Alger, et du blocus des côtes par la France, à la suite de la déclaration de guerre. Le bey en témoigna hautement sa satisfaction et résista à toutes les tentatives d'un agent, envové auprès de lui par le dey, pour l'entraîner dans son parti. Les relations devinrent très tendues entre les deux régences, et Housseïn-bey se prépara à la guerre, en organisant son armée et complétant sa marine. La nouvelle du désastre de Navarin, dans lequel presque tout le contingent tunisien fut détruit, détourna un peu le cours des sentiments d'amitié pour la France. Mais des préoccupations d'un autre ordre vinrent absorber le bey. Par suite des dépenses considérables faites dans les dernières année?, de la diminution des recettes et de la mauvaise administration du premier ministre Moustafa, on s'aperçut, un jour, que le trésor était vide. Fn même temps, les réclamations des créanciers arrivaient de tous côtés. Envisageant avec virilité la situation, le bey destitua son ministre, le remplaça par un ancien esclave géorgien, nommé Chakir, homme énergique et habile, qui proposa immédiatement et fit accepter au bey un grand nombre d'économies, notamment la suppression d'emplois militaires et autres occupés par des Turcs et le licenciement d une partie de la milice. Mais, en tout pays, ceux qui profitent des abus s'insurgent contre ceux qui veulent les supprimer, et ce fait se produisit à Tunis. Par bonheur, le consul de France put être mis au courant de la conspiration, en prévenir le bey qui se trouvait aux bains de Hammam-Lif, et l'aider à réprimer l'émeute avant la réalisation du plan, très habilement conçu par les conjurés.

Au commencement de 1830, lorsqu'arriva à Tunis la nouvelle de la préparation de l'expédition française contre Alger, il se produisit dans la population, et surtout parmi les Oulama, une certaine agitation. On ne comprenait pas que le bey refusât de prendre part à la (juerre sainte. Mais Housseïn résista fermement à toutes ces excitations, offrit et donna son concours effectif à la France ; puis, après la prise d'Alger, envoya, à M. de Bourmont, une députation pour le féliciter. On suppose, et nous ne serions pas éloigné de le croire, en raison des actes ultérieurs du général Clauzel, qu'il conçut, dès lors, la pensée de devenir le roi de la Bcrbérie, sous le protectorat de la France.

Nous ne nous étendrons pas sur la situation ethnographique de la Tunisie. File se rapproche de celle des plaines de la province de Constantine. Envahie depuis plus longtemps encore par l'élément hilalien, possédant moins de régions reculées ou d'accès difficile, elle est plus arabisée et les tribus berbères y ont encore moins conservé les caractères ethniques. Nous y trouvons:

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