‹ Histoire de l'alchimie, XIVme siècleChapitre 14 sur 50 · NICOLAS I- L A M E L · texte numérisé non relu

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manipulations souvent dangereuses, demandant un contrôle incessant, quand la fatigue l'abattait sa femme prenait sa place. Dans de pareilles conditions, il y avait peu de place pour Eros, les hommes d'étude font généralement de médiocres mâles. Aussi l'amour des deux époux était-il d'autant plus épuré et tendait vers l'union parfaite de Platon.

Il esta croire que Flamel aurait suivi de près Perneile, si de nombreuses affaires ne l'avaient empêché de se livrer tout entier à son chagrin. Perrier et Isabelle, son beau-frère et sa belle-sœur qui ne soupçonnaient point l'existence du codicille, furent fort étonnés d'apprendre que le testament était annulé spécialement à leur endroit par le dit codicille et qu'ils devraient se contenter d'une somme de trois cents livres une fois payée. Aussitôt leur mécontentement éclata, il n'y eut misères qu'ils n'essayèrent de susciter, grâce à eux il fut impossible de se reconnaître dans l'inventaire des biens de la défunte, ils firent même, avant la fin du dit inventaire, saisir la succession par un huissier du parlement. Dignes parents ! il y avait à peine huit jours que Perneile était morte ! Si l'on juge de leur caractère par ce dernier trait, on comprend parfaitement que Flamel, malgré la douceur de son caractère, ait été entraîné à tout une série de procès. Les exé-

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cuteurs testamentaires et Flamel portèrent le différent au Parlement, au Châtelet, aux Requêtes du palais. L'abbé ViÙain donne de grands détails sur cette affaire, on pourra s'y reporter. Le procès intenté par Perrier à son beau-frère n'était pas pour les rapprocher, aussi malgré que le curé de Saint-Jacques, Hervey Roussel les ait réconciliés, les bonnes paroles prononcées de part et d'autre furent plus sur les lèvres que dans le cœur. Isabelle et Perrier délaissèrent leur beau-frère, et il n'est plus question d'eux dans le reste de cette histoire. Un seul de leurs trois fils fut distingué par Flamel qui lui laissa un manuscrit d'alchimie de sa propre main, don précieux entre tous.

Quoiqu'il en soit, ces procès, ces chicanes avaient opéré une heureuse révulsion, en ce sens que Flamel fut détourné de son chagrin. L'angoisse des premiers moments se changea en un souvenir vivace, mélange de regrets et d'espérance. Ce qu'il dit de la chère défunte dans le livre des figures lui sera comme éloge funèbre « .... mais la bonté du très grand Dieu ne m'avoit pas comblé de cette seule bénédiction que de me donner une femme chaste et sage, elle estoit d'abondant non seulement capable de raison, mais aussi de parfaire ce qui estoit raisonnable, et plus discrette et secrette que le

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commun des autres femmes. Surtout elle estoit fort dévotieuse.... »

Resté seul, Flamel ne va plus avoir que deux mobiles, assurer son salut par de bonnes œuvres, faire passer sa mémoire à la postérité par des monuments ou des ouvrages symboliques pouvant en même temps guider les alchimistes ses frères dans leurs recherches. Dès l'année 1399 nous le voyons, ainsi qu'il ledit expressément, travailler à son livre des figures hiéroglyphiques ; il était alors tranquille, les affaires relatives à la succession de Pernelle étaient terminées ; mais en cette année 1399, il n'écrivit que la" première partie de ce traité, ce qui semble peu, mais il faut remarquer que les huit-pages inquarto d'imprimerie du livre des figures qui correspondent à cette première partie et qui demanderaient à peine quelques heures pour être copiées en écriture cursive, demandaient plusieurs semaines, plusieurs mois même alors qu'on écrivait en gothique. Si nous prenons pour exemple le livre des Lavures, écrit de la propre main de Flamel, on verra que toutes les lettres sont à peu près d'égale dimension, de plus de nombreuses lettres ornées se trouvent au commencement des chapitres, un manuscrit de ce temps représentait une somme énorme de travail, quand il était écrit en lettres moulées. Enfin c'était

là un ouvrage original et non une copie. Aussi Flamel peut fort bien n'avoir écrit que cette première partie en l'an 1399. II fut forcé d'abandonner son travail momentanément, par suite de diverses circonstances qui nous sont inconnues.

Peu de temps après la mort de Pernelle, le Roy de France ayant besoin d'argent, leva un impôt extraordinaire, tous les bourgeois de Paris furent taxés selon leur importance. Flamel, qui passait déjà pour fort riche, fut déclaré taillable pour la somme de cent francs, ce qui est considérable pour l'époque. Néanmoins il s'exécuta de bonne grâce. Deux ou trois ans après, les finances étant de nouveau très bas, on eut recours au même système et Flamel fut taxé de 30 francs. Mais cette fois-ci il commemça à s'inquiéter et tout porte à croire qu'il réclama, ayant tout intérêt à se donner pour plus pauvre qu'il était réellement. Il se réclama de sa fonction de libraire juré de l'Université, prétendant qu'en cette qualité il n'était pas taillable. Ce débat dut faire quelque bruit, car le roi Charles VI voulant savoir à quoi s'en tenir à propos de ces bruits qui couraient sur Flamel, chargea Cramoisi, maître des requêtes, de s'enquérir à ce sujet. L'écrivain après avoir bien pesé Cramoisi, l'ayant trouvé discret, lui avoua qu'il possédait le secret de la pierre

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philosophale, et pour acheter son silence, il lui donna un matras plein de poudre de projection... Cramoisi fit sans doute un rapport favorable, car depuis, Flamel ne fut jamais inquiété. On conserva longtemps le matras comme une relique dans la famille du maître des requêtes, rapporte Borel, de qui nous tenons cette histoire. Cette visite eut lieu environ Tan 1400.

Certain d'être désormais tranquille Flamel put se livrer tout entier à ses bonnes œuvres et surtout à son amour des constructions pieuses. En 1402, comme on reconstruisait le portail de Sainte Geneviève des Ardents, Flamel voulut y contribuer pour une large part. Ce portail, dit l'abbé Villain, fut construit des aumônes de plusieurs ainsi qu'on le voit par une inscription placée au-dessus ; c'est très-bien, seulement nous ferons observer que pour avoir obtenu la permission d'y faire sculpter son image et diverses inscriptions de sa façon, il fallait que notre alchimiste eut fait plus que les autres donateurs. Le portrait de Flamel qui est placé en tête de l'ouvrage est fait d'après de celui qui se trouve dans l'histoire critique de Nicolas Flamel et de Pernelle sa femme, et qui avait été gravé justement d'après la statue de Flamel placée dans une niche à côté du portail de Sainte Geneviève des Ardents. Il y est représenté vêtu d'une robe

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longue à capuchon, au côté pendent les insignes de son art. Quant aux inscriptions, nous laisserons sur ce point la parole à l'abbé Villain : « Nous avons vu, dit-il dans son Essai sur Saini- Jacques la Boucherie, au portail de Sainte Geneviève des Ardents, une croix gravée sur une pierre auprès de laquelle on lisoit ces paroles qu'il paraît que Flamel y avait fait écrire.

n De Dieu nostre Sauveur Et de sa digne croix Soit mémoire au péciieur Chacun jour plusieurs fois ».

Nous n'avons pas de documents précis permettant d'établir ce que fit Flamel dans les années qui suivirent ; en 1406 seulement nous le voyons acheter une maison rue de Montmorency, plus deux écuries et un terrain vague qui séparait ces acquisitions d'une maison sise au coin de la rue. Ce quartier faisait alors partie des faubourgs de Paris et venait d'être compris dans la nouvelle enceinte. Comme il voulait faire bâtir sur ce terrain, il dut s'entendre avec les moines de Saint-Martin, seigneurs de cette partie du faubourg, ceux-ci ne firent au reste aucune difficulté, Flamel leur ayant assuré qu'il voulait bâtir une sorte d'asile pour de pau-

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vres ménages. Ils spécifièrent seulement dans l'acte qu'on ne bâtirait ni église ni chapelle, les bons moines redoutaient la concurrence pour leur église Saint Martin des Champs, Flamel, en reconnaissance de leurs bons procédés, fait à leur prieuré une rente perpétuelle de 10 sols parisis, plus une somme de lo autres sols à percevoir chaque fois qu'il y aurait un changement de prieur. Libre alors, notre alchimiste fit construire une maison qui fut appelée la maison du Grand Pignon. Elle avait deux étages et un grenier, et portait au fronton du rez-de-chaussée une série de sculptures figurant onze personnages. On y voyait de plus le portrait de Flamel gravé au-dessus du linteau de l'une des portes. Cette maison existait encore en 1852, c'était la troisième à . droite en entrant par la rue Saint Martin. M. Auguste Bernard nous en laisse la description ; elle occupait le 5 1 de la rue de Montmorency, le pignon détruit au xvui° siècle avait été remplacé par un troisième étage. Au-dessous des figures dont nous parlions tout-à-l'heure, M. Bernard a relevé l'inscription suivante, en caractères gothiques de 6 centimètres de haut, et 10 pour les majuscules : Nous hommes et femmes laboureurs demourans au porche de ceste maison qui fut faite en l'an de grâce mil quatre cens et sept, som-

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mes tenus chascun en droit, soy dire tous les jours une pate nostre et un ave maria, en priant Dieu que sa grâce face pardon aus povres pécheurs trespassez. Amen.

La maison de la rue de Montmorency commencée en 1406 avait été achevée en 1407. Un petit fait mentionné par l'abbé Villain montrera combien Flamel savait se faire aimer de tous ceux qui l'approchaient. Ses ouvriers avaient bâti un des murs de telle sorte qu'il avait perdu sur la plus grande longueur de sa maison plus d'un demipied de large. Il s'en aperçut trop tard, néanmoins il en fit part à son voisin, un nommé Pasquier, gendre d'un certain Barthélémy Crocquemeure, qui avait déjà eu affaire avec Flamel et s'en était bien trouvé ; donc le dit Pasquier abonda dans son sens, et lui fit don d'une cour attenante aux terrains de Flamel: « Pour la bonne amour et affection qu'il avait au dit Nicolas, en recompensation de ce qu'en faisant par le dit Nicolas ses édifices, il a perdu par simplesse plus d'un demi pied de sa terre en aucune partie du long de sadite cour. » Et il laisse à Flamel le loisir de faire un mur « tel et fait en tel temps qu'il le jugera à propos » ; de plus il lui laisse je pouvoir d'ouvrir des fenêtres pour avoir vue chez lui Pasquier, si bon lui semble.

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Cependant Flamel, qui avait acheté une maison et en avait fait construire une autre, voulut encore s'étendre de ce côté. Il acheta donc celle qui faisait le coin de la rue de Montmorency et de la rue Saint-Martin, et qui s'appelait la maison de la belle Image. Il n'y eut pas de difficultés, car il offrait le double de ce que tout autre eut donné raisonnablement, elle lui fut donc adjugée au prix de 155 livres tournons. Il dut de plus acquitter les droits seigneuriaux, soit 4 livres, 1 1 sols et 6 deniers, et à racheter les rentes qui existaient sur la maison, pour le prix de 50 écus dor et quelques deniers, plus pour la vente des rentes 56 sols parisis.

La maison qui suivait celle-ci, dans la rue Saint-Martin, dite maison de la Herse, et qui était fort petite, lui fut donnée en pur don par Margot la Quesnel sa servante qui en était propriétaire. Flamel ne s'arrêta pas en si beau chemin et il acheta encore la maison du Puits, qui tombait en ruines, sise dans la rue de Montmorency en face la maison du Pigeon, il l'.eutpour environ40 livres et une transposition de rente. Pour se faire une idée juste sur ces acquisitions et sur la valeur de l'argent à cette époque, on considérera que sa maison du coin de la rue Saint-Martin et la maison de la Herse ayant été reconstruites au xvi" siècle, il en coûta 23.200 francs à la

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fabrique de Saint-Jacques, ce qui correspondrait de nos jours à plus de cent mille francs et encore ne s'agit-il ici que de la moitié à peine des terrains qu'il possédait rue de Montmorency et rue Saint- Martin.

Flamel fit relever la maison du Puits et ces différents locaux furent attribués par lui à des bonnes œuvres de la manière suivante. Le rez-de-chaussée et le premier étage de ces maisons étaient loués et l'argent de ces loyers servait à subvenir aux besoins de ménages pauvres logés gratuitement au deuxième étage et dans les galetas.

Ces œuvres de charité ne détournaient point Flamel de ses constructions pieuses. En cette même année 1407 nous le voyons faire travailler au charnier des Innocents et à Saint-Nicolas des Champs. Il avait déjà fait construire une arcade aux Saints-Innocents en 1 389, celle qu'il fit construire en 1407 est de beaucoup la plus intéressante des deux, car elle contenait ces fameuses figures hiéroglyphiques au double sens théologique et hermétique.

Nous allons en donner la description en l'accompagnant du sens hermétique selon le Livre des figures hiéroglyphiques; comme nous ne pouvons entrer ici dans de grands détails explicatifs, nous prions le lecteur de se reporter pour de plus amples renseignements à notre

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ouvrage : Théories et symboles des Alchimistes, Sur le côté de l'arche on voyait d'abord une écrltoire enfermée dans une petite niche, c'est le symbole de l'œuf philosophique enfermé dans TAthanor. Les autres figures sont groupées, on remarque à gauche Saint-Paul, vêtu d'une robe citrine brodée d'or, tenant un glaive nu à la main ; à ses pieds est un homme à genoux (Flamel lui-même), vêtu d'une robe orangée, blanche et noire.

C'est l'indication des couleurs que prend la matière philosophique quand elle passe du noir au blanc. A côté, c'est-à-dire au milieu de l'arche sur champ vert trois ressuscitants, deux hommes et une femme entièrement blancs, deux anges au-dessus d'eux, et dominant les anges la figure du Sauveur venant juger le monde, vêtu d'une robe citrine et blanche. Le champ vert indique qu'entre la couleur noire et la blanche, paraît quelque temps la verdeur. Les trois ressuscités sont le corps, l'esprit et l'âme de la Pierre au blanc. Le Seigneur c'est la pierre blanche ou petit élixir.

A droite, faisant pendant à saint Paul, on voit saint Pierre vêtu d'une robe rouge, ayant une clef dans la dextre, à ses pieds, une femme (Pernelle) vêtue d'une robe orangée. Tout ceci a trait à la couleur rouge, qui apparaît à la fin du grand-œuvre.

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On trouve donc indiquées en procédant de gauche à droite, les trois couleurs principales de l'œuvre : noir, blanc^ rouge. Quant aux figures de la rangée inférieure, les deux dragons, l'un ailé, l'autre sans ailes, de couleur jaune, bleu et noir, représentent les deux principes de la Pierre, le fixe et le volatil, le soufre et le mercure. Michel M aïer parlant de Flamel dans son ouvrage : S/mbola aurece mensœ, regarde comme symboles particuliers à Flamel la sphère surmontée de la croix et les deux serpents ou dragons enlacés, l'un ailé, l'autre sans ailes; on retrouve en effet ces deux symboles dans la plupart de ses hiéroglyphes.

Ici se- place une explication réjouissante de ce bon abbé Villain, naturellement il nie que ces figures aient un sens hermétique quelconque, et il y voit les quatre animaux symboliques des évangélistes, les deux figures de droite sont l'ange et le lion et les deux à gauche : l'aigle et le taureau. Que le lion ait des ailes et que l'ange n'en ait pas, passe encore, mais avouons qu'un taureau sans cornes et qu'un aigle pourvu d'oreilles, de pieds fourchus et d'une queue de serpent, sont des animaux bien curieux. Que l'abbé Villain leur refuse un sens hermétique, c'est son droit ; de notre côté nous refusons énergiquement de voir un taureau et un aigle là où il n'y a que deux dragons.

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A côté des dragons on voit un hornme et une femme .vêtus d'une robe orange sur champ d'azur (Flamel et Pernelle en leur vieillesse), c'est la conjonction du fixe et du volatil. Viennent ensuite les trois ressuscités que nous avons déjà expliqués. A droite de ceux-ci. deux anges de couleur orangée sur fond violet, c'est l'indication des couleurs qui apparaissent avec la couleur finale, le Rouge. Enfin àl'extrémité sur champ violet, un homme écarlate terrassé par un lion ailé rouge, couleurs finales. Quant aux trois cartouches situées au-dessous, c'est le massacre des Innocents, symbole de la préparation delà matière du grand-œuvre.

Flamel fit en même temps élever au cimetière des Innocents en face de cette arcade un mausolée pour Pernelle ; nous avons donné quelques détails sur ce tombeau en un précédent chapitre.

D'après Salomon, Flamel fit en cette année 1407 commencer certains travaux dans la rue du cimetière de Saint-Nicolas des Champs près de la rue Saint-Martin. On y voyait deux bâtiments en pierre de taille, celui de gauche était resté inachevé : « H y a, dit Salomon, quantité de figures gravées dans les pierres avec un N et une F gothiques de chaque costés. » Ces bâtiments étaient, comme ceux de la rue de Montmorency, destinés à servir

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de maisons hospitalièrees. Sur l'un des bâtiments il y avait : fait en 1407, et sur l'autre fait en 1410. Ils étaient situés face à face de part et d'autre de la rue.

En l'année 141 1, la chapelle de l'hôpital Saint-Gervais qui tombait en ruines fut entièrement reconstruite surtout arrâce aux libéralités de Flamel. La façade et le portail de la nouvelle chapelle étaient couverts de figures et de légendes à la manière ordinaire de Flamel, il s'y était fait représenter lui-même à genoux, comme au portail de Sainte-Geneviève des Ardents. Cette chapelle, située rue de la Tixeranderie, fut comme toutes les autres fondations de Flamel, un lieu de pèlerinage pour les alchimistes jusques vers le milieu du xvni» siècle où elle fut convertie en maison et les ornements de la façade détruits.

Pour en finir avec les propriétés de Flamel disons encore qu'il paraît avoir possédé, outre les immeubles précités, deux autres maisons : la maison à l'image Nostre-Dame rue au Maire, et la maison à l'image Sainte- Catherine, rue du Temple. Enfin Sauvai prétend que de son temps on voyait encore quatre gros chenets ou barreaux de fer dressés proche le portail de l'hôpital Saint- Gervais et rue de la Fèronnerie= Les alchimistes prétendaient qu'ils avaient été mis là par Flamel et ils y voyaient de grands mystères.

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A partir de 141 1, il semble que Flamel se soit reposé; tous ces bâtiments qu'il élevait lui causaient trop de soucis, lui prenaient trop de temps, visiter les chantiers, établir des devis, surveiller les travaux, c'était beaucoup de fatigues pour un vieillard ; car Flamel était très âgé, en le supposant né en 1330, il avait alors quatre vingt un ans. Il est représenté deux fois dans les figures de la seconde arche qu'il avait fait bâtir aux Innocents. Dans la partie supérieure il est avec Femelle représenté en sa jeunesse et au-dessous il est figuré tel qu'il était en 140-. C'était alors un vieillard cassé par l'âge. Détail particulier, Flamel dans sa vieillesse portait la barbe. Sentant chaque jour ses forces s'épuiser, il se renferme chez lui, vieillard songeur, aimant à revivre le passé, l'arrivée^à Paris, l'apprentissage chez un écrivain, le mariage avec la sage et douce Pernelle, puis la découverte du livre d'Abraham, les recherches laborieuses, les travaux dans la cave transformée en laboratoire, le pèlerinage à Saint- Jacques de Compostelle, Maître Canches, la première transmutation, le pieux emploi des nouvelles richesses. Ou bien encore il relisait les écrits des vieux philosophes, demêlantla vérité sous leurs énigmes. Tranquille, n'ayant plus d'occupations absorbantes, il se mit à écrire quelques traités d'alchimie, en 1413 il termine lè Livre des

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figures hiéroglyphiques qu'il avait commencé en 1399, et l'année suivante il adresse à son neveu le Psautier chimique. Quant aux autres ouvrages qui lui sont attribués, ils ne nous ont pas semblé assez authentiques pour nous en occuper ici, nous en reparlerons au chapitre IX.

Flamel sentait avec joie sa fin approcher, ce n'était pour lui qu'une délivrance, il allait renaître sur un plan plus élevé à une vie meilleure, aussi avait-il fait non seulement son testament, mais encore on avait préparé sous ses yeux sa pierre tumulaire qu'il conservait dans sa maison; il recommandait par une clause expresse de son testament de mettre cette pierre au-dessus du lieu où il serait enterré dans l'église de sa paroisse. Son testament est daté du dimanche 22 novembre 141 6. Ayant terminé ses préparatifs pour le grand voyage, Flamel attendit dans la prière, la volonté de Dieu. Il mourut enfin le 22 mars avant Pâques 141 7. Il avait alors plus de quatre vingts ans. Il fut enterré dans l'église Saint-Jacques de la Boucherie, vers l'extrémité de la nef ; la pierre qu'il avait fait préparer fut scellée au pilier le plus proche du caveau où il reposait.

Flamel mort, son histoire n'est pas terminée et l'on peut dire qu'elle s'étend jusqu'à nos jours.

L'analyse de son testament, les aventures de ses des-

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cendants, les fouilles faites dans sa maison, l'histoire da ses ouvrages, les opinions contradictoires des littérateurs et des savants qui se sont occupés de lui, tout cela ne forme-t-il pas comme l'âme même de l'histoire de Flamel ; aussi nous étendrons-nous longuement sur ces diverses questions.

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