‹ Histoire de l'alchimie, XIVme siècleChapitre 39 sur 50 · I. E 1 1 V R F. DES F I G L' R E S · texte numérisé non relu

I. E 1 1 V R F. DES F I G L' R E S

profit d'icelles. Qu'en second lieu il soit plus advisé qu'auparavant ; qu'il sonde et profonde mes figures, couleurs et rouleaux : notamment mes rouleaux, parce qu'en cest art on ne parle point vulgairement. Qu'il demande après en soy-mesme, pourquoy la figure de sainct Paul est à la main droite, au lieu où on a coustume de peindre saint Pierre, et celle de saint Pierre au lieu de celle de saint Paul ? Pourquoy la figure de saint Paul est vestûe de couleur blanche citrine, et celle de saint Pierre de citrine rouge ? Pourquoy aussi l'homme et la femme qui sont aux pieds de ces deux saincts priant Dieu comme s'ils estoient au jour du jugement, sont habillez de couleurs diverses et ne sont nuds en ossements comme ressuscitans ? Pourquoy en -ce jour du Jugement on a peint cest homme et ceste femme aux pieds des saincts. Car ils doivent estre plus bas en terre, non au' Ciel ? Pourquoy aussi les deux anges orangés qui disent en leurs rouleaux : Surgile mortui, penile ad judicium Domini mei, sont vestus de cette couleur, et hors de leur place, car elle doit estre en haut au Ciel, avec les deux autres qui sonnent des instrumens ? Pourquoy ils ont un champ violet et bleu ? mais principalement pourquoy leur rouleau qui parle aux morts, finit en la gueule ouverte du Lion rouge et volant ? Je voudrois donc qu'après ces

NICOLAS FLAMEL

questions et plusieurs autres qu'on peut justement faire, ouvrant entièrement les yeux de l'esprit, il vint à conclure que cela n'ayant point esté faict sans cause. On doit avoir représenté sous leur escorce quelques grands secrets qu'il doit prier Dieu luy descouvrir. Ayant ainsi conduit sa créance par degrez, je souhaite encore qu'il croye, que ces figures et explications ne sont point faictes pour ceux-là qui n'ont jamais veu les livres des philosophes, et qui ignorans les principes métalliques, ne peuvent estre nommez enfans de la science. Car s'ils veulent entièrement ces figures ignorans le premier agent, ils se tromperont sans doute, et n'y entendront jamais rien pour tout. Qu'aucun donc ne me blasme, s'il ne m'entend aisément, car il sera plus b'.asmable que moy., en tant que n'estant point initié e:i ces sacrées et secrettes interprétations du prem'er agent (qui est la clef ouvrant les portes de toutes sciences) néantmoins il veut entendre les conceptions plus subtiles des philosophes très envieux, qui ne sont escrites que pour ceux qui sçavent desja ces principes, lesquels ne se trouvent jamais en aucun livre, parce qu'ils les laissent à D'.eu, qui les révèle à qui luy plaist, où bien les faict enseigner de vive voix par un maistre par tradition cabalistique, ce qui arrive très rarement.

LE LIVRE DES FIGURES

Or, mon fils, je te peux ainsi appeler, car je suis desja venu à grande vieillesse, et d'ailleurs, peut-estre, tu es fils de science. Dieu te laisse apprendre, et puis ouvrer à sa gloire, escoute-moy donc attentivement, mais ne passe plus avant, si tu ignores les principes susdits.

Ce vaisseau de terre en cette forme, est appelé par les philosophes le triple vaisseau, car dans iceluy y a au milieu un estage, et sur iceluy une escuelle pleine de cendres tièdes, dans lesquelles est assis l'œuf philosophie, qui est un matras de verre, plein de confections de l'art (comme de l'escume de la mer rouge, et de la graisse du vent Mercurial) que tu voids peint en forme d'escritoire. Or ce vaisseau de terre s'ouvre par dessus, pour y mettre au dedans l'escuelle et le matras, sous lesquels par cette porte ouverte se met le feu philosophique comme tu sçais. Ainsi tu as trois vaisseaux, et le vaisseau triple, lès envieux l'ont appelé Athanor, Crible, Fumier, Bain-marie, Fournaise, Sphère, Lyon vert, Prison, Sépulcre, Urinai, Phiole, Cucurbite, moy-mesme en mon Sommaire philosophie que j'ay composé il y a quatre ans deux mois, je le nomme sur la fin d'iceluy, la maison et habitacle du Poulet, et les cendres de l'escuelle la paille du Poulet ; son commun nom est le four-

NICOLAS FLAMEL

nel, que je n'eusse jamais trouvé, si Abraham le Juif ne l'eust peint avec son feu proportionné, auquel consiste partie du grand Secret. Car il est comme le ventre et la matrice contenant la vraye chaleur naturelle pour animer nostre jeune Roy. Si ce feu n'est mesuré Clibaniquement, dit Calid, Perse, fils de lasiche. S'il est allumé avec l'espée, dit Pythagoras ; si tu ignées (i) ton vaisseau, dit Morienus, et luy fais sentir l'ardeur du feu, il te baillera un soufflet, et bruslera ses fleurs avant qu'elles soient montées du profond de ses mouelles, sortans rouges plustost que blanches, et lors ton opération sera destruicte, tout de mesme que si tu fais trop peu de feu, car alors aussi tu n'en verras jamais la fin, à cause du morfondement des natures, qui n'auront point eu des mouvements assez puissans pour se digérer ensemble.

La chaleur donc de ton feu en ce vaisseau sera, comme dit Hermès et Rosinus, selon l'Hyver, ou bien ainsi que dit Diomedes, selon la chaleur de l'Oyseau qui commence à voler si doucement depuis le signe d'Aries jusques à celuy du Cancer. Car scache que l'enfant du commencement est plein de flegme froid, et de laict, et

Page 1