‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 133 sur 184 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

Mais, quoique les peintures des Mexicains, considérées comme ouvrages de l'art, soient très imparfaites, si nous les considérons comme le dépôt de l’histoire de leur pays, comme des monuments de leurs lois et des principales révolutions de leur état , elles deviennent des monuments aussi curieux qu’intéressants. La plus noble et la plus utile invention dont puisse se glorifier l'esprit humain est sans doute l’art de l’écriture, qui a contribué plus

qu'aucun autre au perfectionnement de l'espèce; :

mais ses premiers essais ont été très grossiers et ses progrès très lents. Quand le guerrier avide de renommée a desiré de transmettre la mémoire de ses exploits aux générations à venir, quand la reconnaissance d’une nation pour son souverain l’a portée à faire passer à la postérité le souvenir des bienfaits qu’elle en avait reçus, le premier moyen qui semble s'être présenté a été de dessiner le mieux qu’on a pu des figures représentant l’action dont on voulait conserver la mémoire, On a trouvé chez les nations sauvages de l’Amérique des ouvrages de cette espèce d'art, appelés avec beaucoup de justesse écriture en tableaux’. Un chef revenant de son expédition dépouillait un arbre de son écorce; et gravait sur le tronc avec une sorte de peinture rouge quelques figures grossières représentant la route qu’il avaittenue , le nombre de ses troupes ct (1) Divine Legation of Moses, III, 73.

celles de l’ennemi, les chevelures qu’il avait rapportées, les prisonniers qu’il avait faits : il confiait sa renommée à ces morfuments grossiers, et se flattait de l’espérance qu’ils serviraient à lui obtenir les éloges des guerriers des temps à venir.

Les peintures des Mexicains, comparées à ces essais informes des nations sauvages de l'Amérique, peuvent être regardées comme des ouvrages où se montre une sorte de composition et de dessin. A la vérité, ils ne connaissaient pas d’autre méthode de conserver le souvenir des événements qu’en peignant les objets qu’ils désiraient représenter; mais ils pouvaient tracer une suite plus longue de faits, dans l’ordre des temps, et décrire par une certaine disposition de figures les événements d’un règne, depuis l’avénement du roi à sa couronne jusqu’à sa mort; les progrès de l’éducation d’un enfant, depuis sa naissance jusqu'à l’âge viril ; les différentes récompenses et les marques de distinction accordées aux guerriers, suivant les exploits qu’ils avaient faits. On a conservé quelques-unes de ces écritures en tableaux, quisont regardées avec raison commeles monuments les plus curieux des arts du Nouveau-Monde. Les plus remarquables de ces peintures ont été publiées par Purchas en soixante-six planches. Elles sont divisées en trois parties : la première contient l’histoire

(1) Sir W. Johnson, Phil. Transact. vol. 63, p. 143. Mémoires de Lahontan, 11, vor. Lafiteau, Mœurs des Sauvages, LE, 43.

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Mémoires 1, 43.

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