LIVRE SIXIÈME
sita pas un moment à se prêter aux volontés de 15^6 son souverain. Afin de montrer que ce motif seul Sa mo era l'animait, il refusa un évêché qu'on lui offrait pour donner à son caractère plus de dignité. Le seul titre qu'il voulut accepter fut celui de président de l'audience de Lima , et il déclara qu'il ne voulait recevoir aucun salaire attaché à cet emploi. Tout ce qu'il demanda fut que sa famille fût entretenue par le roi, et , comme il allait exercer en Amérique un ministère de paix et qu'il n'emportait avec lui que sa soutane et son bréviaire , sans autre suite que quelques domestiques, son expédition ne pouvait être à charge aux finances du royaume1.
Mais , en montrant tant de désintéressement et Pouvoirs
j -, , . ! v ! ! dont il est
de modération relativement a sa personne , les de-
r revêtu.
mandes qu'il forma , lorsqu'il fut question de déterminer l'étendue de son autorité, furent d'un ton bien différent. Comme il allait dans un pays éloigné du chef-lieu du gouvernement, et où il lui serait impossible de recevoir de nouvelles instructions dans les circonstances délicates , et que tout le succès de sa négociation dépendait de la confiance que pourraient placer dans l'étendue de ses pouvoirs les gens avec qui il aurait à traiter , il exigea qu'on le revêtît d'une autorité sans bornes, et que sajuri-
(i) Zarate, lib. VI, cap. 6. Gomara, cap. 174. Fernandez, lib. II, cap. 14-16. Vega, p. 2, lib. V, cap. 1. Herrera, Decad. VIII, lib. I, cap. 4, etc.
^36 HISTOIilE DE L'AMERIQUE.
15U6 diction s'étendît à toutes les personnes et à tous les cas; il voulut être autorisé à punir, à récompenser, à pardonner selon les circonstances , à employer la force des armes pour réduire les mécontents et les rebelles, à lever des troupes et à tirer des secours de tous les établissements espagnols de l'Amérique. Des pouvoirs si illimités, quoique manifestement utiles au succès de sa mission, parurent aux ministres espagnols trop considérables pour être confiés à un simple sujet. Ils les regardaient comme des prérogatives inséparables de la royauté, et refusaient de les confier à Gasca. Mais les vues de l'empereur étaient plus étendues que celles de ses ministres. Par la nature de sa place , Gasca devait être dépositaire d'un pouvoir arbitraire sur beaucoup d'objets , et tous ses efforts pouvaient devenir inutiles s'il était circonscrit sur les autres. Charles n'hésita pas à lui confier toute l'autorité qu'il demandait. Gasca , hautement satisfait de cette 26 mai. preuve nouvelle de la confiance de son maître , sans argent et sans troupes, hâta son départ pour aller apaiser une révolte capable d'effrayer tout autre que lui'.
En arrivant à Nombre de Dios , il y trouva Her-
nand Mexia, officier de marque, posté avec un
corps considérable pour s'opposer au débarquement
de toute troupe ennemie. Mais Gasca se montrait si
(1) Fernande*, lib. If, cap. 16- r S.