LIVRE SEPTIEME
Pérou, par suite de la division singulière de la propriété , et de la manière dont le peuple était établi , il n'existait presque aucune espèce de commerce entre les différentes provinces, et la communauté connaissait moins cette communication active entre tous ses membres ' , qui est en même temps le lien de leur union et l'aiguillon qui les presse dans leur marche vers la civilisation.
Les Péruviens manquaient absolument du cou- Les Pêrurage guerrier, défaut aussi remarquable en eux qu'il viensPeuPIV
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leur devint funeste \ La plus grande partie des nations re. grossières de l'Amérique résistèrent aux Espagnols avec un courage féroce et indomptable , quoiqu'avec peu de conduite et de succès. Les Mexicains défendirent leur liberté avec beaucoup de persévérance, et ne furent soumis qu'avec beaucoup de peine. Les Péruviens, subjugués tout d'un coup et presque sans résistance, perdirent, par leur timidité, les occasions les plus favorables de recouvrer leur liberté et d'exterminer leurs oppresseurs. Quoique leur tradition nous présente tous les incas comme des princes guerriers , souvent à la tête d'armées conquérantes et victorieuses , on trouve peu de traces de cet esprit militaire dans leurs opérations postérieures à l'invasion des Espagnols. Peut-être leurs institutions,
(1) Vega, lib. VI , cap. S.
(2) Xérès, 190. Sancho,«/?. Ramus. III, ^72. Herrera, Decad. V, lib. I, cap. 3.
en adoucissant leurs mœurs , leur donnaient-elles cette mollesse indigne de l'homme ; peut-être la douceur de leur climat énervait-elle leur constitution physique. Peut-être aussi quelque principe de leur gouvernement, que nous ne connaissons pas, était-il la cause de cette faiblesse politique. Quoi qu'il en soit, le fait est certain, et il n'y a pas dans l'histoire un seul exemple d'un peuple si peu avancé en civilisation , si destitué de tout art et de tout courage militaire. Leur postérité conserve le même caractère. Les Indiens du Pérou sont encore en ce moment le peuple de l'Amérique le plus asservi et le plus familiarisé avec le joug. Enervés par une vie sans activité, ils paraissent incapables de toute action vigoureuse.
A ces vices de leur état politique se joignent quelques faits détachés , conservés par les historiens espagnols, qui montrent encore des traces frappantes de barbarie dans les mœurs. Les Péruviens avaient la même coutume que nous avons vue parmi les nations sauvages de l'Amérique. A la mort de l'incas et d'autres grands personnages , on égorgeait un grand nombre de leurs domestiques et on les enterrait autour de leur guaca, afin que le prince ou le grand pussent paraître dans l'autre monde avec la même dignité et y être servis avec le même respect. A la mort d'Huana Capac , le plus puissant de leurs monarques, plus de mille victimes furent im-