LIVRE SIXIÈME. l
les chefs qui commandèrent quelqu'une de ces expé- f5$8 ditions furent suivis par beaucoup de volontaires animés d'une ardeur et d'une confiance qu'on ne trouve que dans les aventuriers de ce siècle. Plusieurs des soldats d'Almagro s'enrôlèrent aussi , et Pizarre eut la satisfaction d'être délivré des importunités de ses partisans mécontents et de la crainte de ses anciens ennemis '.
Almagro demeura plusieurs mois étroitement On fait le gardé et livré à toutes les inquiétudes que lui causait „■ f* l'incertitude de sa situation. Son sort était fixé par les Pizarre depuis le moment où il était tombé entre leurs mains'; mais la prudence les forçait de différer leur vengeance jusqu'à ce que les soldats qui avaient servi sous Almagro et plusieurs de leurs partisans même , en qui ils ne pouvaient se confier entièrement, fussent éloignés de Cusco. Dès que cet obstacle eut cessé , Almagro fut accusé juridiquement pour crime de trahison , jugé avec les formalités ordinaires , et condamné à la peine capitale. H est con- Sa sentence l'étonna, et quoiqu'il eût souvent bravé damne* la mort avec la plus grande intrépidité dans les combats, il ne put sans faiblesse lavoir approcher sous une forme ignominieuse. Il eut recours a des supplications basses et indignes de sa gloire. Il conjura les Pizarre de se souvenir de leur ancienne
(i) Zarale, lib. 111, cap. 12. Gomara, Hlst. cap. \\i. Herrera, De cad. FI, lib. IV, cap. 7.
I 84 HISTOIRE DE l'àMERIQUE.
4 558 amitié et des services qu'il avait rendus à leur famille. Il rappela à François l'humanité dont il avait usé envers Ferdinand et Gonzalez , ses prisonniers dont il avait épargné la vie , malgré les remontrances de ses plus fidèles amis. Il le pressa enfin d'avoir pitié de son âge et de ses infirmités et de lui laisser les tristes restes d'une vie qui ne pouvait pas encore être bien longue , pour lui donner le temps d'expier ses péchés et de faire sa paix avec le ciel. Les supplications d'un homme aimé de tous ceux qui avaient servi sous lui , arrachèrent des larmes de tous les yeux et touchèrent les cœurs les plus durs , dit un historien espagnol; mais les Pizarre demeurèrent inflexibles '. Dès qu'Àlmagro vit que son sort était inévitable, il reprit la dignité et le courage d'un an-
Et mis à raort. cien soldat. Il fut étranglé dans sa prison et ensuite publiquement décapité , dans la soixante-quinzième année de son âge. Il laissa un fils qu'il avait eu d'une femme indienne de Panama, alors prisonnier à Lima et qu'il nomma néanmoins son successeur dans son gouvernement, en vertu du pouvoir qu'il en avait de l'empereur 3.
4539 La guerre civile du Pérou suspendant toute com-
Délibération munication avec l'Espagne , la nouvelle de ces évé-
delacourd'Es-nements extraordinaires n'y arriva que fort tard.
pagne sur l'é- ... ,,
tat du Pérou. Malheureusement pour le parti victorieux, elle y
(i) Voyez la note 27.
(2) Zarate, Ub. III, cap. 12. Gomara, Hlst. cap. 141. Vega,/>. 2, Vil. II, cap. 39, Herrera, Decad. VI ', Ub. IV, cap. 9; Ub. 5. cap. r.