‹ Histoire de l'Amérique (volume 2)Chapitre 94 sur 175 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

vers ce temps-là , celle de Gonzalez Pizarre est la \ 5U0 plus remarquable. Le gouverneur, ne voulant souffrir clans aucune place importante au Pérou personne que ses frères et lui, avait ôté à Benalcasar, le même qui avait conquis Quito r le gouvernement de ce royaume pour en revêtir son frère Gonzalez. Il chargea celui-ci de tenter la découverte et la con- Expédition

A , . , » v . ■ , . » j ! mémorable de

quête des pays situes a 1 est des Andes , que les Gonza|ez Pi Indiens disaient être abondants en cannelle et au- zarre. très épices recherchées. Gonzalez, aussi courageux et aussi ambitieux que ses frères , entreprit avec zèle cette périlleuse expédition. Il parti de Quito à la tête de trois cent quarante soldats , dont près de la moitié étaient à cheval , avec quatre mille Indiens pour porter leurs provisions. Dans cette route, qu'il fallait s'ouvrir au travers des montagnes, les malheureux Indiens périrent presque tous par l'excès du froid et de la fatigue, auxquels ils n'étaient pas accoutumés. Les Espagnols , quoique plus robustes et plus capables de soutenir la différence des climats, souffrirent infiniment et perdirent quelques hommes. Mais, lorsqu'ils furent descendus dans le plat pays, leurs souffrances augmentèrent. Ils essuyèrent deux mois entiers des pluies continuelles qui ne leur laissaient pas assez d'intervalle pour sécher leurs habits \ Les plaines immenses qu'ils traversaient, entièrement dépourvues d'habi-

(i) Zarate, lié. IV, cap. 2.

ICp HISTOIRE DE L AMERIQUE.

1540 tants, ou occupées parles peuplades les plus barbares et les moins industrieuses du Nouveau-Monde, leur fournissaient fort peu de subsistance. Ils étaient obligés de se faire un chemin dans les marais , ou de l'ouvrir dans les bois en coupant les arbres. Des travaux si continus et le défaut de nourriture auraient épuisé la constance de toute espèce de troupes ; mais le courage et la persévérance des Espagnols du seizième siècle étaient à l'épreuve de tout. Toujours séduits par les fausses relations qu'on leur faisait de la richesse des pays qu'ils allaient chercher, ils persistèrent jusqu'à ce qu'ils eussent atteint les bords du Coca ou Napo , une des grandes rivières qui se jettent dans le Maragnon. Là , ils construisirent avec infiniment de peine une barque, qu'ils comptaient devoir leur être d'une grande utilité pour leur faire passer les rivières, leur procurer des provisions et reconnaître le pays. Elle fut montée par cinquante soldats sous le commandement de François Orellana, le premier officier de la troupe après Pizarre. Le cours du fleuve les emporta avec une si grande rapidité qu'ils devancèrent bientôt leurs compagnons, qui les suivaient par terre avec beaucoup de lenteur et de difficulté. Hcstaban- Éloigné de son commandant, Orellana, jeune donne par }10mme ambitieux , commença à se regarder comme

Orellana. p / 1 a

indépendant, et, transporté de la passion dominante dans ce siècle, il forma le projet de se

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