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CHAPITRE VI

XVI® SIECLE {Suite.)

Immédiatement après avoir étudié l'œuvre scientifique de Léonard, nous sommes amené, par l'ordre chronologique, à parler de Michel-Ange.

Michel-Ange Buonarotti (château de Caprese, près d'Arezzo 1475- 1564 Rome), dont le nom seul semble évoquer à nos yeux ces musculatures puissantes qu'il a poussées jusqu'à l'ostentation, Michel-Ange s'occupa d'anatomie presque autant que Léonard de Vinci.

« Quand Michel-Ange étudia l'anatomie, dit Eugène Guillaume^ ce travail d'analyse, dont le but est de se rendre un compte exact de la forme humaine, n'était pas une nouveauté dans l'École florentine. Dès le commencement de leur apprentissage, les peintres et les sculpteurs passaient par cette initiation préparatoire^ et il suffit de songer aux ouvrages des prédécesseurs de

1. L'Œuvre et la vie de Michel-Ange, Paris, 1876 (2® partie, Michel-Ange sculpteur, par Eug. Guillaume, p. 48).

2. Voir ci-dessus, p. 22, les indications à propos d'Andréa del Verrocchio, le maître de Léonard de Vinci.

Michel-Ange pour comprendre combien, dans ce genre, leur savoir était profond.

« Donatello, particulièrement, a fait preuve d'une grande science anatomique, et l'on peut dire que le moindre de ses coups de ciseau montre à quel point il connaissait la conformation du corps humain, et avec quelle sûreté il en exprimait la structure générale et les détails les plus délicats. »

Michel-Ange étudia d^abord Tanatomieà Florence, dans le couvent du Saint-Esprit, dans le but de réunir les documents nécessaires pour sculpter sur bois un grand crucifix.

« Dans ce temps, ditVasari, Michel-Ange sculpta un crucifix en bois pour l'église de Santo-Spirito, dont le prieur lui rendit plusieurs services. Ainsi, dans rhôpital dépendant du couvent, il lui avait fourni un atelier et des cadavres à disséquer, qui lui permirent de commencer les études anatomiques auxquelles il dut dans la suite la perfection de son dessin\ »

Çest probablement à cette époque qu'il faut rapporter un dessin de Michel-Ange, conservé à Oxford, et qui nous fait assister à ces premières éludes anatomiques (fig. 8). Elles se faisaient sans doute dans un caveau ou tout autre lieu retiré et obscur; on y voit, en effet, que l'étude s'y fait à la lumière d'une chandelle, posée sur le corps même du sujet; des deux travailleurs représentés, l'un se livre à des mensurations sur le cadavre, l'autre dessine. D'après Vasari, Michel- Ange se livra pendant douze ans à Tétude de l'ana-

i. Vasari, Vies 'des peintres, etc., t. V, p. 114.

tomie, d'abord à Florence, puis à Rome. Il fut l'ami du célèbre anatomiste Colombo, qui professait à Rome de 154g à 1559.

Nous reproduisons (fig. 9, 10 et ir) quelques-uns de ses dessins anatomiques; parmi ces études d'une si admirable puissance, nous attirons particulièrement l'attention sur certaines (fig. 1 1) qui sont du plus grand intérêt, car elles nous montrent les préoccupations de l'artiste à propos de chaque saillie musculaire, qu'il note d'un signe spécial, afin d'établir une concordance entre ce que donne l'analyse du modèle

vivant et celle de l'écorché. Ces divers dessins justifient bien l'enthousiasme avec lequel Vasari parle des études anatomiques de Michel-Ange :

« Il se livra avec passion à l'étude de l'anatomie, pour connaître à fond les raisons de la configuration des muscles, des tendons, de leurs rapports avec l'ossature, et des fonctions de chacun pour opérer les différents mouvements du corps humain. Il fit les mêmes

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