FI G. 70. ECORCHE DE BOUCHARDON
qu^exécuta Cigoli (voir fig. 45, p. 129), on est frappé de la ressemblance qui existe entre les deux, surtout dans leur allure générale \ On pourrait presque en dire autant dMn autre écorché, de grandeur naturelle, attribué à Bouchardon (fig. 71).
Les planches ont été gravées par Jacques-Gabriel Huquier (Orléans 1695 — 1772^), graveur et marchand d^estampes.
La valeur de cet ouvrage, au point de vue didactique, est à peu près égale à celle de la plupart des traités de ce genre publiés à la même époque; la table explicative qui accompagne les planches se réduisant à une simple énumération des noms des parties représentées, avec une très brève indication des mouvements qui résultent de la contraction des muscles.
L'ouvrage qui succède à celui de Bouchardon n'*est pas spécial aux artistes ; mais les fonctions remplies dans renseignement par son auteur, quelques considérations sur Fanatomie plastique, sont les causes pour lesquelles nous en parlons. De plus, si nous y retrouvons encore Pinfluence de Vésale, nous y constaterons aussi celle d'un anatomiste du livre de qui, à cause de leur laideur, on ne s'attendrait guère à voir copier les illustrations. Mais hâtons-nous de dire que le lecteur
1. Ces écorchés, de plus, ont les mêmes dimensions. Celui de Bouchardon mesure, des pieds au sommet de la tête, o™,54; celui de Cigoli, d'après les renseignements que nous devons à l'extrême obligeance du directeur du musée national de Florence, a o^'jSô.
2. Bellier de la Chavignerie {op. cit.) n'indique jîas la date de la mort; le Dictionnaire Larousse la donne, mais en indiquant que Huquier est mort en Angleterre; Choulant {op. cit., p. 112) donne la même date^ en ajoutant que ce graveur est mort à Paris.
FI G. 71. ECORCHi; DIT <c DE BOUCHARDON
(Musée Huguier. Ecole Jiationale i'cs Bcaux-Arls.)
LANATOMIE PLASTIQUE.
en est dédommagé par quelques excellentes planches, dont le caractère artistique est encore une des raisons pour lesquelles nous parlons de Tœuvre dont nous venons de prendre une idée générale, de Fœuvre de Disdier.
Henri-Fjiançois-Michel Disdier (Grenoble 1708 — 1781 Paris), chirurgien, après avoir exercé à Grenoble, à Montpellier et à Lyon, vint à Paris, en 1738, et fut alors chargé du cours d'anatomie à TAcadémie de Saint-Luc où il enseigna avec succès. Il donna ses soins à la publication de Pœuvre d^Adam (voir p. 207); mais, auparavant, il fit paraître un ouvrage didactique portant le titre suivant : Exposition exacte ou tableaux anatomiques en tailles-douces des différentes parties du Corps humain. Ouvrage contenant environ soixante Planches recueillies d'après les meilleurs Auteurs qui ont travaillé dans ce genre, et enrichi de plusieurs nouvelles Figures très curieuses et fort utiles concernant les accouchemens . les Hernies^ et autres cas particuliers, rendues aussi exactes qu'il a été possible, par les soins de François-Michel Disdier, Maure es Arts, et en Chirurgie, Démonstrateur en Anatomie et autres matières Chirurgicales ; etc. Le tout exécuté Par Etienne Charpentier^ Graveur Anatomiste, rue S^-Jacques. à l'enseigne du Coq. lySS. Il fut réimprimé en 1784.
Cet ouvrage, destiné aux médecins, s^adresse aussi aux artistes; mais en partie seulement, car il contient, ainsi que le titre Findique, des matières qui n'ont aucun rapport avec les arts.
Les quatorze premières planches seules peuvent être considérées comme faisant partie de Panatomie
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(F. -M. Disdier. Exposition exacte des parties du corps humain.)
plastique. Nous venons de dire les quatorze premières planches; mais si Ton feuillette cet ouvrage, que Ton ne s^y trompe pas, c^est jusqu'à la planche numérotée 28 qu'il faudra atteindre, car chaque planche et l'explication placée en regard portent chacune un numéro, par exemple, l'explication de la planche 28 porte le nom de planche 27. De sorte que, malgré l'annonce de « environ soixante planches », et la dernière portant le numéro 58, il n'en existe en réalité que vingt-neuf dans Touvrage entier.
Cet ouvrage, à cause des illustrations qu'il contient, produit, au moins dans ses premières pages, une excellente impression. Le frontispice, composé par Boucher, mérite qu'on s'y arrête et, pour cette raison, nous avons pensé qu'il ne serait pas superflu de le reproduire (voir fig. 72).
L'Avertissement est encadré par une composition, signée Babel, dont la disposition est réellement artistique.
Vient ensuite une planche signée Natoire (fig. 73) représentant un homme et une femme nus, entre lesquels est posée sur le sol une tête osseuse humaine que l'on voit par sa base, et sur laquelle rampe un serpent. L'homme tient une pomme, et ces accessoires, pomme et serpent, font penser de suite que les sujets représentés doivent être Adam et Eve. En effet c'est bien eux, car, dans l'explication de la planche, Disdier le déclare et l'indique en ces termes : « Dans le dessein que nous avons formé de présenter au public un ouvrage qui a pour objet la connoissance des parties du corps humain, nous pensons ne pouvoir mieux le commencer
FI G. 73. PLANCHE d'ensembles.
(F. -M. Disdier. Exposition exacte des différentes parties du corps humain.)
ipS L'ANATOMIE PLASTIQUE.
qu'en exposant sous les yeux des curieux la représentation de nos premiers parens tels qu'ils étoient aussitôt après leur prévarication; car comme les différentes maladies qu'ils essuyèrent pendant le cours de leur vie et auxquelles nous sommes nous mêmes exposés pendant celui de la nôtre, doivent leur source funeste à cette première désobéissance aux ordres de l'Etre suprême, nous sommes par une malheureuse suite dans la nécessité indispensable de nous appliquer à l'étude de l'anatomie,afin de pouvoir combattre victorieusement les différentes indispositions qui nous surviennent; ainsi nous croyons qu'il est à propos de commencer ce travail par l'examen des premiers auteurs qui nous y ont assujetis. » Après avoir dit que la première figure représente Adam et la seconde, Eve, et avoir décrit la signification de leurs attitudes, l'auteur continue « en faisant observer qu'on n'appercevra aucune trace de l'ombilic dans ces deux sujets, parce que cette partie étant le résultat de la ligature du cordon ombilical lors de la naissance de l'enfant, nos premiers Pères n'ayant point été soumis à cette opération de chirurgie, puisqu'ils ont été créés d'une autre manière que le reste des hommes, ne doivent point avoir de nombril «, Comme on le voit, Disdier a pensé à tout dans cette représentation. Mais alors, d'après ce qu'il vient de dire, à qui a bien pu appartenir la tête osseuse qui sert de support au serpent ? Serait-ce déjà celle d'Abel ? Pourquoi Disdier, si précis à propos de l'ombilic, ne nous l'a-t-il pas dit? Enfin il continue, à propos de ces sujets, en parlant des enveloppes du corps qu'il divise en épiderme, peau et membrane adipeuse.
Ces figures d^Adam et Eve ont été inspirées par une planche qui fait partie d'un ouvrage publié au xvi" siècle, sous le titre : Les poriraicts anatomiques de toutes les parties du corps humain^ grave:{ en tailledouce, par le commandement de feu Henry huictiesme. Roy d^ Angleterre. Ensemble L'Abbrégé d'André VesaL et Vexplication dHceux, accompagnée d\ine déclaration anatomique. par laques Grevin^ de Clermont en Beauvoisis ^ médecin à Paris, Paris, 1569. Une édition latine parut en i565 (voir p. i36). Leur origine se trouve dans VEpitome de Vésale ^ Mais, dans ce dernier, rhomme de la planche dont il s'agit tient en main la tête osseuse; dans Grevin la tête osseuse est posée à terre, l'homme tient une pomme, l'ombilic a été représenté; nous venons devoir que, dais les planches de Disdier, par un scrupule dont l'auteur lui-même nous fait part, l'ombilic a été effacé.
A cette planche, d'une signification assurément trop cherchée, succèdent celles qui représentent le squelette : celles-ci sont copiées d'après Eustachi. Puis viennent deux planches de myologie dessinées par Bouchardon, et extraites de l'ouvrage de ce dernier (voir p. 186). Ainsi que le fait remarquer Disdier, elles sont destinées spécialement aux artistes, et il en profite pour démontrer d'une façon sommaire l'utilité de l'anatomie plastique. Mais les planches qui suivent sont de nouveau copiées d'après celles d'Eustachi ; nous ne reviendrons pas sur l'aspect des écorchés
I. Ce sont ces figures de VEpitome de Ve'sale que Tortebat a reproduites à la fin de son Abrégé d'anaiomie (voir fig. 48 et 49, p» 143 et T45).
qu'elles représentent, nous en étant déjà occupés (p. 1 1 o) à propos de Pauteur auquel elles ont été empruntées. Pour démontrer les viscères, Disdier a encore puisé à la même source ; mais il a de plus emprunté quelques figures à Valverde, c'est-à-dire en résumé à Vésale. Parmi ces dernières nous en remarquons deux qui doivent nous arrêter un instant.
Lorsqu'on tire une épreuve d'un dessin reproduit par un procédé quelconque, on obtient, tout le monde le sait, une empreinte retournée du dessin reproduit; de là, la nécessité pour le graveur de retourner préalablement son sujet si, copiant une planche, il désire que répreuve obtenue soit dans le même sens que l'original. Lorsque dans un cas de ce genre, et pour ne prendre nos exemples que dans l'anatomie, il s'agit d'organes pairs et symétriques, que la reproduction soit retournée peu importe ; les squelettes et les écorchés copiés par le graveur de Disdier sont dans ce cas, et on le constate facilement si l'on compare ses planches à celles d'Eustachi qu'elles reproduisent. Mais il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit des viscères; ceux-ci n'étant pas symétriques comme forme, ni symétriquement disposés. Le graveur de Disdier cependant a négligé de retourner sa copie. Aussi voyons-nous, sur la planche 46, deux cavités abdominales, copiées d'après Valverde, dans lesquelles les organes sont transposés, c'est-à-dire que le foie par exemple occupe le côté gauche de la cavité.
Rien n'est plus bizarre que cette situation peu ordinaire des viscères dans un traité d'anatomie. Mais il est juste d'ajouter que Disdier, s'en étant aperçu,
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dit, sans insister sur cette grave erreur, en indiquant les parties que cette planche représente : « Le foye a (c'est la lettre qui le désigne), en transposant la droite à gauche. » Et c'est tout. Comme on peut en juger, le graveur et Tauteur, qui probablement évitaient les occasions de s'émouvoir, ne s'inquiétaient pas pour si peu.
Malgré que l'ouvrage que nous allons mentionner ne soit pas daté, ce qui nous oblige à agir d'une façon un peu approximative, nous citerons ici Ercole Lelli (Bologne 1702 — 1766), peintre et graveur, qui, signalé comme cultivant avec passion l'anatomie, comme ayant modelé un écorché pour l'Institut de Bologne, fut plus tard directeur de l'Académie de cette ville et composa un ouvrage d'anatomie, dont il grava lui-même les figures et auquel il donna le titre de : Anatomia esterna del corpo umano, per iiso de' pittori e scultori., delineata ed incisa da Ercole Lelli. con la denota\ione délie parti.