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SIXIÈME BRIGADE

Chef de brigade : de Loyauté, — Colonel : de Thiboutot, - Lieutenant-colonel : Languimbert.

rine sont réunis, par ordonnance du 5 novembre, à l'artillerie de terre. L'on en forme trois nouvelles brigades, spécialement chargées de la défense des côtes. Ces trois brigades, qui comptaient sept compagnies de canonniers et une de bombardiers, furent, en conséquence, attachées aux ports de Bresl, de Rochefort et de Toulon. La brigade de La Brosse, qui était à Rochefort, fut réformée le 5 mars 1 764 ; celle de Morogues et celle de Missiessy, devenue Saint-Julien, continuèrent de compter dans le corps royal jusqu'au 25 mars 1765; elles rentrèrent alors sous l'autorité du ministre de la marine.

Au mois de décembre 1761, chacune des six brigades ordinaires de Royal- Artillerie avait été augmentée de deux compagnies de canonniers , ce qui les portait à douze compagnies.

Le 8 décembre 1762, une nouvelle brigade avait été formée sous le titre de brigade des Colonies. Cette formation correspondait à la mesure qui attachait vingt-trois régiments d'infanterie au service des possessions d'outre-rner.

Cette brigade quitta bientôt son titre, devenu presque une dérision, et prit rang à la suite des six autres. Elle fut en même temps portée, de huit, à douze compagnies, comme les brigades anciennes, par l'adjonction d'une compagnie de bombardiers, une de sapeurs, une de mineurs et une d'ouvriers créées à cet effet.

Le I e ' juillet 1763 , les sept compagnies de mineurs

sont retirées des brigades et sont réunies à Verdun, où une école est établie pour leur instruction spéciale, sous la direction de Gribeauval, nommé inspecteur général et commandant du corps des mineurs.

En 1765, par une ordonnance datée du 13 août, les sept brigades de Royal-Artillerie furent converties en autant de régiments, chacun composé de vingt compagnies formant, suivant les circonstances, deux bataillons de dix compagnies ou cinq brigades de quatre compagnies.

L'état-major de chaque régiment comprit un colonel , un lieutenant-colonel , un major, cinq chefs de brigade , un aide-major , deux sous-aides-majors , un quartier-maître, un trésorier, un chirurgienmajor, un aumônier et un tambour-major. Les compagnies eurent un cadre composé d'un capitaine , deux lieutenants en premier, un lieutenant en second et un garçon-major. Elles étaient partagées en quatorze compagnies de canonniers, quatre de bombardiers et deux de sapeurs. Les sept compagnies d'ouvriers furent placées à la suite des régiments, mais ne comptèrent point dans les bataillons.

Ces régiments, dont l'ensemble devait toujours s'appeler le régiment Royal-de-l'ArtilIerie , prirent les noms des écoles de La Fère, Metz, Strasbourg, Grenoble, Besançon, AuxonneetToul, où ils étaient alors en garnison, et durent suivre l'ancienneté de leurs colonels. Chacun deux eut ses drapeaux d'or-

donnance particuliers et un drapeau-colonel pareil à celui qu'avait eu le régiment des Fusiliers du roi.

Le costume des artilleurs était à cette époque ainsi composé :

Les régiments avaient l'habit bleu , avec le collet , les parements, la veste, la culotte et la doublure rouges. Il y avait un bordé rouge assez large sur le devant de l'habit et sur les poches. Les boutons étaient jaunes et disposés de la manière suivante : un rang de boutons également espacés sur le devant de l'habit; deux rangs, disposés de deux en deux, sur le devant de la veste ; six boutons sur les poches , trois sur le parement et trois sur chaque poche de la veste. Cette tenue était complétée par de trèspetites épaulettes de laine jaune , un chapeau de feutre bordé d'or et une cocarde noire (t).

Les ouvriers différaient des canonniers par un habit gris de fer à revers rouge et des boutonnières jaunes à la veste. Ils ne portaient pas d' épaulettes.

Les mineurs portaient le même uniforme que les canonniers, à cela près qu'ils avaient la veste et la culotte gris de fer.

(1) Ce costume fut modifié, en 1774, par l'adoption des épaulettes, de la vpste et de la culotte bleues. Au moment de la révolution , la tenue de l'artillerie consistait en habit, revers, collet, veste, culotte et conlre-épaulettes de drap Lieu; parements, doublure et passe-poil écarlate; boutons jaunes. Les mineurs avaient l'épaulette aurore.

Ces troupes reçurent en 1 772 le sabre droit à deux tranchants.

L'ordonnance du 23 août 1772 fit rentrer les compagnies de mineurs dans les régiments d'artillerie qui se trouvèrent alors composés de, quatorze compagnies de canonniers, quatre de bombardiers, deux de sapeurs , une de mineurs et une d'ouvriers, se for nant en deux bataillons de dix compagnies ou en quatre brigades de cinq compagnies, les ouvriers et les mineurs restant en dehors. La plupart des prescriptions de cette ordonnance, qui faisait subir au corps des suppressions et des modifications trèsgraves , furent rapportées par l'ordonnance du 3 octobre 1774, qui remit Royal-Artillerie sur le pied de 1765. Les sept régiments furent formés à vingt compagnies , canonniers , bombardiers et sapeurs ; les sept compagnies de mineurs et les compagnies d'ouvriers portées à neuf en demeurèrent séparées.

Par une nouvelle ordonnance du 3 novembre 1776, la composition des troupes de l'artillerie se trouva réglée à six compagnies de mineurs, neuf d'ouvriers et sept régiments de 20 compagnies réparties en cinq brigades. Deux de ces brigades étaient formées de quatre compagnies de canonniers ; deux autres comprenaient trois compagnies de canonniers et une de sapeurs, la cinquième renfermait quatre compagnies de bombardiers. Toutes ces compagnies étaient à 71 hommes commandés par un capilaine, un lieutenant en premier, un lieutenant en second et un lieutenant en troisième.

Le règlement du I e ' mars 1778, concernant les troupes provinciales , attacha au corps de l'artillerie les n'giments provinciaux de Chàlons, Verdun, Colmar, Valence, Dijon, Aulun et Vesoul (i). Ces corps, composés de deux bataillons de 710 hommes chacun, prirent les noms de régiments provinciaux d'artillerie de La Fère, Metz, Strasbourg, Grenoble, Besançon, Auxonne et Toul, furent placés à la tète de toutes les troupes provinciales et doublèrent les régiments royaux d'artillerie, avec la destination spéciale de servir les bouches à feu de campagne.

Cette mesure conduit à quelques observations qu'il est utile de consigner ici.

Le nombre des régiments d'artillerie est doublé tout à coup au moment où la France entre dans la querelle des Él. its-Un s d'Amérique contre l'Angleterre, et quand cette intervention pouvait faire craindre une guerre continentale. C'est un aveu que l'effectif de l'artillerie française s'était trouvé tout à fait insuffisant dans la dernière guerre , et que cette insuffisance avait été loin d'être couverte par la distribution faite aux bataillons de l'infanterie des pièces légères, dites à la Rostaing.

Le mauvais état des finances et la difficulté de convenir ouvertement qu'on est resté jusque-là si

(1 ) Le même règlement affecta, sous le lilre de régiments d'étatmajor, cinq répimen's provinciaux au service du génie, pour tout ce qui concernait rétablissement des ca.ups et les fortifications de campagne.

fort au-dessous de ce qui est nécessaire , empêchent de créer de nouveaux régiments d'artillerie; mais on arrive assez habilement au même résultat, en transformant en artilleurs les hommes de sept régiments provinciaux , ayant leurs quartiers d'assemblée dans le voisinage des villes où sont établies les écoles d'artillerie et où Ton peut les appeler pour participer aux instructions des régiments du corps royal.

Le bon esprit et la bravoure éprouvée des régiments de Grenadiers-rovaux donnaient d'ailleurs

toute confiance dans l'utile parti que l'on pouvait tirer des troupes provinciales bien commandées, instruites et placées sous l'influence du point d'honneur et de l'émulation.

On confiait aux régiments provinciaux l'exécution des bouches à feu de campagne qui exige, en efïYt, moins de théorie et de manœuvres, et qui , d'ailleurs, avait été, dans les dernières guerres, presque complètement abandonnée à l'infanterie.

Ce règlement consacrait au service spécial de l'artillerie quatorze régiments , exactement le nombre de ceux qui existent aujourd'hui , avec un effectif de paix de plus de 20,000 canonniers, conducteurs d'attelages non compris, c'est-à-dire plus qu'on n'en entretient aujourd'hui, et cela, en 1778, avant les immenses changements que les guerres de la révolution et de l'empire ont amenés dans la composition et la tac tique des armées (1 ).

(1) Les régiments provinciaux d'artillerie portèrent le costume

Pendant la guerre de l'indépendance des États- Unis, les régiments d'artillerie fournirent de nombreux détachements pour la défense des colonies et pour les opérations dont les Antilles et le continent d'Amérique furent le théâtre.

A la paix , le ministre de la marine , pour être à l'avenir le maître dans son département, revint à l'idée qui avait déjà prévalu un instant, après la guerre de Sept Ans, et fit créer, par ordonnance du 24 octobre 1784, un régiment d'artillerie des Colonies et trois compagnies d'ouvriers.

L'Assemblée nationale, par son décret du 2 décembre 1790, fixa la composition des troupes du corps de l'artillerie à sept régiments de canonniers , six compagnies de mineurs et dix compagnies d'ouvriers, non compris huit compagnies de canonniers invalides et les compagnies de canonniers garde-côtes distribuées sur les frontières maritimes. Les compagnies de sapeurs furent transformées en compagnies de canonniers, et pendant trois ans, il n'y eut plus de sapeurs en France.

Chaque régiment fut formé de deux bataillons de dix compagnies qui se partagèrent en deux divisions de cinq compagnies. Chaque compagnie fut composée, au pied de paix, de quatre officiers, deux

de toutes les troupes provinciales, blanc avec le collet et les parements bleu de roi, et boutons blancs. Ces boutons étaient timbrés d'un canon et du numéro que ces régiments avaient eutre eux. Les boutons des régiments d'état-major reproduisaient en blanc le dessin des boutons du corps du génie.

capitaines et deui lieutenants, et de cinquante-cinq sous-officiers et soldats. L'état-major d'un régiment comprenait un colonel, six lieutenants-colonels, un quartier-maître trésorier, deux adjudants-majors, un aumônier, un chirurgien-major, quatre adjudants, uu tambour-major, un capor.il-fambour , huit musiciens et trois maîtres-ouvriers, tailleur, armurier et cordonnier.

Lescompagnies de mineurs comptèrent 63 hommes de troupe ; celles d'ouvriers eurent la même composition que les compagnies de canonniers.

Le 1 er janvier 1791, les régiments d'artillerie cessèrent de porter les noms des écoles et de rouler entre eux suivant l'ancienneté de leurs colonels. On leur donna des numéros qui rappelaient leur ancienneté réelle, en se basant sur l'organisation du 5 février 1720. Le corps royal continua de compter parmi les régiments d'infanterie à son rang de création , mais sans numéro [i).

Le 27 août 1792, le régiment d'artillerie des Colonies et les trois compagnies d'ouvriers qui lui étaient attachées , sont réunis à l'artillerie de terre, qui compte dès lors huit régiments de canonniers à pied , douze compagnies d'ouvriers , six compagnies

(1) Le régiment des Fusiliers du roi, à sa création eu 1671, avait eu le numéro 51. A la réorganisation de 1693, Royal-Artillerie était monté ou 46 e rang. Les dédoublements de 1775 et 1776 le reculèrent au 53 e et au 64 e . En 1790, après le licenciement du régiment du Roi, il eut le numéro 63.

de mineurs et neuf compagnies de canonniers à cheval, nouvellement créées.

L'apparition de l'artillerie à cheval est un fait immense. C'est la révolution passant sur les vieilles institutions militaires de la France ; c'est l'émancipation de l'artillerie, qui cesse d'être une fraction subordonnée et entravée de l'infanterie pour s'élever au rang d'arme indépendante et libre de ses mouvements et de ses progrès. Ce fait, qui s'est produit dans la dernière année de la monarchie , et après lequel le régiment Royal-Artillerie, si bizarremenf organisé et placé au milieu des régiments de l'infanterie , devait nécessairement changer de position et de forme, mérite d'être examiné dans ses causes et dans ses effets.

Jusqu'à la guerre de Sept Ans, l'artillerie, il faut le dire , n'avait le plus souvent joué sur le champ de bataille qu'un rôle secondaire. On sait qu'à Fontenoy , en 1745, la colonne anglaise s'étant présentée pour faire une trouée dans l'armée française, sur un point où il n'y avait point de canon , nul ne songea à en aller chercher. Les bataillons , les escadrons se ruèrent les uns après les autres, sur cette masse redoutable , sans pouvoir l'ébranler. Au moment où tout semblait perdu , un jeune officier du régiment de Touraine émit tout bas l'avis qu'on pourrait essayer de l'effet de quatre pièces de quatre qui étaient là , sous la main ; le duc de Richelieu s'empara de l'idée, fit avancer ces quatre pièces, les fit pointer sur la

tête de la colonne, et la bataille fut gagnée, et tout le monde rouva ridée de M. de Richelieu aussi heureuse qu'extraordinaire.

La stratégie avait, en effet, jusque-là consisté surtout à prendre et à défendre des places fortes. Quand on ne faisait point de sièges, les armées cherchaient à s'établir dans une province fertile et à y vivre aux dépens de l'ennemi, en s'entourant de lignes et de redoutes. La guerre se réduisait en ce cas à des expéditions de troupes légères, ayant pour but de se procurer des fourrages et des vivres, et de frapper de contributions les cantons voisins des quartiers de l'armée. Ces expéditions donnaient lieu à des combats où figurait rarement de l'artillerie. Les batailles étaient amenées par le désir d'un général de chasser son adversaire de ses quartiers, ou par la rencontre de deux armées au moment où l une d'elles , après avoir épuisé le pays sur lequel elle vivait , cherchait à se transporter sur un autre.

Dans les deux cas, la bataille se préparait plusieurs jours à l'avance. Chacun des deux partis s'efforçait, par des marches et des contre-marches , de s'assurer l'avantage d'une bonne position ; lorsqu'il croyait avoir trouvé un terrain convenable, il s'y fortifiait rapidement par des ouvrages de campagne armés de canons, et la bataille n'avait lieu qu'autant qu'un des deux généraux , se sentant une supériorité marquée, ou plus hardi , sortait de ses lignes pour attaquer son adversaire dans les siennes: c'est-à-dire qu'une

bataille n'était en réalité qu'une espèce de siège.

Tant que dura cette méthode de faire la guerre , on n'éprouva point le besoin d'alléger le lourd matériel de Louis XIV. Des charretiers levés par des entrepreneurs, ou des paysans mis en réquisition avec leurs chevaux de labour , placés les uns et les autres sous la direction de quelques officiers spéciaux, amenaient les bouches à feu dans la position qu'elles devaient occuper, et cette position restait invariable, ou peu s'en faut, pendant toute la durée de l'action.

L'expérience de la guerre de la succession d'Autriche , dans laquelle notre armée avait été en contact avec les armées allemandes, qui commençaient à se ressentir de l'influence du génie de Frédéric , donna lieu , pour la première fois , aux généraux français de remarquer que ce qui avait été bon sous Louis XIV, n'était plus suffisant au milieu du xviir 3 siècle, et l'on chercha pendant les années de paix qui précédèrent la guerre de Sept Ans, à apporter quelques modifications dans l'organisation de l'artillerie et dans son emploi.

Le besoin de multiplier les bouches à feu dans les armées et d'appuver les manœuvres de l'infanterie par un matériel qui fût en état de la suivre, conduisit à un expédient, souvent renouvelé depuis et toujours sans succès, on introduisit l'usage des pièces de bataillon.

Un canon de quatre, dit à la suédoise ou à la Rostaing, fut donné à chaque bataillon d'infanterie.

La conduite et le service de celle pièce furent confiés à quinze .soldats choisis parmi les plus intelligents. On peut dire que c'est là l'origine de l'artillerie de bataille ou de campagne (1).

Ainsi , pendant la guerre de Sept Ans , l'artillerie des armées se composa de deux parties bien distinctes.

C'était d'une part , les pièces de bataillon , aussi légères , aussi mobiles que le permettait alors l'état du matériel et des moyens d'attelage ; mais, d'un calibre peu efficace , dispersées sur toute l'étendue de l'armée, ne se prêtant en aucune façon aux réunions par masses, difficiles à réapprovisionner et servies sans direction, par des hommes chez lesquels le courage et la bonne volonté ne pouvaient pas suppléer à tout ce qui leur manquait sous le rapport de la science et de la pratique.

D'autre part, il y avait les brigades du corps royal continuant à servir les batteries de position et les bouches à feu de gros calibre qu'on employait encore en rase campagne; artillerie immobile, trouvant parfois l'occasion de faire de grands ravages dans les rangs ennemis, mais le plus souvent réduite à l'impuissance par l'imprévu et la rapidité d'exécution des combinaisons stratégiques de la nouvelle école prussienne.

(i) Le maréchal de Saie avait déjà eu cette idée dans la guerre précédente. H Pavait même appliquée, mais n'ét.ûl point parvenL à la faire adopter.

DE l'àNCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 223

Les causes des revers de Tannée française, dans cette guerre , sont nombreuses; mais il est hors de doute que l'infériorité de son artillerie, sous le rapport du matériel et de l'organisation , y a eu une part considérable.

À la paix , les pièces de bataillon , qui n'avaient pas réalisé tout Je bien qu'on en avait espéré, furent supprimées et l'on songea sérieusement à corriger ce qu'il y avait de vicieux dans l'état de l'artillerie; mais, comme toujours, on perdit son temps en vaines disputes. Lci officiers du corps royal se partagèrent en deux camps. Ceux qui avaient vieilli dans le métier , et qui tenaient à ne point être dérangés dans leurs habitudes ; ceux aussi qui ne se souciaient point de voir mettre au rebut ce qu'ils connaissaient et d'être contraints à apprendre ce qu'ils ne savaient pas , se déclarèrent les partisans exclusifs du vieux système et, usant d'un moyen inepte quia cependant toujours quelque succès , ils alléguèrent que c'était avec ce vieux système qu'on avait gagné les batailles de Fontenoy et de Lawfeld, et même celles d'Haastembeck et de Bergen dans la dernière guerre.

Les esprits ardents, au contraire, humiliés des malheurs qui venaient d'accabler la patrie, cherchaient à expliquer le bonheur des armes du roi de Prusse parla perfection des institutions militaires de ce prince et voulaient tout changer.

Cette discussion , qui dura quinze ans, se termina pourtant, comme cela devait être, dans le sens du

progrès. Le général Gribeauval, qui avait longtemps servi en Autriche et qui avait pu étudier à fond les systèmes d'artillerie des principales puissances de l'Europe, finit par faire adopter un nouveau matériel , doué d'une mobilité beaucoup plus grande que celle dont le système de Yallière était susceptible, mais il ne put rien obtenir pour le personnel. Il faut des révolutions pour oser porter la main sur l'état et les intérêts des hommes.

Les batteries, attelées et conduites comme auparavant par des charretiers et des chevaux de réquisition , purent passer partout, mais au pas, quoique la construction des nouvelles voitures permit toutes les allures. Sur les champs de bataille, elles ne furent plus embarrassées pour se mouvoir, pour exécuter quelquès évolutions à courte distance , au pas de course des canonniers, mais la nécessité d'attendre ceux-ci devait imposer aux généraux l'obligation de n'entreprendre de semblables manœuvres qu'avec beaucoup de circonspection.

Tel était l'état de l'artillerie de campagne au moment de la révolution. Le matériel était bon et pouvait se prêter aux évolutions rapides. Quant au personnel , il était en arrière ; il ne pouvait pas aller aussi vite que ses pièces; peut-être même pourraiton dire qu'il n'existait pas, car les vieux officiers d'artillerie avaient préféré conserver le service des grosses bouches à feu ; ils avaient , chose qui paraît aujourd'hui incompréhensible, abandonné lexécu-

cution du canon de bataille aux régiments provinciaux , qui furent licenciés le 20 septembre 1 789 et dont les hommes allèrent servir les pièces de bataillon données aux volontaires de la garde nationale.

Les jeunes officiers, que la révolution et l'émigration placèrent tout d'un coupa la tête de l'artillerie, reconnurent, même avant le commencement de la guerre, ce qui leur manquai! .

La Fayette , qui avait assisté en i 785 aux manœuvres du camp de Silésie , avait rendu populaire parmi eux l'idée de l'artillerie volante , adoptée en Prusse en 1759. On voulut avoir de l'artillerie volante. Un décret du 28 septembre 1791 recommanda cette idée au ministre de la guerre, et, le 1 1 janvier 1792, Narbonne proposa la levée immédiate de deux compagnies. Organisées aussitôt à Metz par le général Mathieu Dumas, les compagnies des capitaines Chanteclair et Barrois furent attachées, la première à l'armée de Lûckner, la seconde à celle de La Fayette , et excitèrent aussitôt l'enthousiasme , tant les idées justes sont facilement comprises. Tous les généraux voulurent en avoir, et un nouveau décret du 17 avril en porta le nombre à neuf (1). La guerre en fît bientôt surgir une quarantaine.

(1) Le décret du 17 avril fut voté d'urgence. Sou article XIV était ainsi conçu : « Le présent décret sera porté dans le jour à la sanction du roi ».

Les deux premiers régiments eurent chacun deux compagnies à cheval. Les cinq autres en eurent chacun une.

H1ST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. Yl. 15

Celte nouvelle artillerie, dont la plupart des capitaines se firent des réputations d'armée, mit hors de discussion l'importance du rôle que le canon est appelé à jouer dans les batailles. Quelques années plus tard , elle devait assurer sou action en tous temps et en tous lieux, en remplaçant les attelages de réquisition par un corps militaire, qui , sous le nom de train d'artillerie , fut attaché aux compagnies de canonniers et chargé exclusivement de la conduite des voitures , sous les ordres du capitaine d'artillerie ( 1 ).. .., ^JjRij#*.

Pendant que l'artillerie à cheval , répondant enfin aux nécessités de la nouvelle stratégie, utilisait la mobilité du matériel de campagne et établissait une spécialité nouvelle pour le service des avant-gardes, des divisions de cavalerie et de ces grandes réserves que le général en chef lance , au moment critique des batailles, sur le point où va se décider Faction, l'ancienne artillerie à pied conservait le rôle qui lui appartenait , et ses compagnies étaient attachées aux divisions d'infanterie de ligne ,. aux réserves de gros calibre et au service des parcs de siège. Elle aussi trouva dans les attelages du train Les moyens de marcher, sinon vite , du moins longtemps.

C'est cette artillerie , partagée en artillerie à pied , artillerie à cheval et train d'artillerie , qui , pendant

(1) Le train d'artillerie a été créé par un arrêté des Consuls du 2 janvier 1800.

grandes guerres' de l'empire a suffi à tous les besoins, en tirant du matériel Gribeaùval ce qu'il pouvait donner.

La loi du 18 floréal an III avait fmè la compositi«Wrdes> troupes dé l'artillerie eofiwne il suit?; huit régmïenfs d'artillerie à pied de vingt compagnies chacun 1 ; huit régiments d'artillerie à chevai de six compagnies ; douze compagnies d'ouvriers et ufl bataillon de pontonniers de huit compagnie^

Le corps du génie avait réussi à se faire donner les mineurs le 15 décembre 1793. Un décret du même jour avait créé pour lui douze bataillons de sapeurs.

Cette loi du 18 floréal an 111 correspond au moment où l'ancienne infanterie désorganisée disparaît dans un amalgame général avec fes bataillons de volontaires nationaux. Le corps de f'artilïcrie , resté seul debout parmi toutes ces ruines, seul survivant de ces vieux régiments de Louis XIV au milieu desquels il avait marché jusque-là , prit logiquement, sans contestations, par son droit d'ancienneté et en vertu des usages constamment suivis, la tête de la nouvelle infanterie et par conséquent de l'armée. La décision ministérielle du 1 6 brumaire an VI , qui régla le rang des troupes dans l'ordre suivant: artillerie, génie , infanterie et cavalerie , n'a fait, du moins en ce qui concerne l'artillerie , que constater un fait et rappeler un droit (1).

(\) L'infanterie, enrégimentée auxvr*8iëclte,atait toujttori Wht

Nous arrêtons ici l'exposition des faits généraux qui se rattachent à l'organisation et à l'histoire du régiment Royal-de-F Artillerie. Aller plus loin , ce serait sortir du cadre dans lequel nous nous sommes renfermé jusqu'à présent, ce serait sortir de l'histoire de l'ancienne infanterie. 11 nous reste à dire quelques mots de la vie des huit régiments, dont se composait le corps dans les derniers moments de la monarchie.

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