‹ Histoire de l'art (volume 2)Chapitre 1 sur 79 · BOULEVARD SAI.NT-MIUIIEL, PARIS · texte numérisé non relu

BOULEVARD SAI.NT-MIUIIEL, PARIS

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by Max Leclerc and H. Bourrelier, proprietors of Librairie Armand Col

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S'il est impossible de s'affranchir de la terminologie, commode mais artificielle, qui s’est introduite dans l’histoire de l’art pour en étiqueter les grandes divisions : Moyen âge , Renaissance, temps modernes, et, dans chacune de ces périodes, des subdivisions du roman au gothique, des primitifs à la Renaissance, de la haute Renaissance au Baroque, — il faut se garder d’emprisonner en ces compartiments rigides et de figer en catégories purement nominales le mouvement incessant et l’éternel renouvellement de la vie. Quand on parle de la « fin de la Renaissance », de Y « art de la Contre-réforme », de l’avènement du « baroque », de la formation de 1’ « art classique moderne », on n'a rien dit si l'on ne se représente pas nettement, à travers les mots, les faits et les formes en perpétuelle évolution groupés sous ces appellations conventionnelles.

Nous avons indiqué dans la Conclusion du tome précédent1 que la Renaissance, arrivée à son apogée, allait, sous l'influence de causes tour à tour religieuses, morales et organiques, se transformer encore pour aboutir à ce qu’on a appelé le « baroque » et donner naissance à l’art classique moderne. C’est l’étude de cette période d’évolution et de préparation qui fera l’objet du présent volume. Pendant qu’en Italie, la Renaissance donne à Venise sa suprême floraison, le Concile de Trente (1547- 1565) organise la défense de l’Église un moment menacée par la Réforme, assure, dans les pays méridionaux tout au moins, son triomphe définitif, et décrète une réforme intérieure qui comporte la révision sévère des images. Contre le paganisme renaissant qui a poussé jusqu’au pied des

1. Pendant que nous achevions de le préparer, M. Henri Barban, que nos éditeurs avaient commis aux soins de l’exécution matérielle de cet ouvrage, nous a été enlevé par une mort prématurée. Ce n’est pas sans un vrai chagrin que nous avons vu se rompre une collaboration de tant d’années, presque quotidienne et toujours plus amicale. A. M.

autels chrétiens ses conquêtes, induit les cardinaux humanistes à célébrer les faux dieux et à confondre dans un lyrisme trop littéraire l’ascension du Christ rédempteur et celle de Bellérophon, on expurge, on habille, on « culotte » les nudités que le vertueux Arétin lui-même avait dénoncées, dans l'œuvre de Michel-Ange, comme une scandaleuse complicité avec le luthérianisme ! La beauté des attitudes, la variété des silhouettes, le magnifique déploiement des anatomies héroïques, qui paraissaient seules dignes à un Vasari d’arrêter l’attention des connaisseurs, deviendront aux yeux d’un Ammanati, après sa conversion, occasion de péché, concupiscence condamnable des sens et orgueil de la chair. Trois quarts de siècle après Savonarole, sous l’empire des mêmes scrupules de la conscience chrétienne, des artistes s'accuseront publiquement, comme Y Orfèvre de J.-M. de Ilérédia, d'avoir

... peint et sculpté, mettant l’àme en péril,

Au lieu du Christ en croix ou du saint sur le gril,

O honte! Bacchus ivre ou Danaë surprise.

En 1565, dans sa dernière session, le Saint Concile fait défense de placer dans les églises aucune image rappelant des dogmes erronés ou offrant des attraits provocants. En 1561, le Dialogo degli errori dei pittori d’Andrea Fabriano commente et applique ces décisions; en 1570, paraît le De picturis et imaginibus sacris. Liber unus tractans de vitandis circa eus abusibus et de earumdeni signi/icationibus, de Molanus, et, le 18 juillet 1575, Paul Véronèse, comme on le verra, est mandé devant le Saint-Office.

11 ne faut pourtant pas exagérer l’importance de ce mouvement qui intéresse, en somme, l'iconographie plus (pie l’art lui-même et le style; il fut, tout compte fait, assez éphémère et ne survécut pas aux inquiétudes de l'Eglise, bientôt évanouies dans l'exaltation de la victoire. L'art pompeux qui va s’étaler dans les églises jésuites ne se fera aucun scrupule de ces « attraits provocants » censurés et condamnés par les Pères du Concile de Trente. L’architecture1 témoignera a sa manière des triomphes de la papauté et, sans qu’aucune forme proprement nouvelle y soit introduite, réalisera — par ses combinaisons contrastées plus ou moins logiques ou « baroques » mais toujours expressives des formes héritées de la Renaissance, par le libre maniement des masses architecturales considérées comme les éléments d’un décor de théâtre — des aspects et

1. M. Marcel Reymond a déjà exposé (Tome IV, p. 36 et suiv.) les débuts du baroque dans l’Architecture italienne. Il groupera dans un chapitre unique qui ouvrira notre tome VI, tout ce qui concerne l’architecture du xvir siècle en Italie.

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(1rs rythmes inédits. Burckhardt, dans son Cicérone (10e édition, p. 544 et suiv.), assignait à la naissance de ce style une date un peu trop précise 1 1580;. Les derniers historiens qui s’en sont occupés (11. Wôllflin, Renaissance uncl Barock , eine l ntersuchung über Wesen und Entstehung des Barockstils in Italien. 2e édition, 1907 ; Schmarsow, Barock und Bokoko, eine kritischc Auseinandersetzung über das Malerische in der Architektur. Leipzig, 1897; J. Strzygowski, Das Werden des Barock bei Raphaël und Corregio. Strasbourg, 1898; W. Weibel, Jesuislimus und Barock Skulptur in Boni. Strasbourg, 1909; Enrico Mcncioni, Barocchismo. Milan, 1905; Corrado Ricci, Vit a barocca. Milan, 1904; Marcel Reymond, De Micliel-Ange à Tiepolo. Paris, 1915) en ont tour à tour recherché l'origine jusqu'au cœur même de la Renaissance, montré les rapports avec les faits historiques et les mœurs ou analysé l'évolution purement organique. En même temps que les formes architecturales se combinent en des rythmes plus mouvementés et pittoresques, on voit s’introduire dans la peinture décorative une mythologie héroïque et galante, dans l'art religieux, une sentimentalité plus démonstrative et gesticulante, assez superficielle d’ailleurs jusque dans la pâmoison et l'extase.

Un style décoratif qui sera celui du xvne siècle et qui trouvera dans les palais de la monarchie française sa plus haute expression, s’élabore dans les palazzi et les villas des cardinaux et des princes romains, et c'est dans les académies de Bologne qu’on en a préparé, discuté et raisonné les principes et la formule. La naissance des académies, la substitution progressive du « professorat » à l’ancien apprentissage, est le Irait caractéristique de cette période. Dès 1561, à Florence, sous l’inspiration de Yasari, s’était ouverte une sorte d’académie des Beaux-Arts et 1 on vit bientôt pulluler, sous des noms plus ou moins étranges, des écoles d’esthéticiens qui croyaient servir l’art en raisonnant sur les chefs-d’œuvre et en organisant une pédagogie. A Bologne surtout, ville d’antique université, l’enseignement académique prospéra. Dès la seconde moitié du xvie siècle, Pellegrino Tibaldi y professe avec éclat et avec excès la doctrine michelangélesque en opposition avec Orazio Sanmachini, fervent disciple de Raphaël. Prospero Fontana, que Primatice avait appelé à Fontainebleau, y tint aussi école, et un Flamand italianisant, Denys Calvaert d’Anvers (mort en 1019), y ouvrit un atelier dont la vogue lut grande et où, sons prétexte d’idéalisme, il initiait ses élèves à toutes les fadeurs. Le fondateur de l'école des Carrache ne prétendit d’abord, semble-t-il, qu'à réagir contre les maniéristes et à instituer une sorte d école du bon sens. Mais bientôt l’« Académie des Carrache » ouvrit des cours

pour expliquer les chefs-d’œuvre et l’art d’en adapter les beautés assimilables; des maîtres qualifiés s’attachèrent à extraire des modèles et des traditions légués par l’Age précédent, une réglementation de la beauté et des recettes pour l'idéal. A cette pédagogie ultramontaine, l’Europe docile viendra de plus en plus demander des leçons, et le mouvement d’exode qui s’élait dessiné au xvie siècle ira s’intensifiant de plus en plus.

Mais il u’est d’art vivant et fécond que d'accord avec la vie morale et nationale. Dans chaque pays, on le verra, à travers des tâtonnements plus ou moins longs et embarrassés, rechercher cet accord, accommoder tour à tour les doctrines des esthéticiens, les instincts héréditaires, les besoins présents des mœurs, de la société et des cœurs pour se modeler à l image des générations nouvelles. Le présent volume traitera surtout de cette période d’assimilation plus ou moins laborieuse qui comprend : en Italie, les contemporains et les successeurs de Michel-Ange avant l’apparition du Cavalier Bernin ; — en France, les continuateurs de Philibert de l'Orme et de Germain Pilon, les préparateurs, si l'on peut dire, du « grand siècle » ; — dans les Pays-Bas, les prédécesseurs immédiats de Bubons et de Rembrandt ; — en Espagne, ceux de Vélasquez et de Murillo.

André Michel.

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