‹ Histoire de l'art (volume 4)Chapitre 97 sur 119 · I/ART L\ SUISSE · texte numérisé non relu

I/ART L\ SUISSE

nomie de certaines constructions monumentales que I on a dotées d'une grande toiture, traditionnelle dans un pays où la neige tombe abondamment en hiver. Cela a été le cas pour le Casino et pour la Banque nationale de Berne. A côté de ces réminiscences du passé, nous voyons surgir, au xx0 siècle, quelques édifices dans lesquels l’architecte rompt courageusement avec les souvenirs d’antan pour affirmer l’esprit moderne et pour mettre l’enveloppe de sa construction en accord complet avec le but auquel elle doit servir et avec les matériaux dont elle est composée. C’est le cas du « kunstliaus » et de 1 Université de Zurich , constructions

dues toutes deux à M. Karl Moser. Nous ne disposons pas de l'espace nécessaire pour traiter en détail des nombreux édifices élevés en Suisse durant les cinquante dernières années. Nous nous bornerons donc à en énumérer quelques-uns parmi les constructions les plus importantes. Presque toutes les villes ont vu s’élever des Hôtels des postes et des gares de chemin de fer d'un style monumental. En donnant à ces constructions publiques une figure représentative, la démocratie helvétique a voulu rendre hommage à la souveraineté du peuple. Les Hôtels des postes de Saint-Gall (1915), de Genève (1892), de Neuchâtel (1896), de Berne (1905), de Lausanne (1901); les gares modernes de Lucerne, de Lausanne et de Baie révèlent les intentions que l’architecture suisse a réalisées dans ce genre d’édifice. Les Musées des Beaux-Arts de Berne

(1870), de Neuchâtel 1884), de Solcurc (1002), de Genève (1010), le « Kunsthaus»de Zurich (1010) et le Musée de W interthur (1916) marquent les étapes de l’évolution qui a transformé le mode de présentation des œuvres d’art. La Bibliothèque universitaire de Bâle (1896), la Bibliothèque nationale suisse à Berne 1809), celle de Fribourg- ( 1910), la Bibliothèque centrale de Zurich (1017) offrent des solutions intéressantes de problèmes qui se posent dans les centres cultivés. Un soin particulier a été donné aux innombrables écoles qui se sont élevées durant ces derniers temps en Suisse. On a cherché à combiner, dans ces demeures où défile toute la jeunesse du pays, les progrès de l'hygiène (lumière, aération, chauffage) avec l’agrément des lignes, et l’on a essayé, ces dernières années, de décorer ces édifices d'ouvrages de peinture et de sculpture. L’idée qui domine, dans l’aménagement de ces maisons, est que la jeunesse doit faire scs études dans un cadre sain cl trouver dans un entourage agréable à l'œil un encouragement propice aux études ardues.

L’accroissement de la population a fait naître plusieurs églises, dont les styles se rattachent généralement à des modèles anciens, tout en s’adaptant aux exigences modernes. 11 semble que, dans ce domaine encore, M. K. Moser ait eu la main heureuse. Ses églises de Zug, de Saint-Paul à Bâle, de Saint-Paul à Berne et de Fluntern à Zurich sont d’une originalité prenante. Elles respirent la vie dans les lignes et se prêtent aux impressions religieuses.

Des théâtres ont été construits à Genève, à Bâle, à Zurich et à Berne. Le théâtre de Berne, édifié par M. B. de Wurstemberger en 1905, sans être de dimensions aussi importantes que les autres, se distingue par ses proportions heureuses. La w Tonhalle » de Zurich, dont le projet primitif était évidemment inspiré par le Trocadéro, a été terminée en 1895. C’est la plus grande salle de concert qu'il y ait en Suisse, où la musique est cultivée avec passion. Le Casino de Bâle, le Victoria Hall tic Genève, le Casino de Berne servent au même but.

Dans toutes les villes suisses on a vu s’élever des maisons de banque d’un style plus ou moins monumental. La Banque nationale de Zurich, érigée par les frères Pfîster 1922), semble avoir fourni à ce genre de construction une formule satisfaisante, c’est-à-dire une apparence extérieure sévère sans être morne et un aménagement intérieur adapté exactement aux besoins de l’entreprise.

Le Tribunal fédéral de Lausanne, dev.enu trop éLroit, sera bientôt remplacé par un édifice nouveau. Quant à l’ancien Palais fédéral de Berne, il est devenu l'aile occidentale d'une grande masse constructive dominée par un dôme central qui abrite les salles du Parlement. Cet édifice, dont l’intérêt réside surtout dans l'effet pittoresque du grand

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vestibule d'entrée contenant un escalier monumental, a été achevé par le Professeur Auer en 1902. Il n’est pas entièrement indépendant du Palais de . Justice de Bruxelles. Mais il a sur lui l'avantage de s'élever sur les berges d'une rivière et d’offrir de ses fenêtres une vue incompa rable sur la chaîne des Alj )CS.

LA SCULPTURE

La statuaire joue en Suisse un rôle effacé jusque vers le dernier quart du xixp siècle. Durant cette période stagnante, les sculpteurs de la Suisse française gravitent autour de Paris, ceux de la Suisse allemande font généralement leurs premières études en Allemagne et séjournent ensuite quelque temps à Borne, où les auréoles de Canova cl de Thorwaldsen les attirent. Le lion de Thorwaldsen à Lucerne est d’ailleurs une des œuvres capitales de cette époque. Les Tessinois respirent l'atmosphère italienne.

Nous ne pouvons donc parler d une école suisse de la statuaire avant la fin du siècle.

Au seuil de 1ère que nous avons à traiter dans ce chapitre, nous rencontrons James Pradier (né à Genève en 1792, mort à Paris en 1852), qui fait sa carrière en France et représente le style classique de l'Empire, assoupli par un sentiment inné de la grâce. Son élève, Jean-Flienne Chaponnière (né à Genève en 1801, mort à Mornex près Genève en 1835), fut chargé d'exécuter la Prise <V Alexandrie par Kléber, bas-relief qui décore l’Arc de triomphe de LFtoile. Adèle d’Affry, duchesse de Castiglione-Colonna, connue sous le pseudonyme de « Marcello » (née à Fribourg en 1836, morte à Castellamare en 1879), dont la plupart des œuvres sont réunies dans sa ville natale, a donné à la France la Pythie (1866) placée au pied du grand escalier de l’Opéra de Paris.

En Suisse allemande, Joseph Volmar (né à Berne en 1796, mort dans celte même ville en 1865), élève de Géricault et d’IIoracc Vernet, animalier distingué, donna en 1849 à la capitale bernoise le monument équestre du vainqueur de Laupen, Rodolphe d’Erlach. I n des sculpteurs qui exerça alors en Suisse une influence incontestable fut Max Imhot (né à Burglen, dans le canton d’Uri, en 1795, mort à Borne en 1869). Son art se ressent du classicisme de Thorwaldsen, ainsi que le révèle 1 Ere du Musée de Berne, une de ses meilleures œuvres. Robert Dorer, de Baden (1830-1893), se distingua par le monument érigé à Genève en 1 honneur de la réunion de ce canlon à la Suisse (1869). C’est au souvenir de la bataille de Saint-Jacques que Ferdinand Schlotb, de Bâle 1818-1891), consacra son principal monument à Bâle. Un statuaire distingué lut

Victor de Meyenburg, de Schaffhousc (1854-1893), qui passa la plus grande partie de sa vie à Dresde.

La Suisse italienne a donné en Vincenzo Yela (1820-1891) un sculpteur très remarquable, auteur de la célèbre statue de Spartacus et du Napoléon mourant (Palais de Versailles).

L’èrc moderne, qui ouvre aux sculpteurs un champ d'activité plus fécond, commence avec Richard Kissling (né à Wolfwil, dans le canton de Soleure, en 1818, mort à Zurich en 1919). Kissling fut chargé d’exécuter le monument de Guillaume Tell à Altdorf (1895). 11 fut également occupé à la décoration du Palais du Parlement à Berne.

Charles-Alfred Lanz 1847-1907) suivit les cours de J. -P. Cavelier à l’Ecole des Beaux-Arts et se distingua plus tard par le monument équestre du Général Dufour, érigé à Genève en 1884. Ce fut dans l’ambiance de Frank Buchser que travailla Max Leu 1862-1899), auquel Berne doit la statue d’Adrien de Bubenberg, le héros de Moral.

Hugo Siegwart (né à Lucerne en 1865) s’est signalé par le monument de Morgarten et par une statue d’Albert de Haller à Berne.

Les deux artistes mentionnés en dernier lieu ont respiré, dans leur jeunesse, l’atmosphère de Paris.

C'est dans ce centre stimulant que Bodo de Niederhausern (1865-1915) suisse s’épanouit dans le rayonnement de l'art moderne. Bodo marque dans la statuaire l’étape que Ilodler fait franchira la peinture suisse. Son modelé est souple, ses évocations sont vivantes et pleines de caractère. Il collabora avec Bodin pendant huit ans. Il exposa au Salon de la Rose-Croix Y Avalanche et le Torrent. Parmi ses ouvrages les plus marquants, un buste de Ilodler, le buste de Verlaine , Jérémie respirent le souflle d’un génie créateur. C’est également dans l’ambiance de Ilodler que se développa James Vibert (né à Carouge en 1872), (pii trouve des formes expressives dans la simplification raisonnée des problèmes. Le Serment du lliilli, dans le grand vestibule du Palais du Parlement à Berne, rsl une de ses œuvres les plus caractéristiques. A

Pliot. du Musée.

Fig. 541. — Rodo de Niederhausern :

Jérémie.

(Musée de Genève.)

se développa. Avec lui, la sculpture

L’ART EN SUISSE

Paris, sous I égide de Dampt, dans une étroite collaboration avec Jean Dunand, Schmied et Vallette, Charles-Albert Angst (né à Genève en 1S75) est parvenu à la maîtrise. Il vit aujourd’hui à Genève. Ses ouvrages sont d’un beau naturel ; ils respirent la force et la vie qu’a su leur donner une ûme sensible aux grandes harmonies de l’existence, admirative des ressources inépuisables de la matière. Ses Maternités, son buste de llodler, le plus ressemblant de ceux qui ont été faits du grand peintre, sa statue de la Justice au Palais de Justice fédéral à Lausanne, témoignent de la haute distinction de cet art. Cari Burckhardt, mort trop jeune, nous a laissé des œuvres d’un style original, d’une facture lisse et d’un sentiment profond. Son Amazone, placée à l’entrée du pont principal de Bâle, est une œuvre pleine d’allure. Ld. Zimmermann possède l’élégance de la ligne qu'il met en harmonie avec les exigences d’un naturalisme sincère. Unedes personnalités lesplus remarquablesqui nous apparaissent dans ce domaine est Hermann Ilaller, dont les évocations respirent la vie en ce qu’clle a de plus intense et de plus fugitif. Une de ses œuvres les plus charmantes est la statue en bronze d’une jeune Nymphe, au Musée de Berne. Hermann Ilubacher réunit une grande souplesse de métier au sentiment de la monumentalité. Ses statues sont attachantes par la clarté de leur composition et par le naturel de leurs attitudes. Sa Haigneuse, propriété de la Confédération, est un morceau d’une [telle tenue. Parmi les sculpteurs plus jeunes, nous distinguons plusieurs talents. Paul Kunz, .Max b noter, Luc Jaggi, Maurice Sarki, Eléonore de Mulinen, Charles Geiser, Ernest Kissling se signalent par des ouvrages remarquables.

LA PEINTURE

Pendant la première moitié du siècle, la peinture suisse reste timide. Son caractère et sa vitalité dépendent des centres locaux qui l’alimentent. La lignée des petits maîtres du xvme siècle se prolonge dans le xixc. Les Ivonig, les Lory, les Hess, les Franz Hegi, les Lier-

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mann répandent leurs aquarelles, leurs gravures coloriées, leurs tableautins sur le marché favorisé par de nombreux touristes qui demandent à garder le souvenir des sites parcourus.

h a Suisse française au xi\r siècle. — A côté de la production courante, quelques cités entretiennent un foyer d’art vivant. C’est le cas de Genève, dont le cadre social favorise les arts.

Trois peintres charmants, à peu près contemporains, illustrent ce milieu genevois, spirituel, observateur, solidement instruit, au goût inné, qui maintient un contact étroit avec les ateliers parisiens. Wolfgang-Adam Tôpffer 1766-1817), paysagiste, peintre de mœurs et caricaturiste. domine celle école genevoise de son souille idéaliste. Son R etablissement du culte, ses Charbonniers et d'autres peintures de genre transplantent à Genève le style de De Marne et de Boilly. Son lils Rodolphe fut un écrivain captivant, un caricaturiste plein d’esprit. Firmin Massot 1766-1849) a été le portraitiste à la mode. Il fut reçu à Coppet et peignit les portraits de Mme de Staël et de Mme Récamier. Son chef-d’œuvre est le portrait de son ami Agasse en costume de cheval. Jacques-Laurent Agasse 1767-1840) a été surtout animalier.il vécut à Londres à partir de 1800. Plusieurs tableaux, où le paysage est peint par Tôpffer, où les figures sont dues à Massot et les animaux à Agasse, attestent l’amitié qui liait ces trois artistes.

C’est à Genève et à Neuchâtel que naquit l’école des paysagistes modernes. François Diday (1802-1877) fut le père de cette lignée. Il avait une vision de la nature juste, une grande facilité demain. Mais l'émotion lui faisait défaut. Ses tableaux sont construits comme des décors de théâtre, et leurs sujets se répètent trop souvent. Son élève, Alexandre Calamc (1810-1861), ne tarda pas à le surpasser par une conception plus sérieuse de l’art. Il s’attacha à un dessin correct. Il comprit l’âme intime de Palpe et sut en rendre la sublimité. Calame eut un succès considérable, non seulement en Suisse, mais aussi à l’étranger. 11 exposa plusieurs fois au Salon, comme d’ailleurs Diday, et y obtint des récompenses. Vers la fin de sa carrière, il vit néanmoins son étoile pâlir, à mesure que s’affirmait à Genève la jeune école de Barbizon, représentée par Menu. Les belles qualités de son art s'affirmèrent moins dans ses grands tableaux, traités d’une manière conventionnelle, que dans ses études et scs lithographies pleines de fraîcheur. L Orage de la llandeck et le Mont-Rose sont parmi scs toiles célèbres. L'importance que Maximilien de Meuron 1785-1868), de Neuchâtel, eut dans l’histoire de la peinture helvétique ne pourra jamais être assez soulignée. Son esprit ouvert, son sentiment idéaliste, son désintéressement firent de son activité une source féconde qui contribua essentiellement à élever le niveau de l’art

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suisse. Son Grand Eiger (1825), salué avec enthousiasme par l'écrivain TôpfTer, marqua une étape décisive dans l’évolution artistique de son pays. De Meuron mit Léopold Robert (1794-1835), né aux Éplatures près de La Chaux-de-honds, sur la bonne voie en le recommandant à un mécène qui lui procura les moyens de séjourner en Italie. Élève de Louis David. Léopold Robert prolonge le classicisme bien avant dans le xixe siècle. Ses toiles principales symbolisent en même temps les quatre saisons et quatre des régions principales d'Italie : le Retour de la fêle de la Madone de l'arc représente le printemps près de Naples; la Moisson dans les marais Pontins, l'été près de Rome; la Vendange, l'automne près de Florence; le Dépari des pêcheurs de /’ Adriatique, l'hiver à Venise. Les trois premières sont au Louvre, la quatrième au Musée de Neuchâtel.

Léopold Robert a été presque l'idole de sa génération. Victor Hugo et Lamartine Font chanté. Plus tard, sa peinture est tombée en discrédit. On lui a reproché la dureté métallique de ses surfaces, le manque d’atmosphère dans ses tableaux; on lui en a voulu, en un mot, de s'être attardé au culte des principes davidiens. Néanmoins, ses études à l'huile, qui ont figuré à l’Exposition de l’art suisse à Paris, révèlent chez lui des qualités de coloriste et d’habile compositeur. Marc-Charles-Gabriel Gleyre, de Chevilly (1806- 1874), lit ses études à Lyon, puis à Paris chez Hersent. Il voyagea en Orient et exposa au Salon de 1845 le Soir (baptisé par la foule Les Illusions perdues ), (pii fut acquis par le Louvre. Sa réputation lut dès lors établie, et, la même année, il reprit de Paul Delaroche l'atelier qu’il devait diriger jusqu’en 1870. Il forma de nombreux élèves. Il peignit plus tard deux grandes toiles à sujets d histoire, /. Exécution du Major Davel , Les

Phot du Musée.

Fig. 545. — Maximilien de Meuron : Le Grand Eiger. (Musée de Neuchâtel.)

Helvètes faisant passer les Romains sons le joug toutes deux au Musée de Lausanne), et Hercule aux pieds d'Omphale (Musée de Neuchâtel). Ces œuvres se rattachent aux modèles classiques; elles sont d’une exécution correcte, mais d'un sentiment froid. Dans ses toiles de petites dimensions, figurant des personnages isolés, Gleyre parvient parfois à mettre une grâce délicate, ainsi, par exemple, dans sa Charmeuse du Musée de Bâle. L importance qui revient à Gleyre dans l’histoire de la peinture suisse est soulignée par ses mérites de pédagogue.

Genève fournit à la peinture suisse, pendant l’époque que nous traitons, deux peintres de talent, Léonard Lugardon (1801-1884), ami d’Ingres, peintre d histoire, de sujets religieux, portraitiste, et Joseph Iiornung 1792-1870), qui devint plus particulièrement le peintre du protesta n ti s m e gen evo i s .

Si nous revenons à Neuchâtel, nous y trouvons la famille des Girardet, du Locle, qui se signale à Paris et en Suisse par des ouvrages gravés et par une peinture de goût délicat. L’ancêtre des peintres Girardet est Samuel, libraire. Celui-ci eut t rois fils, Abraham ( 1764-1823), Abraham- Louis 1772-1820) et Charles-Samuel 1780-1803), tous les trois excellents graveurs. Charles-Samuel eut deux fils, Cari (1813-1871) et Edouard 1819-1880). Ceux-ci se distinguèrent par leur peinture de genre et d histoire à la cour de Louis-Philippe et trouvèrent, après la chute du roi, un asile dans le village de Brienz, où, avec plusieurs collègues, ils se consacrèrent à la peinture alpestre. Deux autres Neuchâtelois, portant le nom de Berthoud, mais non apparentés, Auguste-Henri (1829-1887) et Rodolphe-Léon (1822-1892), se vouèrent au paysage, surtout à la peinture des lacs et fie la haute montagne. Avec Albert de Meuron 1823-1897), les Vaudois F.-L. David Bocion (1828-1890) et L. Auguste Veillon (1854-1890) continuent la tradition de Calame, tout en puisant dans les grands centres des enseignements précieux. A Genève, Gustave Gastan (1823-1892), talent brillant el facile, cultiva le paysage avec goût, tandis qu Alfred van Muyden 1818-1898), élève de Kaulbach, se distingua par ses portraits et ses tableaux de genre.

Benjamin Vautier, de Morges (1829-1898), lit sa carrière à Düsseldort et s’y affirma comme peintre de genre, à côté de Knaus et de De- Iregger. Sa connaissance du cœur humain et la finesse de son humour donnent une note particulière à ses tableaux.

La peinture suivait en Suisse romande une voie honorable. Mais il lui manquait un artiste qui la sortît de l'ornière. Cette personnalité lui fui donnée en Barthélemy Menu (né à Genève en 1815, mort dans cette ville en 1895). Menn fréquenta l’atelier d’Ingres en 1855. Il suivit le maître en Italie en 1855, lorsque celui-ci fut nommé directeur de l Ecole de Rome. Déjà, en ces années, Menn chercha à donner une image à la fois

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belle el juste de la nature. Il ne se contenta pas d’une vision superficielle. Il saisi! le caractère des choses. Plus tard, il se développa à Paris en étroite communion avec Baron, Français, Daubigny, Th. Rousseau, Corot, Delacroix. Après avoir eu des succès en France, il dut rentrer à Genève, où l’opinion, moins bien préparée, ne lui rendit pas justice. 11 renonça à exposer et concentra son activité sur ses élèves, qui lui témoignèrent une grande admiration cl une profonde reconnaissance. Menu consacrait ses étés à des voyages en Suisse et en France. Il représentait la haute montagne et des sites de la plaine. Dans ses paysages, il

Phot. du Musée

Fig. 5i4. — Barthélemy Menn : Un Étang.

(Musée de Genève.)

traduisait un sentiment "auquel la peinture suisse ne nous avait pas habitués. L’ordonnance des masses donne à l’œuvre un accent d'unité et d harmonie. L atmosphère , le ciel, l’eau, le terrain, les arbres, les moindres éléments du tableau prennent du caractère. Un ouvrage de Calamc paraît froid «à côté d’une peinture de Menn, qui vibre dans tous ses détails et produit l’effet d'un organisme vivant. Comme portraitiste, Menn sait également rendre le caractère de son modèle, tout en faisant œuvre de goût.

Menn eut de nombreux disciples. Jules-Jacques Jacot-Guillarmod, du Locle ( 1 8 ^ S - 1 8 S 0 ) , et le Bernois Frédéric Simon (1 8*28-1 St»^) lui firent honneur comme animaliers. Auguste Baud-Bovy (1 848- j 899) fournit une belle carrière de paysagiste. Après avoir été pendant dix ans professeur aux écoles municipales d’art à Genève, il séjourna en Espagne, ensuite à

Paris, où il se lia avec Puvis de Chavannes, Roll, Rodin, puis vint se fixer, en 1 888, à Aeschi dans le Canton de Berne. C’est dans ces solitudes alpestres qu'il appliqua son savoir et son goût à la peinture de la haute montagne. Fidèle aux enseignements de Menu, il s’efïorça de rendre lame même de ces siles augustes. Ses toiles ne s’imposent pas par l'accent héroïque que Hodler a su donner à ces sommets, mais elles plaisent par un mélange rare de vérité et de poésie. Le tableau Sérénité, du Musée

du Luxembourg, Solitude, le Fumeur, du Musée de Zurich, représentent le style de ce peintre distingué.

Eugène Burnand, deMoudon (1850-1921), a également passé par l'atelier de Menu, puis terminé ses études à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. Il s’estdistingué comme peintre de genre, paysagiste et animalier. Esprit profondément religieux, il a, en outre, transcrit avec émotion des sujets de l'Evangile, notamment les Paraboles. Il a illustré Mireille de Mistral.

Parmi ses toiles les plus importantes, il faut citer La Pompe du village (Musée de Neuchâtel), Le Taureau dans les Alpes Musée de Lausanne), Changement de pâturage ( M usée de Berne), Le Labour (Musée de Lausanne), Les Disciples Musée du Luxembourg). Burnand a été un esprit de grande envergure, un talent très productif, un dessinateur remarquable.

Charles Giron, de Genève (1850-1914), élève de l'Ecole des Beaux- Arts de Paris, a acquis une virtuosité qui place souvent ses ouvrages dans le voisinage de Bastion-Lepage. Il s’est consacré surtout à la figure et au portrait. Sa Fête des Lutteurs du Musée de Berne est importante [taises dimensions. et par l’exécution prestigieuse des personnages.

Léon Garni 1844-1908), élève de Mcnn, et les membres de la famille de Beaumont (Auguste, Pauline et Gustave) représentent l’esprit de

ju’il a de délicat. La vieilli

•IG. 545. — Auguste Baud-Bovy (Musée de Genève.)

Phot. du Musée.

Montagne.

l’Ecole genevoise en ce <

culture genevoise

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revit dans celle peinture modeste, respectueusement atlenlivc aux moindres manifestations de la nature.

A Neuchâtel, un neveu de Léopold Robert, Paul Robert (1851-PL2Ô), a laissé une trace profonde de son activité. Elève de l’Académie de Munich. puis de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris, il s’est distingué par l'esp ri t religieux de son art. L ne œuvre de jeunesse, Les Zéphyrs d'un beau soit', au Musée de Neuchâtel, marque l’apogée de son talent. Le beau dessin, les teintes savoureuses, la composition à la fois équilibrée et pleine de mouvement de celle toile donnaient alors des promesses que

Phot. Braun et Cie.

Fu;. aiti. — Eugène Burnand : Saint François d’Assise et les moutons.

Robert n’a pas tenues. La décoration du Musée de Neuchâtel, où l’artiste a illustré en Irois panneaux le triomphe du Christ sur les esprits du mal, est une démonstration vivante de foi plutôt qu’une œuvre d’arl monumentale. Trop de détails anecdotiques troublent l’effet de ht pensée directrice. Les panneaux de Paul Robert au Tribunal fédéral, à Lausanne, attestent une intention décorative plus nette, sans satisfaire enlièremenl aux exigences d’un problème de grande envergure. Le mérite de Robert a été surtout de faire revivre dans la représentation d humbles animaux, chenilles et papillons, les splendeurs de la Création, tpi il admirait en serviteur de Dieu.

La mort a récemment enlevé deux peintres distingués, qui ont fail leur carrière à Paris, Carlos Schwab cl Félix Yallotton.

La Suisse allemande au xixe siècle. — Ludwig Vogel, de Zurich (1788-187!)), l'interprète des temps héroïques, s'est formé à Vienne, d'où

il partit pour Rome, avec Overbeck et les autres « Nazaréens ». Tandis que ses amis se tournaient vers la peinture religieuse, son sens positif l’attira vers l’histoire. Il lut confirmé dans sa voie par Cornélius, dont il admirait les illustrations de Faust. Rentré chez lui, il s’approfondit surtout à la représentation de scènes légendaires et historiques empruntées aux origines de la Confédération suisse. Son dessin n'est pas impeccable. Sa façon de peindre pèche par des exagérations, cl souvent il se laisse aller à des accents mélodramatiques. Mais il dispose d’une imagination fougueuse, d’un instinct sûr dans le groupement de ses figures.

La caricature a eu en Suisse allemande un représentant plein d’esprit, Martin Disteli, d’Olten (4 80^2-1 84 4) , dont la verve s’est exercée surtout dans le Calendrier Disleli. Disteli occupait à Soleure une chaire de professeur de dessin. 11 prit une part active au mouvement radical qui renversa, en 1830, l’ancien ordre de choses. 11 mit son crayon au service de son parti, qui en retira de grands bénéfices. En outre, il illustra, comme Yogel, des sujets d’histoire et des légendes populaires.

Dans la Suisse centrale, Melchior Deschxvanden, à Stans (181 1-1881), remplit les églises catholiques de ses tableaux édulcorés, lointainement inspirés du style d’Overbeck, mais bien inférieurs à la peinture éthérée du maître allemand. Jacques Schwegler (1705-1866) et Joseph Zelger, de Stans (1812-1885), représentent à Lucerne la manière de Calame. Plus tard, Robert Zünd 1827-1900) élargit l’horizon de l’Ecole lucernoise, en prenant un contact plus étroit avec les maîtres de Barbizon, surtout avec Troyon, pour lequel il avait une préférence marquée.

Le Valais s’inscrit dans les annales de 1 histoire artistique de la Suisse grâce à Raphaël Ritz, de Rrig (1829-1894), qui, formé à Düsseldorf, lit œuvre honorable de peintre de genre et de paysagiste.

A Berne, nous rencontrons un excellent portraitiste, Jean-Frédéric Dietler (1804-1 874), (‘lève à Paris du baron Gros. Les œuvres de Dietler se distinguent par leur belle tenue, par un coloris chaud et nuancé, et par un dessin minutieusement correct. Le Jura bernois a fourni à la capitale le paysagiste Henri Juillerat (1777-1860), qui a passé une grande partie de sa vie en Italie et prolongé tard dans le xixe siècle la manière des petits maîtres aquarellistes cités au début de ce chapitre. Quant à Auguste de Bonstetten (1796-1879), il représente à Berne le style de Diday et de Calame, tout en donnant à ses paysages une empreinte classique qu'il tient de ses séjours prolongés en Italie. Un des artistes les plus populaires de Suisse, qui s’est occupé avec une sensibilité touchante des mœurs paysannes de sa région, est Albert Ankcr, d’Anet (1851-1910). Anker fit ses études à Paris, dans l’atelier de Gleyre, et resta en contact permanent avec la métropole des arts jus-

L’ART EN SUISSE

sr.:»

qu’en 1890. Il exposa régulièrement au Salon et remporta, jeune encore, des marques éclatantes de distinction. Sa peinture nous présente la vie des campagnards en marge du labeur quotidien et des travaux pénibles; l'enfance naïve et souriante, la vieillesse contemplative lui fournissent souvent des sujets d’interprétation charmante. 11 a une palette variée, dont les nuances ne sont toutefois pas toujours harmonieuses.

Dans notre étude consacrée à la Suisse française, nous avons tracé une limite entre la production routinière engagée dans l’ombre de Galame et de I)iday et le renouveau qui se fit sentir dans le domaine de la peinture grâce à l’intervention de Menn. En Suisse allemande, Frank Buchser, de Soleure (1828-1890), provoque un mouvement analogue. Autodidacte et nomade, Buchser parcourut plusieurs pays d’Europe. Il séjourna aux Etats-Unis d’Amérique, où il fit une campagne de portraits. Sous des dehors frustes, il cachait une intelligence vive, un talent hors ligne et un œil de peintre extraordinairement sensible. 11 tira donc parti de la contemplation des chefsd’œuvre que lui offrirent les grands musées d’Europe.

Ses séjours en Espagne et

au Maroc contribuèrent à approfondir en lui le sens de la lumière. Il y fit des tableaux impressionnistes, longtemps avant que les « impressionnistes » devinssent célèbres. Dans ses portraits, il sut faire ressortir le caractère du modèle; dans ses paysages, il parvint à mettre en valeur la couleur locale. Ses tableaux sont bien composés et dominés par une volonté souveraine. La qualité lisse et ondoyante des surfaces révèle un sens délicat de la forme. Parfois un accent un peu criard dans l’accord des teintes trahit l’artiste qui ne s'est pas entièrement émancipé de l'influence locale.

Rodolphe Koller, de Zurich 1828-1905), occupe une place impor-

x. vu i. — 109

Pliot du Musée.

Fig. 547. — Frank Buchser :

Le Général Sherman, Commandant supérieur aux armées du Nord pendant la guerre de Sécession. (Musée de Berne.)

tante dans l'art suisse comme animalier et comme paysagiste. Il (il ses premières études clic/, le peintre zurichois J. Jacques Ulrich, qui avait séjourné à Paris et s’y était assimilé l’enseignement de R. Brascassat. Puis il partit pour Düsseldorf, où il rencontra Bôcklin. Ces deux artistes se rendirent en 1847 à Bruxelles, puis à Anvers. Ils se retrouvèrent ensuite à Paris, d’où la révolution de juillet les chassa. Koller revint à Zurich et y déploya une activité féconde. Il y loua un parc et le peupla de nombreux animaux qu’il reproduisait sur le vif. Il cherchait à rendre leur caractère tout en s’efforçant de les grouper en des tableaux bien équilibrés, aux lignes harmonieuses. Il fut considéré de son temps comme l animalier suisse le plus habile et le plus fidèle.

Un contemporain de Koller, Ernest Stocke lberg, de Bâle (1831- 1903), s’est distingué comme portraitiste, cl peintre d’histoire et de sujets de fantaisie. Il est né dans un milieu cultivé, et apparenté à l’historien d’art Jacques Burckhardl. Il fit ses éludes à Berne, chez Dicller, puis à Anvers.

Il apprit à connaître les centres de Paris et de Munich. Sa terre d’élection fut l'Italie. Son œuvre la plus marquante est la décoration de la chapelle de Guillaume Tell, qu’il exécuta dans les années 1880-1882.

Auguste Wcckesser, de Winterlhur (1821-1899), cultiva le genre cl l’histoire. 11 passa une grande partie de sa vie à Borne, où il mourut. Emil Ritlmeycr, de Sainl-Gall 1820-1904), fut également un peintre de genre apprécié.

Il est temps d’aborder 1 étude d’un grand peintre, qui met dans l’ombre la plupart de scs collègues, et dont le nom brille aujourd’hui encore au firmament de l’art universel. Arnold Bocklin, de Bâle (1827- 1901), fit ses premières éludes à Düsseldorf auprès de Schirmer. Il se rendit ensuite en Belgique avec Rodolphe Koller et revint en Suisse en 1847. 11 parcourut les Grisons, séjourna sur les bords du Lac Léman et fréquenta pendant quelques mois l’atelier de Calame. Ses études de ce temps témoignent déjà du sentiment poétique qu'il mettait à l'intcrpré-

Phot. du Musée.

Fii.. 548. — R. Koller : Animaux à l’abreuvoir.

(Musée de Lausanne. i

L’ART EX SUISSE

talion de la nature. Après un court séjour à Paris, il se rendit à Rome en 1850 et y travailla sous l’influence de François Dreber (1822-1875), un élève de Ludwig Richter, grand admirateur du paysage romain. Bocklin commença par exécuter des paysages; plus tard, il anima ses tableaux de figures mythologiques (chasse de Diane, Nymphes, Centaures). 11 épousa à Rome Angola Pascucci. En 1858, il revint à Bâle, et alla se fixer à Munich, où son tableau Pan dans la forci fil sensation et lui procura une chaire de professeur à l’Académie d’Iéna. Son caractère indépendant supporta mal le joug de l’enseignement. Il quitta Weimar

en 1802 pour se rendre à Rome où il séjourna quatre années. Les problèmes techniques attirèrent alors son attention. Il jeta son dévolu sur les fresques antiques de Naples et. de Pompéi et chercha à s’assimiler le secret de leur essence physique. Parmi les œuvres marquantes qu’il exécuta pendant ce séjour, la Villa au bord de la mer, dont il existe plusieurs variantes, révèle par une forme attachante les impressions romantiques que la contemplation du paysage italien lui suggérait. L’année 1860 le revit dans sa ville natale, où il vint fixer définitivement ses pénates. Il y fut chargé d’ouvrages importants. Il décora la villa Sarasin de fresques à sujets bibliques. Le Musée lui commanda également des peintures murales. Il ne trouva néanmoins pas, à Bâle, une atmosphère de sympathie propice à l'expansion de ses facultés créatrices. Sa mauvaise humeur s’exhala dans les mascarons qu’il modela pour la Kunsthalle et

Fig. 549. — E. Slückelberg : Marionnettes.

(Musée de Bâle.)

dont il profita pour faire des caricatures mordantes de ses adversaires. Il quitta Bâle en 1871, fit un séjour prolongé à Munich et se fixa en 1874 à Florence, où il allait passer onze ans de labeur fécond. Son style s’était déjà transformé à Bâle, en prenant une allure large et en se réduisant à une gamme plus sombre. Le séjour de Florence accentua cette évolution. Ce fut alors qu'il peignit la célèbre Ile <les morts. En 1885, Bocklin revint en Suisse pour l'éducation de ses enfants et élut domicile à Zurich. Dans ce milieu stimulant, où dominait la figure attrayante de Gottfried Relier, il créa les Naïades et le Vita somnium breve de Bâle, la

Sirène de Berne, la Gartenlaube et Vénus çjenetrix de Zurich, et d'autres tableaux importants.

En 1892, l'artiste fut victime d'une attaque qui l'obligea à aller prendre du repos en Italie.

Il loua une villa à Fiesole et y passa le reste de ses jours, entouré d'une auréole de gloire.

Son œuvre est considérable, d'une originalité puissante, soulevée par les impulsions d’une âme de feu. Le sujet est pour lui la raison d’être du tableau.

Mais il évite de tomber dans le genre exclusivement illustratif et littéraire, grâce à son génie de peintre. Ses teintes, quoique parfois crues et souvent d'un accord un peu criard, ont des surfaces chatoyantes. Son dessin est solidement établi. En lui le peintre et le poète collaborent en une intime union.

Nous ne pouvons que mentionner ici quelques peintres paysagistes sortis de l’École de Munich : Arnold Stcffan 1848-1882), Otto Frôlicher, de Soleure (1840-1890), et Adolphe Stâbli, de Winterthur (1842-1901). Ce dernier surtout s’est distingué par des œuvres remarquables, traitées dans un style large et pénétrées d’un grand souffle de poésie. Hans Sandreuter, de Bâle (1850-1901 , subit l'influence de Bocklin, sans atteindre à la puissance du maître, mais en réalisant tout de même des œuvres d’une forte tenue et d’un accent poétique.

Un artiste d'une belle envergure, Cari Staufler, de Berne (1857- 1891), après des études faites à Munich, acquit à Berlin une grande

Phot Bruckman.

Fig. 550. — Arnold Bocklin :

Portrait de l’artiste.

(Musée de Berlin.)

L’ART EN';SUISSE

réputation de portraitiste, lit des eaux-fortes remarquables et se tourna vers la sculpture qu’il pratiqua avec succès à Home. Un drame vint mettre fin à sa vie pleine de promesses. Dans ses eaux-fortes, parallèlement à Gaillard en France et à Herkomer en Angleterre, il remplaça les tailles régulièrement juxtaposées, qui étaient alors de tradition en Allemagne, par des traits fantaisistes tracés sans aucun système, ayant pour but unique de donner à la gravure un caractère vivant.

La figure d’artiste qui domine l’art suisse du xixe siècle de toute sa haute stature est celle de Ferdinand Hodler. Né à Berne en 1855, Ilodler eut une enfance ingrate. Orphelin, très jeune, de père et de mère, dénué de toutes ressources, il se fraya un chemin à travers les broussailles d’une existence qui ne lui promettait que peu d’agréments. 11 était enfant du peuple. Son instruction fut rudimentaire. Tout jeune, il dut gagner son pain. Apprenti à Thoune, chez un peintre paysagiste,

Sommer, qui vendait des vues aux étrangers de passage, il secoua bientôt le joug de son patron pour travailler chez un oncle, menuisier agriculteur, qui le recueillit à Langenthal. De là, il partit pour Genève, où 1 attirait le prestige d’une ville fréquentée par des étrangers et réputée cité d’art. 11 y rencontra, par hasard, Barthélemy Menn, qui l’invita à suivre ses cours. L’influence que Menn exerça sur lui fut salutaire. Hodler, qui unissait à de grandes facultés de peintre une tendance irrésistible vers l’abstraction, trouva chez son maître des notions claires qui le délivrèrent du fatras des conventions el lui firent connaître l’essence même et le but de l’art. A partir de ce moment, il mit ses pinceaux au service d'une idée, ce qui ne l’empêcha pas de se perfectionner dans le dessin et de chercher par un travail infatigable à se rendre maître des difficultés du métier. Il visita, en 1878 et 1879, l’Espagne, d’où il rapporta des impressions profondes. Excepté ce séjour et un voyage fait à Paris

en 1891, Ilodler ne quitta pas la Suisse avant l'àge mùr. Il n'csl donc guère tributaire de l’étranger, et, si l’on note dans ses travaux de jeunesse des emprunts faits à la tradition de Corot, une certaine parenté d’esprit avec l’art décoratif de Puvis de Chavannes, une affinité passagère avec les tendances du Salon de la Rose-Croix, il ne s'en est pas moins assimilé ces éléments dans le milieu genevois, largement ouvert au souffle de l’art français. Ilodler est donc un artiste éminemment autochtone. Sa puissante personnalité, son indomptable caractère le poussèrent dans une voie indépendante, éloignée de la mode. Voilà pourquoi ses premiers efforts ont été méconnus du public. 11 a accompli son destin solitairement, aux prises avec la lutte pour l’existence, échappant à la misère noire grâce surtout à l’estime de ses confrères <pii lui décernèrent des prix institués à Genève par les legs Diday el Calame.

Dès sa jeunesse, il eut une tendance à généraliser le sens de ses motifs. Ainsi son propre portrait fut baptisé L' Etudiant, celui de son frère L'Ecolier. 11 intitula un tableau représentant un jeune homme dans un paysage Le Dialogue avec la nature , et ces dénominations s’imposèrent.

Il obtint son premier succès au Salon de 1887 avec son Cortège de lulleurs, grande toile illustrant une fête populaire bernoise, que possède le Musée de Zurich. Son premier chef-d’œuvre est la Nuit (ju’il exposa au Salon de 1891. Autour d’une figure centrale, représentant un homme se débattant tragiquement contre une figure enveloppée d’une draperie noire, symbole du cauchemar, des hommes et des femmes dorment d'un sommeil profond. Les personnages de ce tableau sont d’un dessin ferme et d’un modelé à la fois vigoureux et nuancé. Le décor accompagne de ses lignes discrètes el de ses Ions simplifiés les motifs humains. L’art de Ilodler se révèle tout entier dans celle loile, dont la pensée est fortement, presque brutalement expressive, et dont le style est souverainement décoratif. Les années suivantes virent naître les Ames déçues et les Las de vivre 1892), L'Elu 1893-1894') et l 'Eurythmie 1 1895), tous, ainsi que la V ait, au Musée de Berne. Des figures de Guerriers suisses, dont fut décorée la halle des fêtes de l’Exposition nationale en 1896, attirèrent l’artiste vers les thèmes héroïques du passé de son pays, et ce fut avec succès qu'il concourut en 1897 pour la décoration du Musée national à Zurich. Ses trois panneaux figurant La Retraite de Marignan évoquent en un raccourci saisissant la force herculéenne, la fureur de ces combattants habitués à la victoire et forcés à la retraite. Le mérite de cette composition réside moins dans une reconstitution discutable des armes et des costumes du temps que dans une évocation géniale d’un passé dont Ilodler a deviné l’esprit. C’est la plus belle décoration murale qui ail jamais été faite en Suisse. Malgré le succès final de celle entre-

Fig. 55 2. — Ferdinand IIodler : L’Élu.

(Propriété de la Fondation Gottfried Relier, Musée de Berne.)

prise, qui se heurta à bien des obstacles dressés par des esprits mal orientés, la Suisse ne comprit pas tout le parti qu’elle pourrait tirer d’un décorateur semblable. Elle confia l’ornementation de ses édifices publics à des peintres moins qualifiés et laissa l'Allemagne s’alimenter aux sources de l’art hodlérien. L Université d'Iéna commanda à l’artiste le Départ des étudiants d? léna en 1813 1908), et la Municipalité de Hanovre le chargea d’un tableau commémoratif de la Réforme, que Hodler intitula L' Unanimité (1914).

L horizon de l’artiste s'éclaircit après l’exécution du Marignan. Le

Phol. du Musée.

Fig. 5Ô3. — Ferdinand Hodler : La Retraite de Marignan.

(Musée de Genève.)

Jour (1900 , du Musée de Berne, qui lui valut la médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris, marqua dans sa carrière une période de gloire, qu’accentua encore l'Exposition spéciale qu’il fit de ses œuvres en 1904 à Vienne. Le Printemps (1901), du Musée de Hagen en Wcstphalie, la Vérité 1905) et le Jeune homme admiré par les femmes 1905), trois ouvrages expressifs d’une rare puissance, jalonnèrent cette phase triomphale. Guillaume Tell 1905), U U motion 1904), L'Heure sacrée (1907), L'Amour 1908), Le Bûcheron i 1910) et le Regard vers l' infini { 1915) furent les toiles les plus importantes (pie l'artiste créa dans la suite. Dans chacune d'elles il exprima fortement une pensée symbolique, puisée dans son expérience des choses humaines, relevée par le sentiment de l’infini. Dans ses paysages, empruntés aux environs du lac Léman, à l’Oberland

L’ART EN SUISSE

bernois el à l’Engadine, il semble modeler la nature à l'image de son âpre génie. Ses portraits font ressortir avec une force inouïe le caractère du modèle.

Ilodler, reconnu comme le chef de l’école de peinture suisse, a exercé sur ses compatriotes une influence jprofonde. I R n’a toutefois pas eu d imitateurs. Il reste un génie solitaire, un Germain qui s'est développé en pays romand, et qui représente bien, à ce point de vue, une des faces de la mentalité suisse. De son temps, il eut une grande vogue en Allemagne et en Autriche, jusqu'au moment où il mit sa signature au bas d'une protestation contre le bombardement de Reims. Aujourd'hui sa valeur commence à être reconnue dans la perspective du temps. Les artistes et tous ceux qui considèrent .sa peinture sans préjugés admirent en lui un des représentants les plus notoires de l’art moderne.

Nous rencontrons dans les Grisons un peintre de renom universel, Giovanni Seganlini. Cet artiste, né à Arco en 1858', mort près de Pontresina en 1899, n’a pas été naturalisé suisse, quoique son œuvre principale ait pris naissance dans les Alpes suisses. La technique de Segantini, qui consiste à juxtaposer des couleurs primaires au moyen de traits de pinceau allongés et aigus, laissant entre eux des sillons, a été inspirée par le besoin de rendre l’atmosphère pure et transparente de la haute montagne. Ses principaux ouvrages sont consacrés au paysage de l’Engadine. C’est pourquoi les Suisses considèrent Segantini comme étant devenu des leurs. Le village de Saint-Moritz a élevé en son honneur un musée, où se trouve son grand Triptyque symbolisant les trois phases de l’existence : naissance, durée, mort. Nous ne voulons pas empiéter sur le domaine réservé à notre confrère qui traite de l’art italien. 11 était toutefois nécessaire de mentionner le nom de cet Italien devenu Suisse de fait, dans un exposé relatif à l’art de la Suisse.

Phot uu iiiu&ee.

Fig. 554. — Ferdinand Hodler : Le Mônch. (Collection de M. le D’ Ilahnloser, a Winterthur.)

T. VIII

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C’est un lyrique que nous retrouvons en Albert Welti, de Zurich (1862-1912), un peintre doué d’imagination, inclinant vers la poésie. YVelti lit ses études à Munich et passa quelque temps dans l’atelier de Bôcklin. Ses œuvres ont une saveur de terroir, une fraîcheur vivifiante, et toujours l’accent d’un inventeur qui observe la nature, saisit la physionomie des choses, tout en évoquant des visions originales, pénétrées de sens et de vie. Le Soir de Noces, La Maison des songes, le Portrait des parents de I artiste, L Artiste et sa famille , L' Exode des pénales sont parmi ses tableaux les plus caractéristiques. Welti est aussi l’auteur de belles eaux-fortes. W. Balmer, de Bâle (1865-1922), un excellent portraitiste, lit ses études à Munich où il étonnait professeurs et élèves par ses dons

exceptionnels. Plus tard, il séjourna en Italie. Lorsque Albert Welti entreprit la décoration de la salle du Conseil des Etats au Palais du Parlement, il s’assura la collaboration de Balmer, et les deux artistes prirent domicile à Berne.

Balmer a peint avec succès des paysages et des sujets poétiques.

Sa force réside néanmoins dans le portrait.

Max Buri, de Berthoud (1868-1915), a été influencé par Ilodler, auquel il a emprunté l importance du contour et la valeur du ton local. Il a rendu de préférence des scènes de mœurs de l'Überland bernois, en donnant à ses sujets un caractère de fresque, négligeant l’accessoire au profit d'une vue d’ensemble frappante. Ses couleurs chantent, et sa vision des choses est d'une justesse frappante. Le tableau Après l'enterrement 1905, Musée de Berne) est une de ses toiles les plus significatives.

Artistes vivants de la Suisse française et de la Suisse allemande.

Si nous abordons les peintres vivants, nous sommes frappés du grand nombre de talents (pii s'affirment en Suisse. Nous ne pouvons mentionner ici tous les artistes qui mériteraient d'être mis en lumière. Laissons cette tâche aux historiens futurs et bornons-nous à un aperçu. Parmi les Suisses travaillant à Paris, Louise Breslau a derrière elle une carrière

Phot. du Musée.

l u.. îiîki. — Max Buri : Après l'enterrement.

(Musée de Berne.)

L’ART EN SUISSE

féconde. Elle cultive surtout le portrait. Sa peinture a beaucoup de charme. On y admire un rare mélange de fermeté uet, de grâce. Marthe Stettler, Walter Gimmi et Théophile Robert font honneur à leur patrie. A Genève, Alexandre Blanchet se distingue par l’ampleur de ses visions, le volume que prennent ses figures dans l'espace et la finesse de ses dégradations. Maurice Barraud a des couleurs charmantes. René Guinand attire par son faire large et son sentiment de l’atmosphère. G. de Traz s’impose par un talent remarquable. Albert Trachsel, un ami de Ilodler, s’affirme par des paysages délicats. Le Canton de Vaud revendique Abraham Hermanjat, un artiste d’une haute culture, et René Auberjo-

Phot. du Musce

Fin. 556. — Louise Breslau : Les amies.

(Musée île Berne.)

nois, dont la peinture prend un caractère déeoratil de grand style. Louis de Meuron poursuit les traditions de sa tamille a Neuchâtel. Ses portraits ont une affinité avec le faire de Renouard. Dans le Valais vivent Ernest Biéler, Baphy Dallèves, Edmond Bille et Édouard Vallet. Ce dernier révèle une belle aisance dans ses compositions, auxquelles il imprime un cachet de monumentalité, tout en étant très sensible aux nuances de la lumière. Berne a le privilège de posséder depuis quelques années Ernest Kreidolf, l’interprète délicat et plein d’imagination de la flore alpestre, l’auteur de volumes illustrés à l'usage de la jeunesse, un esprit à la fois subtil et original, contemplateur amoureux de la nature. Edouard Boss est un des plus distingués représentants de l’Ecole bernoise. Ernest Morgenthaler, Émile Cardinaux, Walter Clénin, Marguerite Frey-Surbek, Adèle Lil 1 jequist, Martin Lauterburg, L. Moillet, Victor Surbek, Fred Stauffer contribuent à faire de l’École bernoise un centre d’art actif. De

Soleure est Hans Berger, qui travaille à Genève et frappe par sa peinture vigoureuse, ses compositions solidement établies et expressives. Alfred Pellegrini, un maître dans l’art de la décoration, et Paul Barth, Paul Burckhardt, Numa Donzé, J. -J. Lusclier, Otto Boos, N. Stoecklin donnent de 1 accent à 1 École bâloise. A Zurich, Ottilie Roederstein, Otto Baumberger, Sigismond Righini, Agosto Giacometti, Charles Hügin, J. de Tscharner, P. Bodmer sont parmi les artistes les plus marquants. La

Fhurgovie déplore la perte de Hans Briihlmann, un peintre aux couleurs charmantes qui avait le sens inné de la décoration. Hans Sturzenegger, de Schaffhouse, a une palette remarquable.

A ce choix d’artistes éminents, viennent s’ajouter deux ligures qui laisseront certainement des traces profondes dans révolution de l’art suisse contemporain, Cuno Amiet et Giovanni Giacometti.

Cuno Amiet, né à Soleure en 1868, est redevable de son premier enseignement à Frank Bucliser, et sa carrière a pris son orientation définitive en Bretagne. Il passa plus d’un an à Pont-Aven, en contact avec Émile Bernard, l’ami de Van Gogh, et avec l'Irlandais O’Connor. Revenu dans sa patrie en 1895, il fut entraîné pendant quelque temps dans le sillage de Hodler, dont il admirait la clarté expressive. 11 ne se laissa néanmoins pas dominer par cet ascendant et trouva bien vite sa propre voie dans le domaine de la couleur. Amiet est un coloriste éminent. Sa palette chaude, nuancée et lumineuse, évoque des visions d’arc-en-ciel. Mais il ne considère pas les effets de coloris comme étant le but de son art. Ce qui le préoccupe avant tout, c’est la forme. Amiet est un lyrique; il met son pinceau au service d’un hymne chanté à la gloire de la nature. Ses œuvres ont un sens profond, comme celles de Hodler, et c’est par là qu’elles gagnent les yeux et le cœur. L Enfant malade { 1895) et Richesse du soir (1899) se ressentent de l’admiration que Hodler inspirait à l’artiste, les Taches de soleil jalonnent une évolution vers un pleinairisme vigoureux, la Cueillette des pommes 1912) est une des

D’après C. de Mandach, Cv no Amiet

Fig. 557. — Cuno Amiet :

Le Chef cl orchestre.

(Musée de Berne.)

L’ART EN SUISSE

premières toiles dont la composition se plie entièrement à une intention décorative, La Fontaine de • Jouvence 1917), du Musée de Zurich, rehausse de son éclat l'intérieur d'une combinaison architecturale. Le Chef d'orchestre (1919), au Musée de Berne, et Le Concert d'anges (1924) marquent les étapes d'un développement vers une solution de plus en plus complète du problème décora lit.

Giovanni Giacometti, né en 1 8G8 à Slampa, dans la partie italienne du Canton des Grisons, est un contemporain d’Amiet. Comme lui, il est un maître de la couleur. Mais on sent dans ses ouvrages un tempérament plus méridional, lia le sentiment de la grâce très développé, il est voluptueusement amoureux de la nature. Sa peinture rayonne dans un miroitement de couleurs éblouissantes. Toutefois les caresses de son pinceau n’excluent point un esprit décidé, une main ferme, étrangère à toute; mièvrerie. L'art de Giacometti esl, comme celui d’Amiet, d'une forte trempe, mais son langage a des inflexions latines qui ménagent les transitions. La maison rouge (1912), le Réveil du printemps 1920), Y Automne 1925), Quant o e bella Giovinezza, les Portraits de M. et Mme Rühler, des paysages ravissants, pris surtout dans les environs de Stampa et de Maloja, représentent bien incomplètement une œuvre touffue et d une tenue admirable.

Parmi les représentants modernes de l’art graphique, nous noterons surtout les graveurs sur bois Henry Ch. Bischoff, J. Epper, et le graveur à l’eau-forte Fritz Pauli.

La Suisse italienne. — L’œuvre de Giacometti établit un lien entre la Suisse allemande et la Suisse italienne. Le Canton du Tessin, habité en majeure partie par des montagnards, a pris une part active au développement intellectuel et artistique de la Suisse moderne. Tout en trouvant ses centres d’études dans le grand pays où l’on parle la langue de Dante, il se rattache par une solidarité d’esprit et de sentiment à la patrie helvétique, dont il est un membre essentiel et actif. Parmi les peintres qu'il a produits au xixe siècle, Antonio Ciseri, de Ronco sur Ancona (1821-1891), se distingue par sa Mise au tombeau , à l’église de la Madone del Sasso à Locarno, œuvre d’une belle composition, d’un savant dessin et d’une exécution minutieuse, mais d’un accent un peu froid. Ses portraits sont plus vivants, et souvent d’un très beau coloris, comme celui de Bartolomeo Rusca à l Hôtel municipal de Locarno. Luigi Bossi, de Lugano (1855-1925), s'est affirmé comme peintre et comme illustrateur. Filippo Franzoni, de Locarno (1866-1911), est l'auteur de paysages délicats. Adoll'o Ferraguti- Visconti, Auguslo Sartori, Plinio Colombi font figure honorable dans cette Ecole, qui s’honore, en outre, de Pietro Chicsa, portraitiste élégant, dessinateur ayant illustré

en partie une nouvelle édition de Dante, et de Edoardo Berta, dont les paysages ont souvent une allure décorative de grand style. Parmi les plus jeunes, Fausto Agnelli, Ettore Burzi, A. Cingria ont chacun leur style personnel. Ils réjouissent nos yeux eL appartiennent à la future histoire de l'art.

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