‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 253 sur 412 · TOME V · texte numérisé non relu

TOME V

appelaient ypjTre; et que nous avons décrits sous le nom de grififons, lorsque nous les avons rencontrés en Egypte, en Mésopotamie, en Phér

nieie et en Asie Mi-

neure. /r'\'r ,' CT 3C^V^ V^T^MilMil^

Le lion ailé, à face humaine, ne paraît pas à Persépolis, non plus que le sphinx; celui-ci n'y figure ni sous la forme que lui avait assignée TÉgypte,ni sous celle que l'Assyrie lui avait donnée, quand elle s'était approprié ce type.

Le répertoire du sculpteur perse est moins riche que celui de l'Égyptien et de l'Assyrien; on ne saurait s'enétonner; tard venu, cet art a fait un choix parmi les types divers qu'avait créés ce passé où il allait chercher ses inspirations. La sculpture occupe d'ailleurs ici beaucoup moins de place que

dans les palais ninivites, et c'est là un des traits qui caractérisent la décoration persépolitaine. Cette différence tient en partie à la moindre épaisseur des murs. On ne trouve pas ici de longs couloirs, percés à travers une montagne de brique crue, couloirs dont les parois appe-

Persépolis. Combat du roi et du griffon. Palais n^ 3. Khindin et Coste, Perse anâennCy pi. CXXV.

laienl un revêtement et se sont couvertes de bas-reliefs. Les baies n'ont qu'une faible profondeur, celle du chambranle, fait d'une seule pierre de taille. C'est sans doute en mémoire des entrées du palais assyrien que le sculpteur perse s'est emparé du tableau des portes; mais, dans ce champ très limité, il n'avait place que pour deux figures, pour trois tout au plus. Nulle part on n'a relevé le moindre vestige de dalles qui, dans les appartements, auraient été appliquées contre le pied des murs de briques et décorées au ciseau; si ces dalles avaient existé, on en aurait recueilli, dans les décombres, au moins quelques fragments. Ce n'est donc pas là que le sculpteur a cherché les espaces à peupler de personnages dont le grand nombre et le rapprochement donnassent aux visiteurs une haute idée de la majesté royale. Ces espaces, il les a trouvés sur les parois des cages de ses escaliers et dans les parties restées apparentes du mur contre lequel s'appuient ces rampes. C'est là qu'il a écrit, sinon les plus belles pages de son œuvre, tout au moins les plus longues. Dans les tombes rupeslres, la décoration sculptée n'occupe aussi qu'une seule place, toujours la même, le champ du tableau qui a été taillé dans le roc, pour recevoir l'image du roi en prière, au-dessus de cette architecture feinte où l'on reconnaît la copie d'une façade de palais (planche I).

Il n'y a donc rien ici de comparable au fourmillement des innombrables figures que le décorateur égyptien répandait, avec une étonnante prodigalité, sur toutes les surfaces de l'habitation, du temple et de la tombe; par les dimensions du champ que l'architecte l'appelle à remplir, le sculpteur perse ne rivalise même pas avec l'assyrien, quoique déjà celui-ci soit resserré dans de bien plus étroites limitesque l'artiste thébain, quoiqu'il soit condamné, par la nature des matériaux et par toute l'ordonnance du bâtiment, à ne faire porter l'effort de son invention et de son talent que sur une petite portion de l'élévation des murs. Pour ne pas parler d'un monument comme Karnak ou la tombe de Séti, le palais de Sargon, à lui seul, offrait aux regards bien plus de personnages ciselés dans la pierre que n'en contenaient, réunis et considérés comme un seul ensemble, les huit à dix palais groupés sur l'esplanade de Persépolis. La statuaire faisait donc sa partie dans le concert, y apportait sa note, une note grave et solennelle; mais elle n'eiit pas suffi pour donner à l'ensemble de la construction le caractère de haute magnificence que devaient présenter les salles où le Roi des rois tenait sa cour et les demeures qui abritaient sa tête sacrée.

Jaloux de remplir son programme, l'architecte fit appel au con-

cours de tous les arts qu'avaient pratiqués habilement les civilisations antérieures. Il sut tirer parti de la coloration naturelle des briques; en se servant de terres dififérentes ou en faisant varier le degré de cuisson, il se procura les éléments d'une sorte de mosaïque; quoique très simples, les dessins que l'on composait ainsi avec la tranche des matériaux jetaient pourtant quelque diversité dans l'aspect du champ uni d'un gros mur (planches VII et IX) *. Ailleurs ce maître de l'œuvre étendit sur ses murailles des stucs de couleur*; mais surtout il employa cet émail que les Chaldéens savaient, depuis longtemps, appliquer sur l'argile, émail dont les tons vifs et francs, fixés à grand feu, constituaient une décoration qui avait à la fois plus d'éclat et une bien autre solidité que la peinture proprement dite. Ces terres émaillées fournissaient des revêtements qui s'adaptaient à toutes les parties de l'édifice, aux murs de soutènement comme à ceux qui formaient la clôture des salles hypostyles, aux cages des escaliers et même aux combles en charpente ; elles sont assez légères pour que l'on ait pu les y insérer entre deux cours de poutres, sans risquer d'écraser les supports. Dans d'autres parties de l'entablement, c'étaient des plaques de métal qui couvraient et protégeaient les bois. Ces plaques ornées de dessins repoussés au marteau se laissaient aisément fixer avec des clous, soit sur les madriers de la toiture, soit sur les ais de ces grandes portes qui fermaient l'entrée de ces enceintes royales. C'était le bronze qui était le plus employé à cette fin ; mais l'or et l'argent venaient aussi en relever et en égayer la sévérité. Comme on l'a vu par la description de la résidence des rois Mèdes, à Ecbatane, les métaux précieux, amincis en feuilles légères qu'un mordant faisait adhérer à l'argile, recouvraient parfois jusqu'aux tuiles de faite. C'est que le décorateur avait à sa disposition ces masses de lingots qui, conservées à Ecbatane, à Persépolis et à Suse, y formaient le trésor de l'empire. S'il n'usait de cette ressource qu'avec discrétion, c'était à son goût que l'honneur en revenait. Il ne savait pas toujours résister à la tentation; ainsi, dans l'une des résidences royales, on voyait se dresser, peut-être près du trône où s'as-

\. En remuant les décombres amoncelés autour du Palais aux cent colonnes, M. Dieulafoy a i-etrouvé des briques gris clair et rouge (Dieolafoy, VArt antique, III, p. H). Ce mode d'ornementation était, comme il le lait observer, d'un usage constant, en Perse, dans les monuments du dixième siècle de notre ère. Sur des découvertes du même genre faites à Suse, voir Diedlafoy, Premier rapport, p. 63.

2. DiEULAFOY, Deuxième rapport sur les fouilles de Suse, Rev, arch, t. VUI, p. 265. M. Dieulafoy a recueilli, sur plusieurs points du tumulus de Suse, des fragments d'un stuc rouge, qui aurait été employé, croit-il, surtout sur les parements des murs, dans l'intérieur des appartements.

seyait le souverain, un platane d or. Xénophon a conservé le mot d'un ambassadeur grec qui tournait en dérision cet étalage de richesse : « Le fameux platane, disait-il après son retour à ses concitoyens, ne donnerait pas assez d'ombre pour mettre même une cigale â l'abri du soleil^ »

Il pouvait y avoir parfois abus et excès, aux yeux d'un Grec du quatrième siècle, accoutumé à la sobre élégance des monuments helléniques ; mais pourtant l'effet général produit sur les visiteurs était plutôt celui de l'éblouissement, d'un émerveillement dont la trace se retrouve dans cette page où un écrivain grec, contemporain des successeurs d'Alexandre, résume l'idée que ses compatriotes se faisaient d'un palais perse, d'après les dires de ceux qui avaient parcouru l'Asie Antérieure, soit avant Arbèles, soit au cours de la conquête macédonienne. « Comme le racontent les historiens », dit l'auteur du Ti^aité du monde, qui a été transmis sous le nom d'Aristote, « la pompe de l'appareil royal avait été portée, sous Cambyse, Darius et Xerxès, à un très haut degré de magnificence et de majesté. Le roi, rapporte-t-on, était établi à Suse ou à Ecbatane, derrière une enceinte qui le cachait à tous les yeux, dans un palais où étincelaient partout l'or, l'électrum et l'ivoire. Autour de sa demeure, c'était toute une suite de pylônes et de vestibules que séparaient des intervalles de plusieurs stades, avec des portes d'airain et de grands murs qui en interdisaient l'accès*. »

Ces traits ne sont pas des traits de fantaisie; ils sont conformes aux indications que donnent, à Suse comme à Persépolis, les restes des anciens bfttiments. Il n'y a donc pas lieu d'écarter, comme jetée au hasard et dénuée de valeur, la mention qui est faite ici de l'ivoire. On sait quelle quantité considérable de cette matière a été recueillie à Ninive^; si l'on n'en a retrouvé que de rares échantillons parmi les ruines des monuments que nous étudions en ce moment, c'est que l'on ne rencontre point là, pas plus en Perse qu'en Susiane, les conditions

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