‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 57 sur 412 · TOU£ V · texte numérisé non relu

TOU£ V

d'aucun de ces motifs indigènes que nous avons vus se perpétuer dans toute la série des monuments antérieurs. L'architecture de cette façade est purement lieliénique; c'est Tordre dorique avec tous les éléments qui le caractérisent. Si les colonnes sont lisses, c'est que le travail de la cannelure, aisé à exécuter là où le fût se compose de tambours qui se taillent et se préparent sur le chantier, eût présenté des difficultés réelles là où le support, de grande dimension, est tiré de la masse même du roc; il aurait fallu, pour l'entreprendre dans ces conditions, tout un appareil d'échafaudages; aussi les cannelures ont-elles été presque toujours supprimées dans les façades des monuments rupestrès *. A ce détail près, la façade du tombeau ressemble à celle d'un temple grec; mais ce qu'elle rappelle, ce n'est ni les temples de Pestum, ni le Parthénon, ni les Propylées de l'acropole d'Athènes; elle a les proportions bien plus élancées et les larges entre-colonnements de ce que l'on appelle le dorique romain, par exemple du temple d'Hercule à Cori. Ce monument n'est certes pas antérieur au temps des Séleucides; il pourrait ipême dater de l'époque où la Phrygie faisait partie soit du royaume de Pergame, soit de la province consulaire d'Asie.

Quant à ces autres monuments dans lesquels nous avons rencontré l'arc en plein cintre à côté du fronton triangulaire, il semble, à première vue, plus difficile d'en fixer Fûge; les éléments que l'on y trouve persistent jusque dans certaines tombes de la Carie et de la Syrie que l'on sait postérieures au commencement de notre ère. Cependant divers indices donnent à penser que nos tombeaux phrygiens appartiennent à une époque plus reculée, qu'ils relèvent d'un art local qui, tout en subissant dans une certaine mesure l'influence du style grec, n'a pas encore renoncé à ses traditions séculaires pour se mettre docilement à l'école de l'étranger. Voici ceux de ces indices qui méritent surtout d'être relevés.

Dans plusieurs de ces tombeaux, où il y a un arc au-dessus de la porte, on voit paraître, dans l'archivolte, un ornement que les Grecs n'ont jamais employé à cette place, ce sont les dents de scie. Tel est le cas pour une tombe de la nécropole d'Ai/azinn (n' 30 de la carte), où l'on remarquera aussi les lions affrontés au-dessus de l'entrée et le

1. C'est ce que Ton constale, pour l*ordre dorique, dans les tombes de Paphos (fltsfoire de VArt, t. lîî, fig. 161) et dans la sépulture juive connue sous le nom de Tombeau de Saint' Jacques, à Jérusalem (Histoire de VArt, t. IV, H^. 143, 144), pour Tordre ionique, dans le prétendu Tombeau d'Ahsalom {Ibidem, fig. 141, 142). Nous nous contentons ici de renvoyer aux monuments que nous avons déjà fait passer sous les yeux du lecteur.

bouclier dans le tympan du fronton (fig. 92j \ Ce motif rappelle Tindication abréviative des lignes de créneaux, dans les vues et les plans de

92. — Tombe de la nécropole d'Ayazinn. Journal of lie lient c Slndiex, 1882, pi. XXVIII.

forteresses que donnent les sculpteurs assyriens-; on le trouve aussi, en Cappadoce, décorant la robe du personnage divin qui occupe le

1. y AÏ entre les mains le croquis, qui ni*a été communiqué par M. Ramsay, d'une aotre façade rupestre où Tare est aussi encadré par une bande de ces dénis de scie.

2. Pl%ce. y inive et r Assyrie, pi. XL. Histoire de l'Ait, l. Il, fig. 76, 155-156, 190.

140 LA PHRYGIK.

centre d'un édicule dans un bas-relief de la grande enceinte du sanctuaire ptérien *. Les frontons, dans la plupart de nos tombes, sont plus élevés, plus aigus que dans les édifices grecs; il y a de la gaucherie dans la manière dont ils se rallaclient à rentablenient; ils sont posés sur celui-ci comme un cbapeau; ils ne s'y reKent pas par les angles; ils n'en sont pas la prolongation et le développement. Les profils dos moulures, très simples, ressemblent plutôt à ceux de la modénature grecque archaïque qu'aux profils plus compliqués et moins francs de ces tombes gréco-romaines qui abondent dans les provinces méridionales de TAsie Mineure, et cependant, malgré l'insuffisance des relevés dont nous disposons, on sent bien qu'il y a une différence; ainsi, dans la tombe de cette série qui a été le plus minutieusement décrite (fig. 77), la moulure terminale des rampants du fronton n'a pas le caractère d'une cymaise grecque; elle est fortement inclinée et paraît être un simple épannelage. L'entablement, dans toutes ces façades, n'a pas non plus les proportions canoniques.

En revanche, il est presque pareil à celui des tombes persépolitaines; en Phrygie comme en Perse, c'est la même corniche architravée, avec la rangée de denticules qui règne partout au-dessous du larmier. Même observation pour les colonnes taillées dans le roc; chacune d'elles a bien certains rapports avec l'un des types qu'a constitués l'architecture classique; mais elle s'en écarte pourtant à trop d'égards pour qu'on puisse dire qu'elle appartient à tel ou tel ordre. Dans une des tombes (fig. 92), le chapiteau, composé de deux membres, qui jouent le rôle de Téchine et de l'abaque, a ainsi quelque chose de l'aspect du chapiteau dorique; mais le galbe n'en est pas le même, et la colonne, d'ailleurs assez élancée, repose sur une base. Dans une autre tombe (fig. 82), le chapiteau est formé de deux minces rouleaux qu'un profond refouillement sépare du tailloir qui porte la naissance de l'arc (fig. 93). Nous donnons ce chapiteau, à cause de l'intérêt qu'il présente, en plan (fig. 9i), en vue latérale (fig. 93) et en élévation ((îg. 90;. Le motif a bien ici le même principe que dans le chapiteau ionique; mais quelle différence entre la sécheresse de ces coussinets et l'élégante ampleur de la volute! Ailleurs enfin (fig. 77) le chapiteau calathiforme, par la ceinture de feuilles qui en décore la partie inférieure, tient du chapiteau corinthien (fig. 97)^; mais les feuilles ne sont qu'indiquées et

\, Hisfoirede /'AW, t. IV, fig. 314.

2, n y a quelque ressemblance entre ce chapiteau phrygien et celui d'un tombeau voisin de Mylasa, en Carie, qui paraît à M. Texier dater de Tépoque romaine (Texier, Asie

LARGHITEGTURE FUNÉRAIRE.

n'onl aucune saillie ; la forme reste ici à Tétat d'cbauche, Elle est mieux caractérisée et plus développée dans le pilastre de la tombe détruite dont faisait partie le lion colossal (fîg. 98 et 99); là aussi la base rappelle

93. — Chapiteau ionique, étal actuel, vue perspective. Journal of Hellenic Studies, 1882, pi. XXIX.

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