Histoire de VArt, t. H, p. 270, Vi
97. — Chapiteau calathiforme et profil du fût et de rcntablement. Journal ofHellcnic sludies, pi. XXIX.
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98. — Élévation et profil du pilastre dans la tombe brisée. Dessin de Ramsa}'.
de TAsie; il est tel trait à propos duquel on hésite et auquel on pourrait, à volonté, assigner Tune ou l'autre origine. Un des caractères par lesquels ces monuments de la Phrygie se rattachent le plus sûrement à
ceux delaCappadoce, et, par Tintermédiaire de ceux-ci, aux monuments de TAssNTie et de la Chaldée, c'est la faible saillie que présente le relief, dans les figures qui décorent ces façades. Dessins géométriques , feuilles et fruits, images d'hommes , de lions et d'objets divers ciselées autour des portes ou dans les tympans des arcs et des frontons, ces ornements n'offrent, à quelques exceptions près, que des silhouettes très plates ; le procédé est le même que celui des sculpteurs par lesquels ont été exécutés, au delà de l'Halys, sur les deux versants du Taurus et de
l'Amanus, tous ces ouvrages que nous avons réunis sous la dénomination de monuments hétéens.
Parmi toutes ces façades, une de celles où le relief du décor est le plus haut et le plus hardi , c'est la tombe de Kumbet (fig. 84). Là les
99. — Pilastre de la tombe brisée. Plan au- lêtCS dcslioUS rCSSOrtcnt de ISceUdessus de la base et plan à la naissance du . . « . i v i
chapiteau. Dessin de Hamsav. timctrcs sur le champ; le vasc a
0™,07 de saillie. C'est déjà là un premier signe auquel on reconnaît que ce monument est moins ancien que maintes autres tombes de ces nécropoles; il n'a pas pourtant, comme Gherdeh-kata-si, une physionomie toute grecque, et c'est encore un ouvrage de transition, qui doit être porté au compte de l'art phrygien. Les thèmes qu'a traités le sculpteur sont de ceux que choisissait de préférence l'artiste syro-cappadocien ; nous avons trouvé l'aigle en
Plérie, et les animaux affrontés, que sépare un phallus, un arbre, un candélabre ou un vase, sont un des motifs les plus chers à Tornemanisle asiatique; nous l'avons déjà rencontré sur les cylindres et dans les basreliefs de la Mésopotamie; nous Tavons revu en Cappadoce et les décorateurs phrygiens ont eu un goût tout particulier pour ces lions disposés par couples au-dessus des entrées de leurs hypogées ou des deux côlés de la baie. Ici cependant, si la donnée reste bien primitive et orientale, l'exécution trahit un autre âge; comparez les lions de Kumbet au lion de Kalaba\ qui est peut-être aussi un ouvrage phrygien, et à certains lions que nous avons aperçus dans la nécropole même qui nous occupe (fig. 64 et 65); vous verrez combien la différence est sensible. LesHiions de Kumbet sont d'une facture bien plus molle et plus ronde; si l'artiste qui les a taillés dans le roc s'est affranchi des conventions auxquelles ses devanciers avaient recours afin d'indiquer les masses de la crinière ou les muscles de la cuisse et de l'épaule, si son modelé est plus libre et plus coulant, son œuvre a pourtant moins d'énergie et de noblesse; la facilité en est un peu banale. Le vase à deux anses qui occupe le milieu du champ est de forme élégante et simple; on en rencontre dans nos musées, parmi les vases italo-grecs, qui ont tout à fait le même galbe. L'influence des modèles grecs est peut-être encore plus marquée dans l'architecture. Ici, plus de porte simulée, comme à Delikli-tach et à lasili-kaïa, avec de lourds jambages qui font retraite les uns sur les autres et qui supportent des linteaux non moins massifs; la porte est une vraie porte, encadrée par un chambranle qui rappelle, avec moins de finesse, celui d'une porte grecque. Il en est de même, il est vrai, dans plusieurs autres tombes de la nécro- \)o\^A'Ayazinn, mais dans ces façades (fig. 64, 65, 66, 67) la baie est plus étroite à son sommet qu'à sa base, disposition qui est tout au moins un indice, une présomption d'antiquité relative. A Kumbet, les jambages de la porte ne sont pas inclinés, ce qui tendrait à faire croire que les modèles dont s'est inspiré ici l'architecte phrygien n'appartiennent déjà plus à la période archaïque. L'examen de l'entablement laisse la même impression. Non seulement il se distingue tout à fait de celui qui couronne les plus anciennes façades, celles où se lisent les inscriptions phrygiennes, mais il est aussi plus complexe et d'une composition plus savante que dans les tombes à porte trapézoïdale. Il avait, audessus de la porte, une véritable corniche que sa forte saillie a con-
l. HiHaint de l'Art, t. IV. p. 713, Vig. :m.
damnée à une destruction à peu près complète; on ne saurait donc dire quel en était le profil et de quelles moulures elle se composait: mais il est probable que, si elle s'était conservée, on y aurait retrouvé les membres principaux d'une corniche grecque et quelque chose de ses jeux savants d'ombre et de lumière. Ce qui confirme cette conjecture, c'est la manière dont sont disposés les rampants du fronton; ils sont formés de membres dont l'emploi est familier à l'architecture classique ; ces membres y paraissent à la même place et dans le même ordre, sinon tout à fait avec les mêmes proportions. Ainsi au-dessous du larmier figurent des denticules que surmontent de larges modillons; au-dessus du larmier se détache la cymaise, et le tout est couronné par des palmettes qui jouent au sommet du fronton et à ses deux angles le même rôle que les antéfixes dans les frontons grecs. Ce qui sent encore le goût grec, ce sont ces petites têtes sculptées sur le soffîte du larmier, entre les modillons, et qui paraissent avoir représenté des types variés.
Cependant, même à ce point de vue, le tombeau de Kumbety malgré toutes ces ressemblances, n'est pas encore un ouvrage purement grec; les proportions n'y sont pas celles qu'aurait données à la modénature de la façade un architecte ionien appelé d'Éphèse ou de Phocée. Les modillons ont une forme, une largeur, une saillie que ne possèdent pas les mutules grecs, et l'angle du fronton est plus aigu que dans les édifices classiques. Il n'y a point ici de colonnes; la corniche, qui présente un aspect tout particulier, n'appartient à aucun ordre déterminé ; elle semble rappeler encore, à certains égards, la construction primitive en bois.
Ce qui résulte de cette analyse et de ces comparaisons, c'est que les monuments qui viennent d'être décrits forment une série ininterrompue; une gradation insensible conduit de ceux qui portent la marque certaine d'une haute antiquité à ceux qui témoignent des progrès que fait l'art grec dans l'intérieur de la péninsule et qui en annoncent la prochaine et complète victoire. 11 convient donc d'écarter une conjecture qui aurait pu se présentera l'esprit de l'archéologue, après un premier regard jeté sur quelques-unes de ces façades, après un examen qui serait resté rapide et superficiel. Dans maintes tombes de la Carie, de la Lycie et de la Pamphylie, telles formes qui surprennent tout d'abord l'observateur par leur apparente étrangeté se trouvent, lorsqu'on les décompose et qu'on entre dans le détail, n'ctre pas autre chose que des formes grecques appauvries ou alourdies par une imitation mala-
L'ARCIflTECTURE FUNÉRAIRE. 145
droite, modifiées et altérées par les habitudes locales et par la corruption du goût; Tédifice que Ton avait été tenté un moment de croire 1res ancien se révèle, à quelque trait caractéristique, à quelque inscription datée, comme une œuvre de la décadence; il n'est que du second ou du troisième siècle de notre ère. On risquait, à première vue, de se poser la même question, d'éprouver les mêmes doutes devant plusieurs tombeaux de la nécropole (VAî/azin?î. Ces doutes, nous pensons les avoir prévenus : ici, dans ce district où le vieux royaume phrygien a eu son centre politique et religieux, tous les monuments que les explorateurs ont découverts et signalés sont bien le produit d'un art primitif, d'un art national ; ce qui met entre eux une différence, c'est que les uns remontent au temps même où cet art créait les types et adoptait les procédés qui lui sont propres, tandis que les autres appartiennent à la période où, non sans résistance et sans disputer pied à pied le terrain, il commençait à subir l'influence de ces exemples que la Grèce offrait à tous ses voisins. Du monument de Midas à la tombe de KumbH, tous ces ouvrages, les plus anciens comme les plus modernes, sont antérieurs au triomphe du génie hellénique, triomphe qui, préparé par les conquêtes d'Alexandre, n'a eu ses pleins effets, dans les provinces reculées de l'Asie Mineure, que beaucoup plus tard, sous les proconsuls, les propréteurs et les procurateurs romains, grâce aux voies qu'ils ont ouvertes à travers les marais, les steppes et la monlagne. Alors même que nous nous sommes occupé ici de monuments qui sont très postérieurs à la chute de la royauté phrygienne et à la disparition de cette nationalité, nous n'avons donc pas franchi les frontières où doit se renfermer la première partie de cette histoire, celle qui est consacrée au monde oriental. Il reste à rechercher ce que les rocs delaPhrygie ont conservé de l'architecture religieuse et de l'architecture militaire du peuple dont nous avons décrit les sépultures; en étudiant le peu qui subsiste de leurs sanctuaires et de leurs forteresses, on sera encore plus frappé du caractère vraiment antique et vraiment original de cette civilisation.
TOUC V. i9
§ 4. — l'aucuitecture religieuse.
En Phrygie comme en Cappadoee, il n'y a pas trace de temples construits, d'édifices que Ton aurait bâtis pour y placer Timage de la divinité. Ici comme en Ptérie, les sanctuaires paraissent avoir été taillés, ainsi que les tombes et les forteresses, dans la roche vive, avec les gradins qui y conduisaient, avec les autels où Ton y offrait le sacrifice, avec le simulacre divin auquel s'adressaient les hommages de la foule. Les plus importants de ces sanctuaires sont à ciel ouvert ; mais il semble y avoir eu aussi des temples ou, pour mieux dire, des chapelles souterraines; il y a lieu, croyons-nous, de reconnaître des lieux
de culte dans certains hypogées que Ton a pris, à première vue, pour des tombeaux et où Ton remarque telle disposition qui s'accorde mal avec Thypothcse d'une destination funéraire.
Au sud du large ph de terrain que les habitants du pays appellent Doyhanloudérhi ou « la vallée du faucon » se dresse un massif de rochers que limite une sorte de falaise à pic, dans laquelle ont été découpées des façades monumentales, comme celle où on lit le nom de Midas (fig. 100). Ce massif se termine, à son sommet, par un plateau allongé dans le sens du méridien; on y voit des aires aplanies avec soin, des marches, des autels, des citernes, des parois dressées à Toutil qui formaient peut-être le fond d'habitations adossées au roc, des citernes, des bas-reliefs, des symboles divers, des inscriptions^ Cette esplanade a été autrefois
forferejse de
iOO. — La vallée de Doghaalou et la cité de Midas, esquisse topographique. Exploration archéologique. Itinéraires, feuille C » .
J. Légende de la carie. A, tombeau iiguré dans Texier, pi. 58; B, monument de Midas; C» massifs de rochers tout percés de caveaux; D, tombeau, fig. 72; L, tombeau, Og. 123.
2. M. Guillaume et moi n'avons pas visité ce plateau ; c'est ce qui explique que notre carte (fig. 100) se borne à indiquer la forme générale de la partie septentrionale du massif. Les détails qui suivent sont empruntés à M. Ramsay, Sludies in AsiaMinor (Journal of Hellenic Studies, t. lU, p. 6-17, et 41-44). C'est à lui que revient l'honneur d'avoir découvert ce groupe de monuments ; mais il n'a pas levé le plan de cet ensemble ; il n'a pas essayé d'en présenter une description méthodique et complète; les renseignements qu'il fournit à ce sujet sont épars dans différents mémoires.
entourée d'un mur; les blocs dont il était formé ont presque tous disparu; mais on distingue encore les entailles qu'ont laissées dans le tuf, où elles s'encastraient par leur base, les pierres de l'assise inférieure. Ce plateau fortifié, c'est ce que M. Ramsay appelle la cité de Midas; on y arrivait par une route creusée dans le roc, route qui a son point de départ à environ 200 mètres au sud du monument de Midas. Cette route s'élève contre une paroi verticale où ont été sculptées,
loi. — Autel et bas-rclief taillés daos le roc. Journal of Ilellenic sludies, pi. XXI.
à la droite de celui qui gravit ce chemin, huit figures qui se suivent; on dirait une procession qui descendrait du plateau vers la vallée; mais ces figures sont très frustes et on ne les connaît d'ailleurs que par des dessins qui ne sont pas assez précis pour en définir le style* ; jusqu'à plus ample informé, on ne saurait donc les considérer comme faisant partie des travaux exécutés par les sujets des Gordios et des Midas. Si Ton continue à monter, un peu avant d'atteindre le sommet, on voit la roule s'élargir; on a devant soi un bas-relief qui représente un personnage vêtu d'une courte tunique et tenant en main une sorte de sceptre.
\. Ramsay, Studien in Asia Minor, H^. 1 et 2.
puis, tout auprès, un grand autel taillé dans le roc et porté sur deux gradins (fig. 101, 10 de la carte). On ne saurait douter de la haute antiquité du bas-relief; dans les symboles qui sont figurés en avant de Timage, nous avons cru reconnaître des signes de récriture hétéenne, et, à ce titre, nous avons dû rattacher cet ouvrage à la série des monuments de Tart syro-cappadocien*. Si nous lui avons assigné cette place, ce n'était pas que nous prétendissions le détacher de Tensemble auquel il appartient; nous voulions seulement donner la suite aussi complète
que possible des figures qu'accompa- • î . gnent ces caractè-
res idéographiques dont l'emploi a précédé en Asie Mineure celui des alphabets dérivés de l'alphabet phénicien. Le bloc de rocher que décore cette sculpture a été taillé de la ~ même main que :/ celui où a été ménagé l'autel voisin.
Le bas-relief représentait un des dieux sous la protection desquels était placée la petite cité phrygienne ; près du simulacre divin était la table de pierre où se déposaient les offrandes; le tout constituait ce que l'on pourrait appeler le temple de la porte, celui où l'on faisait ses dévotions avant de pénétrer dans l'enceinte*.
Sur le plateau et dans d'autres endroits encore de ce district, il y a trace de plusieurs autres hautsAieuT ou sanctuaires en plein air ^; nous
i. Hutoixe de VAH, t. IV, p. 721-722 et Og. 353.
2. M. Ilamsay avait cru voir un tombeau en arrière du bas-relief {Sludies, p. i\). U a reconnu, à une visite subséquente, qu'il s'était trompé; ce qu'il avait pris pour une auge funéraire, c'était le creux où s'encastraient clans le roc les pierres de l'assise inférieure du mur.