ETAIT PARTAGÉE ENTRE ELLES ET LES COLONS PHÉNICIENS
HYPOTHÈSES AUXQUELLES A DONNÉ LIEU l'oRIGINE DE CES PEUPLADES.
Dans l'enquête que nous avons entreprise pour recueillir, sur tous les rivages de la Méditerranée, les traces éparses rtôs* artistes du plutôt des artisans de la Phénicie, nous avons fait de fréquents emprunts aux nécropoles de Caralis, de Tharros et des autres viïJes que les Tyriens et les Carthaginois ont fondées en Sardaigne/Lc^ olVfef^ recueillis dans ces tombes ne nous ont pas été d'un médiocre secours; ils ont suppléé, dans une certaine mesure, à Tinsuffisance des résultats que donnaient les fouilles faites en Syrie ; ils nous ont aidé à déterminer les cai'actères auxquels on peut reconnaître les produits de rindustrie phénicienne.
Nous avons fait ainsi plus d'une visite h la Sardaigne ; mais nous nous sommes toujours arrêté sur la côte. C'est là que se trouvent, tous
TOJÎK IV. I
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sans exception, les cimetières dont le mobilier nous a paru représenter la dépouille des marchands ou colons phéniciens. Ceux-ci ne s'étaient guère écartés du littoral ; ils n'avaient pas pénétré dans l'intérieur de l'île ou du moins ils n'y avaient pas fondé de villes; c'est tout au plus si, en dehors des éti^oites banlieues que dominaient les murs de leurs cités toutes maritimes, ils avaient occupé cette plaine qui, longue d'environ 100 kilomètres et coupée par un seuil très bas, va du golfe de Cagliavi à celui d'Orista?îo; ce district, que l'on appelle aujourd'hui le Campidano, redeviendra, quand tous les marais y auront été desséchés, ce qu'il était dans l'antiquité, entre les mains de maîtres intelligents et laborieux, la partie la plus fertile de la Sardaigne. Carthage avait établi là, sans doute sous la protection de postes fortifiés, des groupes compacts de Liby-phéniciens, comme disaient les Grecs, c'est-à-dire de ces gens de race africaine qui avaient appris la langue punique et adopté la religion et les usages de leurs maîtres *. On avait réglé le cours de ces eaux qui forment aujourd'hui, sur plus d'un point, ces lagunes d'où sortent les miasmes paludéens. Dans la campagne assainie, on appliquait ces méthodes de culture savante dont le premier essai avait été fait au pied du Liban, autour de Tyr et de Sidon.
Sous la surveillance d'ingénieurs carthaginois, des prisonniers de guerre et des esclaves exploitaient peut-être aussi les mines de cuivre et de plomb argentifère que renferment les collines situées entre cette plaine et la mer, dans le territoire d'Iglesias; celui-ci dépendait de la ville de Sulcis, que les Tyriens avaient fondée dans une île toute voisine de la terre ferme qui porte maintenant le nom de Sauf Ajitioco' (fig. 1); une rade très bien abritée facilitait l'enlèvement des minerais et le chargement des navires ^ Les Phéniciens s'étaient assuré ainsi le
r'*-\l\ Dlitfdpre?*nKt)ntaiit la fondation de la ville de Theuna, en Sicile, par les Cartha- '^uois, fit *quV ceux-ci envoyèrent là quelques-uns des citoyens de leur viUe et ceux des 'ii&y^iî^ipuirYolilurent profiter de Toccasion (XIII, lxix, 8). De môme Cicéron, plaidant .pOupStxïùrtïs^ 'qu'accusaient les Sardes, emploie cette expression : « A Pœnis adraixto • Afroi»uiîî:gÊÔ^eISardi non deducti in Sardiniam atque ibi constituti, sed amandati et r€5iïitfiali•cofotri•^ (Pro Scauro, xix, 42).
2. Le nom de Sulcis a survécu; on le donne maintenant, dans l'usage courant, au canton qui fait face à nie de Sant*Aniioco, C'était autrefois une dépendance de la ville phénicienne, située dans la petite île.
3. M-. Pais fait remarquer qu'il n'y a pas, dans les historiens anciens, un seul texte qui atteste l'exploitation des mines de la Sardaigne par les Carthaginois; tous les passages des auteurs anciens où il est question des richesses minérales de nie se rapportent à l'époque romaine, et aucune découverte archéologique certaine n'est venue suppléer au silence des écrivains. Habiles métallurgistes comme Tétaient les Phéniciens, ils ont dû pourtant reconnaître la présence du plomb dans l'Ile où ils avaient fondé Sulcis,
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moyen de lirer parti des richesses naturelles de laSardaigne; mais ils ne s'étaient établis ni dans le massif volcanique du nord-ouest ni dans les vallées et sur les hauts plateaux des montagnes schisteuses et gra-
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1. — Carte du district d'Iglesias. Reclus, Nouvelle Géographie universelle» t. I, p. 599.
niliques qui, dominées par les sommets du Gigatitinu, du Ballestreri et du Gennargentti, couvrent toute la partie orientale de Tîle *. Il y avait
celle de l'argent dans les bassins (Vlglcsins et de Sarrabua, celle du cuivre en d'autres points, et s'ils ont constaté rexislence de ces minerais, ils ont dû travailler à lesextraire. Pais, ta Sardegna ptima del dominio romano, pp. 65-(i6.
i. « Les Carthaginois, dit Diodorg (V, xv, 4), arrivés au comble de leur puissance, se rendirent maîtres de Tlle; mais ils ne réussirent pas à réduire en esclavage les populations qui s'étaient établies avant eux dans l'ile; les loléens se réfugièrent dans les montagnes, et, s'y étant ménagé des habitations souterraines, ils y nourrirent de grands troupeaux qui fournissaient amplement à leurs besoins en leur donnant à souhait le lait, le fromage et la viande; ayant évacué la plaine, ils avaient renoncé aux pénibles travaux de l'agriculture; habitant les hautes terres, ils y menaient une vie exempte de soucis, qu'ils entretenaient avec les aliments dont nous avons parlé. Les Carthaginois les
i LA SAHDAIGNE.
là de rudes et belliqueuses tribus de bûcherons, de pâtres et de chasseurs, que Rome même, avec sa puissance militaire, eut de la peine à dompter; elles habitaient des lieux d'un accès difficile, parmi des forêts épaisses et sans chemins; là où cessaient les bois, c'était pour faire place au maquis, et celui-ci, avec ses fourrés de bruyères arborescentes, d arbousiers, de mples et de lenlisques, est presque aussi dangereux pour Tenvahisseur, presque aussi propice à une guerre d'embuscades et de surprises (fig. 2).
Ce qui fut encore une sauvegarde pour ces peuplades, ce fut leur pauvreté môme. Il n'y avait rien chez elles de ce qui éveille les convoitises; la proie ne semblait pas valoir les sacrifices qu'elle pourrait coûter. Les Romains durent s'imposer cet effort, lorsqu'ils mirent la main sur la Sardaigne, entre la première et la seconde guerre punique ' ; il fallait que la soumission de l'Ile fût assez avancée, à bref délai, pour queCarthage ne risquât pas d'y trouver, à la première occasion, des auxiliaires encore en armes qui lui faciliteraient un retour offensif. Le Sénat employa huit années à ébaucher cette conquête (235- 227) ; deux consuls revinrent de Sardaigne avec les honneurs du triomphe; l'un d'eux, Pomponius Matho, pour dépister les insulaires jusque dans leurs retraites les plus cachées, s'éUiit servi de chiens dressés à chasser l'homme -. Mais, cinquante ans plus tard, il fallu! encore qu'un autre consul, Sempronius Gracchus, allât comprimer une révolte générale; il y avait eu un moment où les Romains n'avaient phis gardé que les villes de la côte; à son retour, le vainqueur se vantiiit, dans une inscription que Tite-Live a transciite, d'avoir tué ou pris quatrevingt mille Sardes ^ L'œuvre de pacification, que les légions avaient commencée, ne fut d'ailleurs à peu près achevée, là comme dans bien d'autres provinces, que sous l'Einpii^e, par les ingénieurs latins, à l'aide de ces voies qu'ils savaient conduire à travers les halliers et les marécages, faire passer au-dessus des fleuves les plus violents et suspendre au flanc des rochers, dans les gorges les plus étroites et les plus abruptes \
aUaquèrent à plusieurs reprises avec de fortes années; mais, grâce aux accidents du terrain et à la difficulté de pénétrer dans leurs souterrains, ces tribus échappèrent au joug. »
i. L'idée de s emparer de la Sardaigne était venue aux Romains dès qu'ils avaient pris la mer (Polybe, I, xxiv, 7); mais ils ne la réalisèrent que quand ils virent Carthage épuisée par la lutte sanglante qu'elle venait de soutenir contre les mercenaires. Un traité ratifia la cession de Tllc (Polybe, I, Lxxxvin, 8-12; 111, x, xxvii-xxvni).