‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 100 sur 381 · Ibid., pp · texte numérisé non relu

Ibid., pp

4. JosÂPHE, Guerre des Juifs, VI, vn, 3; viii, 4; ix, 4; VII, ii. Le nombre et l'étendue de ces souterrains avaient étonné les Romains; c'est ce que Ton peut conclure d'une phrase souvent citée de Tacite, où il cherche à donner en quelques mots une idée de Jérusalem et de son temple (Histoires, v, 12) : «c Templum in modum arcis, fons perennis aquœ, cavati sub terra montes, et piscinœ cisterneeque servandis imbribus. »

Googl(

198 LA JUDEE.

avait là tout un sous-sol, percé d'autant de vides qu'un gâteau de miel. Ici étaient ménagés des égouts qui emmenaient le sang des victimes et les eaux vannes. Là c'étaient, en partie creusés dans le roc vif, en partie bâtis, de vastes réservoirs, où les eaux de pluie se réunissaient à celles qu'un aqueduc amenait des bassins situés au sud-ouest de la ville et connus sous le nom de vasques de Salomon. Pendant le siège de 70, qui dura d'avril à septembre, l'eau ne manqua jamais aux défenseurs du temple. Les Romains avaient pourtant pris la précaution de couper l'aqueduc. Des couloirs comme ceux que' M. Warren a découverts servaient de galeries de décharge et en même temps ils pouvaient jouer le rôle de passages secrets, venant aboutir à quelque étroite ouverture pratiquée dans le mur, fort au-dessus du sol extérieur. La nuit, avec une corde ou une échelle, on pouvait, sans être vu, sortir ou entrer par un de ces soupiraux*.

Sous la Sakrâ même, c'est-à-dire sous cette saillie d'environ 2 mètres que la roche brute fait au milieu de la mosquée, il y a une excavation irrégulière de 7 mètres sur 6",90, avec une profondeur de 3 mètres^. Aujourd'hui elle ne renferme pas d'eau; c'est une grotte où l'on descend par un escalier latéral de onze marches; mais, dans la partie supérieure du roc, on aperçoit une ouverture qui a l'aspect d'une ancienne margelle de puits ; ce trou aurait été creusé pour servir de citerne, et l'idée vient tout d'abord à l'esprit qu'on a peut-être là sous les yeux le réservoir qui, bien avant le règne de David, avait été ménagé sous l'aire que David acquit d'Oman pour consacrer ce lieu à l'Éternel. Les aires, en Syrie, sont placées presque toujours au sommet des collines, loin des sources, qui sont très rares; pendant le dépiquage des grains, dans la saison la plus

1. Dans la figure 119, on voit indiqué un de ces passages secrets, qui débouche sur la face sud, près de l'angle sud-est, au-dessous de la porte simple. On le trouvera flguré k une bien plus grande écheUe dans la planche XX des Plans, élévations and sections (in-f") publiées par le Palestine exploration fund,

2. Le rocher sacré a 17",70 de long et 13",o0 de large. II n'y est fait aucune allusion dans r Ancien Testament; c'est seulement dans le Talmud et dans les commentaires juifs de la Bible {Targumim) qu'il est parié des traditions juives d'après lesquelles ce roc, comme pour les Grecs Vomphalos de Delphes, était le centre de la terre. On en racontait encore bien d'autres merveilles. Ce fut peut-être après la destruction du temple par Titus que, cette partie du sol sacré étant demeurée visible, l'imagination des Juifs j rattacha ses douleurs et ses espérances, comme elle les a rattachées plus tard au mur des Lamentations; alors seraient nés ces mythes que les musulmans se seraient appropriés plus tard, en les compliquant encore, comme ils l'ont fait pour tant d'autres traditions juives et chrétiennes. Voir à ce sujet les observations de M. de Vogué et les textes qu'il cite. Préface, iii-v, et Chapitre, v, pp. 62-63.

Googl(

chaude de Tannée, il faut pouvoir désaltérer les hommes et les bêtes; on a donc l'habitude de réserver, sous Taire, une citerne que Ton trouve remplie par les pluies de printemps ; pourquoi Taire d'Oman aurait-elle été dépourvue de cet appendice si nécessaire? On objectera que Taire et sa citerne ont pu être détruites dans les travaux qui ont été exécutés pour asseoir les fondations du temple ; mais ce qui enlève à cette objection presque tout son poids, c'est ce fait si curieux que, dans les trois temples qui se sont succédé sur cet emplacement, on a laissé subsister cette saillie du roc qu'il eût été si facile d'abattre. Était-ce que l'apparition racontée dans la Bible et l'autel élevé par David au lieu même où le miracle s'était accompli avaient marqué d'un tel cachet de sainteté ce point du Moria que la religion ne permit pas aux architectes de toucher à cette partie de la colline? La conjecture est vraisemblable. En tout cas, nous n'avons aucune raison de croire que la roche fût restée visible sur ce point; aucun texte n'y fait allusion. Il serait possible que cette surélévation du roc ait servi de base à Tautel des holocaustes, dont les fondations l'auraient enveloppée et cachée aux regards *. Ce qui le ferait croire, c'est un remaniement qui s'expliquerait assez bien par cette hypothèse : au fond de la grotte, il y a une dalle qui recouvre l'orifice d'un puits, lequel communique avec un égout qui va sans doute déboucher dans la vallée du Cédron*.

Si c'est bien là la citerne où se sont abreuvés les bœufs d'Oman, il faudrait reconnaître dans cette grotte le plus ancien travail humain qu'il y ait sur le Haram, le point de départ d'une période architecturale dé vingt siècles.

Nous avons visité l'extérieur et parcouru l'intérieur du Haram pour y rechercher tout ce qui pouvait subsister encore de l'antiquité dans cette enceinte où les fidèles de trois grandes religions ont bâti successivement leurs sanctuaires; nous avons entrepris de fixer Tâge des

1. C'est une conjecture toute gratuite que celle de M. Ghapliu {The stone of foundalion and the site of the temple^ dans les Quarterly statements du Palestine exploration fund, 1876, pp. 23-28). W croit que Vaven sheteyah ou pierre de fondation des rabbins n'était autre chose que cette saillie du roc, qui aurait été Visible dans le saint des saints, qui y aurait formé un léger relief au-dessus du plancher. Cette hypothèse est démentie de la manière la plus formelle par les indications des livres saints. Salomon « couvrit de planches de cyprès le sol de la maison (1 Bois, vi, 15)... Tout était de cèdre, et l'on ne voyait aucune pierre. » Ézéchiel ne fait aussi aucune allusion à cette disposition, qui, si elle avait existé, aurait attiré certainement l'attention et serait rappelée quelque part.

2. De Vogué, le Temple, pp. 26-27. Ce puits a reçu des musulmans le nom de Bir-el- Aroudh, le « puits des âmes ». Les âmes des défunts, racontent-ils, s'y réunissent deux fois par semaine pour prier.

Googl(

200 LA JUDEE.

dififérents systèmes de construction que Farchéologie distingue dans les murs de Tenceinte et dans les substructions du plateau. Déjà nous sommes arrivés à un résultat que Ton peut tenir pour certain : ce que nous avons appelé le deuxième système, l'appareil moyen, à joints vifs, sans refends, représente une restauration byzantine; il date surtout du temps de Justinien. Pour le premier système, celui du grand appareil à refends, il nous faut arriver à une détermination analogue. Afin d'y réussir, nous serons obligés de résumer l'histoire du temple juif jusqu'à sa destruction par Titus. Celle-ci est, comme on dit en terme d'école, le tei^minns ad quem. De pareils travaux n'ont pas été exécutés pour asseoir le temple de Jupiter qu'Hadrien, après de nouvelles révoltes des Juifs, bâtit sur le Moria. Tout ce que s'étaient proposé les Romains par l'érection de cet édifice, c'était de profaner l'emplacement vers lequel se tournaient avec obstination les regards des Juifs, de leur montrer les dieux helléniques établis sur les ruines de leur temple et maîtres incontestés du terrain.

Pour préparer la solution du problème, force nous est de remonter jusqu'à Salomon et de nous rendre compte des moyens dont il disposa, de ce que savaient ces architectes, des procédés qui étaient familiers aux maçons et autres gens de métier qu'il employa. Que David ait eu ou non la première idée de la construction du temple*, ce fut Salomon qui la commença. Dès que la mort de ses ennemis lui eut assuré la sécurité, il ouvrit avec Hiram, roi de Tyr, le fidèle ami de son père, des négociations qui sont racontées à la fois dans Xe^sRois et dans les Chroniques^ ^ avec des détails que nous n'avons aucune raison de révoquer en doute. Tout ce qui concerne les travaux et les dispositions du temple, surtout dans le Livr^ fl?^* Roisy paraît emprunté à des sources vraiment anciennes. Si les Juifs n'avaient écouté que leur orgueil national et religieux, ils auraient été tentés de dissimuler la part que des étrangers, que des idolâtres avaient prise à une si grande œuvre. Il s'est heureusement trouvé que, dans cette partie du récit, le caractère tout technique des renseignements à reproduire contraignait le compilateur à transcrire les documents qu'il avait sous les yeux, documents qui ne sont peut-être pas de beaucoup postérieurs à la grande entreprise dont ils donnent comme le procès-verbal '.

\ . U Samuel, vu ; I Ckrmiques, xvii.

Page 1