fnUwî, xxiii, t
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moûuments profanes qui ont été détruits par le pieux zèle du jeune roi. Malgré ce que ces renseignements ont donc de fragmentaire et d'incomplet, ils nous laissent deviner comment s'est étendue et aménagée cette cité sacerdotale qui, sous les derniers descendants de David, avait pris tant d'importance. Elle ne s'est pas développée d'une manière continue et d'après un plan systématique. Les rois de Juda ont été aux prises avec trop de difficultés, leur attention a été trop souvent distraite et leur trésor vidé par la guerre civile ou par la guerre étrangère pour qu'il leur fût possible de poursuivre avec constance une entreprise quelconque. Autre circonstance dont il faut tenir grand compte : tous ces rois n'ont pas eu les mêmes habitudes et les mêmes croyances ; les uns , et ce fut le plus grand nombre , inclinaient vers les religions phéniciennes ; les autres étaient attachés au service de lahvé ; chaque prince tenait à bâtir un monument en l'honneur du dieu qu'il préférait. C'est peut-être dans l'enceinte même du temple qu'avait été érigé le temple de Baal sur lequel le peuple se jeta et qu'il détruisit après le meurtre d'Athalie*. Le Parvar, qui ne paraît pas avoir été démoli, pourrait bien aussi avoir été l'œuvre d'un roi idolâtre.
Il suffit de ces quelques traits pour faire comprendre quel a été le caractère des travaux qui, après Salomon, pendant trois siècles et demi, ont été exécutés dans cette partie du Moria dont le temple était le centre. Commencés, interrompus, repris à de longs intervalles, sous l'influence successive de deux cultes ennemis dont chacun dominait à son tour, ils n'ont pas pu ne point porter la marque de ces intermittences et de ces contradictions. A la veille de leur destruction par Nabuchodonosor, ils devaient former, sur la haute colline enserrée de ravins, un ensemble assez imposant, mais fort irrégulier. Seul le temple, auquel on n'avait jamais touché, constituait une masse bien pondérée et de proportions rigoureusement définies. Partout ailleurs, la symétrie était rompue par des bâtisses inégales de hauteur et diverses d'aspect, qui avaient poussé un peu au hasard, sur les quatre faces des deux cours, à mesure que l'on avait eu quelque nouveau besoin à satisfaire ou que la place manquait pour loger tout le peuple sacré, toute la foule des sacrificateurs et des chantres, des serviteurs et des portiers de l'enceinte.
Dans l'ensemble monumental dont presque toute trace avait été effacée par la torche et par le pic des soldats de Nabuchodonosor, il
i. llBois, 11, i8.
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232 • LA JUDEE.
n'y avait qu'une chose que le futur reconstructeur fût tenu de reproduire, sans aucun changement, sous forme d'exacte et scrupuleuse copie de l'antique original : c'était le temple proprement dit, ce temple déjà plusieurs fois séculaire, à propos duquel on racontait peut-être dès lors que le plan en avait été révélé par lahvé lui-même à David. Tout le reste était accessoire et avait beaucoup varié, avait reçu des destinations diverses. Cours et chambres avaient été plus ou moins souillées par les sacrifices de l'idolâtrie; mais il ne semble pas que, sous les princes mêmes dont la mémoire a été le plus chargée par les écrivains orthodoxes, lahvé ait jamais été chassé de son sanctuaire ^ On n'a jamais cessé, jusqu'en 588, d'y célébrer son culte, dont toute l'ordonnance est en rapport avec la distribution du bâtiment; quand, plus tard, dans la Jérusalem nouvelle, l'Éternel viendra reprendre possession de sa demeure, il voudra la trouver toute pareille à ce qu'elle était autrefois; les cérémonies par lesquelles on l'honorera devront s'accomplir dans un édifice aussi semblable que possible à celui où s'est fixée la tradition des rites sacramentels, dans un vaisseau qui ait la même disposition et les mêmes dimensions. C'est pour ce motif qu'Ézéchiel n'agrandit pas le temple; la description qu'il en donne est faite d'après le modèle qu'avait eu sous les yeux le rédacteur des Bois, Le prophète ajoute bien quelques cotes à celles qu'avait données son devancier : il indique, par exemple, la largeur des portes et l'épaisseur des murs; il fournit aussi quelques détails sur la décoration intérieure du sanctuaire ; mais d'ailleurs ses mesures concordent avec celles des livres historiques. Nous aurons à faire usage de ces renseignements supplémentaires ; nous n'aurons pas à signaler de contradictions et à chercher les moyens de les lever.
En étudiant de près le texte d'Ézéchiel, on remarquera que la description du temple y est moins circonstanciée, plus sommaire que celle des cours et des salles qui l'entourent*; ces dépendances ne sont pourtant qu'un accessoire qui n'a certainement pas, aux yeux du prophète, la même importance que le sanctuaire lui-même. A première vue, cette
\. Sous Athalie, la princesse tyrienne, radoratnce de Baalet d'Astarté, Joad reste en possession du sanctuaire et des chambres qui Tenlourent ; il y cache Joas et j prépare la révolution qu'il médite (U Rois, xi). On racontait bien, après l'exil, que lé temple aurait été fermé sous Acbaz (If Chroniques , xxviir, 24) ; mais l'auteur des Rois, qui mentionne plusieurs changements qu'Achaz avait faits dans l'intérieur de l'enceinte sacrée, ne parle pas de cette clôture et de cette interruption des sacrifices.
2. Le chapitre xl, où sont décrites ces dépendances, a 49 versets ; le chapitre xu, où est décrit le temple, n'en a que 26.
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disproportion peut surprendre; elle a pourtant sa raison d'être. Ézéchiel écrit pour une génération qui a connu le temple, poiu* des prêtres qui ont vécu à son ombre, pour de pieux Israélites qui, dans leur jeunesse, en ont fréquenté les parvis. Quand il parle de cet édifice, où, dans la restauration future, rien ne devra être changé, il peut donc compter sur la mémoire de ses lecteurs ; celle-ci s'empressera d'achever le tableau qu'il trace, d'y ajouter les traits complémentaires qu'il pourrait avoir oubliés. Si cette génération ne revoit pas la terre promise, si le jour du rétablissement final doit se faire attendre encore m certain temps, le maître qui aura l'honneur de diriger l'œuvre réparatrice n'en sera pas plus embarrassé. La précision des quelques cotes qu'Ézéchiel a introduites dans cette partie de son projet ne s'explique guère que par un emprunt fait à des documents qui, pendant les siècles antérieurs à l'exil, avaient dû exister, sur le Moria, dans ce que nous appellerions le bureau de l'architecte du temple. Le livre des Bois nous raconte, à deux reprises, comment les prêtres, à partir du règne de Joas, perçoivent sur le peuple une contribution dont le produit est remis par eux aux fonctionnaires que la Bible nomme « les directeurs préposés aux travaux du temple * » ; ceux-ci l'emploient à payer « les ouvriers, les charpentiers, les constructeurs, les maçons, et à acheter du bois et des pierres de taille pour la réparation de l'édifice ». Au cours de ces travaux d'entretien, les hommes spéciaux qui en étaient chargés avaient eu nécessairement plus d'une occasion de relever la largeur d'une baie, l'épaisseur d'un mur, la saillie d'un pilier; pour éviter les disparates, pour dissimuler les raccords, ils avaient besoin de posséder ces cotes exactement mesurées ; pourquoi ne les auraient-ils pas reportées sur un plan? L'antique Egypte ne nous a-t-elle pas légué des épures d'architecte et des plans cavaliers qui datent de temps bien antérieurs au siècle où vivait Ézéchiel*, et les architectes phéniciens, qui ont eu une si grande part à la construction de tous les édifices de la Judée, n'étaient-ils pas les élèves des maîtres égyptiens? Plans cotés ou listes des mesures prises, ces papyrus ont pu être emportés par les prêtres, lorsque, dans les dernières heures du siège, ils s'enfuirent du temple déjà condamné. Ces pièces, c'étaient de précieux souvenirs du passé; ce seraient les éléments elles instruments de la reconstruction future. Peut-être même, d'après ces documents et d'après des souvenirs encore tout frais, avait-on
\. n Rois, XII, 6-i6; xxn, 3-9. Cf. 11 Chroniques , xxiv, 5-13; xxxiv, 8-13. , 2. Histoire de VArt, t. I, pp. 451-458, flg. 258 et 259.
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rédigé quelque description détaillée du temple que, dans les colonies juives de la Mésopotamie, on lisait et on relisait avec larmes, comme on va aujourd'hui pleurer devant ce mur où Ton croit voir un reste de Tœuvre salomonienne. C'est là que le prophète aurait puisé les données par lesquelles il confirme ou complète celles que contient la description du livre des Bois.
Par ces réflexions et ces conjectures, nous croyons avoir trouvé le principe de la distinction à faire, dans le projet d'Ézéchiel, entre le temple et les cours qui Tenveloppent de toutes parts, avec leurs portes monumentales, avec les longues suites de colonnades et de logements qui bordent les parvis. Toute la première partie de cet ensemble serait empruntée à la réalité; dans la seconde, Timagination se donne plus libre carrière. Sans doute Ézéchiel n'a pas inventé de toutes pièces ce cadre magnifique; les grands traits sont bien ceux qu'avait déjà indiqués et comme esquissés le travail des siècles, s'appliquant à répondre aux nécessités du culte. Il y avait deux cours, celle des prêtres et celle du peuple, et, à toutes les entrées, des loges de portiers et des corps de garde, puis, sur les côtés de ces parvis, des magasins où se conservaient les objets votifs et la caisse du temple, des sacristies où s'habillaient et se déshabillaient les prêtres, des chambres où ils couchaient, des abattoirs où ils tuaient et dépeçaient les victimes, des cuisines où ils en préparaient la viande; il y avait, épars sur les esplanades, des bassins pour les ablutions, des estrades d'où l'on dominait la foule, des autels où s'accumulaient les offrandes. Ce qui appartient au prophète, c'est l'étendue du terrain où pourront désormais se déployer et s'étaler librement les dépendances du sanctuaire ; c'est la symétrie rigoureuse qui devient la loi de son œuvre ; c'est aussi l'idée de l'isoler en ménageant tout alentour une sorte de zone neutre, une bande de terrain vide qui préservera l'enceinte sacrée de tout contact et de tout empiétement*. Cet élargissement de l'aire dont le temple sera le centre, cet arrangement systématique du cadre architectural, cet isolement complet de la cité sacerdotale, voilà ce qu'il y a de nouveau, de personnel, d'original dans le projet du prophète. Les Chaldéens lui ont facilité la tâche; ils se sont chargés de déblayer le terrain par le fer et le feu ; l'architecte futur n'aura pas à se demander ce qu'il peut conserver et ce qu'il veut abattre des constructions antérieures. Dispensé du travail toujours fastidieux des retouches et des raccords, il ne se
\. ÉZÉCUIEL, XLV, 2.
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préoccupera que de faire grand et de faire beau ; il devra donner aux cours et aux portiques assez d'ampleur pour qu'ils puissent contenir tout Israël, enfin réuni autour de l'autel des holocaustes ; en même temps il mettra partout, dans ce vaste ensemble, cette exacte correspondance des parties similaires, cet heureux balancement des lignes qui est comme le symbole de Tordre que lahvé fait régner dans le monde.
Le rêve d'Ézéchiel a été réalisé dans une certaine mesure, sinon
par le second temple, qui fut bâti à la hâte, au milieu de toute sorte
d'embarras, tout au moins par le troisième, à la construction duquel
ont été employées toutes les richesses d'un souverain puissant, secondé
par un habile architecte. Exécuté en quelques années sans regarder à
la dépense, le temple d'Hérode a eu toute la grandeur et toute Tunilé de
celui que le prophète avait contemplé dans ses songes mystiques. La
différence, c'est que si, dans le somptueux édifice qui a si peu vécu, les
grandes lignes du plan traditionnel avaient été fidèlement conseiVées,
le style grec y avait mis partout son empreinte, dans la proportion des
ordonnances, dans la façon des colonnes et des chapiteaux. Ézéchiel au
contraire avait passé sa jeunesse dans le voisinage de cette Phénicie
qu'il a maudite avec tant d'éloquence ; le reste de sa vie s'est écoulé en
Mésopotamie ; comme le montrent les quelques détails qu'il donne sur
l'ornementation des bâtiments, il se représentait son temple, avec ses
dépendances, comme construit et décoré dans le goût oriental, ainsi
que l'avait été le temple de Salomon, sous l'influence combinée de
l'Egypte et de l'Assyrie.
Les livres historiques de la Bible et la vision d'Ézéchiel ne sont pas les seuls documents qu'aient consultés les érudits qui ont voulu se faire une idée des édifices bâtis sur le Moria; on s'est aussi adressé à Josèphe et à ses Antiquités judaïques; on a feuilleté ces paraphrases araméennes de la Bible que l'on appelle les Targuminiy et surtout le Talmud, œuvre du second exil, où a été recueilli tout le trésor de la tradition juive * ; mais ce sont là des sources dont il convient de n'user
\. Sur le Talmud t consulter surtout Tarticle que M. Joseph Derenbourg, qui connaît si bien cette matière, a consacré à ce recueil dans VEneyclùpédie des sciences relU ffieuses, publiée chez Fischbacher, sous la direction de M. Lichtenberger. Le Talmud contient un traité tout entier consacré à rarcbiCëclure et aux mesures du temple, c*està-dire du temple d'Hérode ; il a été écrit par le rabbin Élazar ben Jacob, qui paraît avoir encore vu le frère de sa mère officier comme prêtre au temple {Mischruih middôt, I, 2). C'est le Masséchét middôt. 11 y aurait donc, sous certaines réserves, à tirer parti de ce document pour une restauration du temple d'Hérode. On trouvera aussi de précieux détails empruntés à ces mêmes suorces juives dans la note I du mémoire de M. Derenbourg intitulé : Essai de restilutian de l'ancienne rédaction du Masséchét kippourim (Revue
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que très discrètement. On peut s'en rapporter à Josèphe pour tout ce qui concerne le troisième temple; mais il n'a même pas connu le second, et, pour ce qui regarde le premier, il n'avait guère à sa disposition d'autres renseignements que ceux dont nous disposons aujourd'hui. Au temps où il écrivait, la synagogue venait de clore le recueil des livres dits canoniques, de ceux que les docteurs autorisés déclaraient constituer ce que nous appelons aujourd'hui V Ancien Testament, c'est-à-dire l'ensemble des paroles adressées par lahvé à son peuple et l'histoire authentique de la longue vie d'Israël*. Le premier résultat de la formation d'un canon, c'est toujours de mettre en suspicion la valeur des écrits qui n'ont pas été admis à l'honneur de figurer sur cette liste de privilégiés ; on ne les copie plus ; si parfois on les recherche, c'est pour les détruire; de manière ou d'autre, ils disparaissent rapidement. Depuis que, bien après les Rois^ les Chroniques étaient entrées dans le recueil officiel, tout ce qui pouvait encore subsister d'ouvrages ou de fragments littéraires antérieurs à l'exil était tombé dans l'oubli, n'existait plus ou tout au moins n'avait plus de lecteurs. Dans son curieux écvii contre Apion^ vers la fin du premier siècle de notre ère, Josèphe cherche à donner une idée de l'ensemble de ces écrits inspirés qui contiennent toute la littérature et toute l'histoire de sa nation ; or, aux quelques renseignements qu'il fournit sur le nombre et sur la suite des livres qu'il avait sous les yeux, on reconnaît que la collection visée par lui dans ce passage ne différait pas de celle que contiennent nos bibles hébraïques*. Pour toute la période vraiment ancienne, pour ce qui précède l'avènement des Asmonéens, défiez-vous de tout ce qui, dans les Antiquités judaïques et dans les autres ouvrages de cet écrivain, paraît emprunté à des documents que nous n'avons plus; presque toujours, à la seconde lecture, on s'apercevra que Josèphe n'en savait pas plus que nous; ce qu'il semble ajouter aux faits connus par la Bible n'est pas autre chose que le fruit d'une combinaison systématique ou d'une exagération oratoire ^ Exagérer, c'est le grand défaut de
des Éludes juives, t. VI, 4833). Elle a trait aux Différentes parties du temple mentionnées dans la Mischnàh kippourim.
{, Sur rhistoire de la formation successive des trois groupes d'écrits dont la réunion compose V Ancien Testament, tel que la synagogue Ta transmis à l'Église, voir Stade, Ges- Chichte, t. T, pp. 12-47.