‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 20 sur 381 · La Marmora, Voyage^ p. 52-5 i · texte numérisé non relu

La Marmora, Voyage^ p. 52-5 i

29. — Plan di*s ruiiifs de Teti, d'après un croquis de Guuiu.

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LES NOURAGHES.

abords comme par ses dispositions intérieures ; or, si certains nouraghes, bâtis sur Tétroite cime de roches escarpées, ne remplissent pas la première de ces deux conditions, il n'est pas un seul de ces édifices qui réalise la seconde ; des sauvages même , qui n'ont pas nos exigences et nos goûts de bien-être, n'ont pu, dans un climat tel que celui de la Sardaigne, se résigner à habiter d'une manière permanente ces chambres sans jour et sans air, où il est impossible, nous ne dirons pas d'entretenir du feu pour se chauffer, mais même de le tenir allumé assez longtemps pour faire cuire ses aliments; la fumée n'a pas ici la res-

30. — Talayot et stèle des Baléares. La Marmora. Allas, pi. XL, fig. 3.

source de s'en aller, comme dans la demeure du paysan grec, par les interstices que laissent entre elles les poutres du toit; ils n'ont pu se condamner à ramper chaque fois qu'ils avaient à entrer chez eux ou à en sortir. Les maisons où vivaient les constructeurs des nouraghes, c'étaient des cabanes en pisé, comme on en voit encore dans beaucoup de villages sardes; c'étaient aussi ces constructions en pierres sèches, de forme ronde, que l'on voit très souvent dans le voisinage des nouraghes. Les nouraghes, c'étaient les forteresses où l'on serrait ses récoltes, ses armes, et tous les objets précieux que l'on pouvait posséder; c'étaient des asiles où l'on se réfugiait eh cas d'alerte. Du haut de la terrasse qui dominait au loin la campagne, on voyait venir l'ennemi ; par des feux que l'on y allumait, on avertissait les voisins et les amis; serrés sur cette plate-forme, les défenseurs du château lançaient leurs

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balles de fronde et leurs flèches à Tagresseur, ils faisaient rouler sur lui des pierres s'il cherchait à s'approcher de trop près et à forcer l'entrée étroite et basse. Celle-ci était d'ailleurs facile à boucher; quelque gros bloc, réservé à cet effet, suffisait à l'obstruer; engagés par leurs extrémités dans les deux niches qui se creusent à droite et à gauche du couloir, des troncs d'arbre achevaient de boucher le passage; fût-il resté ouvert, deux ou trois hommes y défiaient toute une troupe ; allez donc forcer une porte où l'on ne peut se glisser qu'à plat ventre. Dans certains nouraghes, même le rez-de-chaussée une fois au pouvoir de l'assaillant, celui-ci n'était pas encore maître de l'étage supérieur ; on n'y arrivait que par un escalier qui s'ouvrait à quelques mètres audessus du sol dans la coupole, et pour atteindre la première marche de la cage, il fallait une échelle. Que de précautions prises pour prolonger la lutte! Pour réduire la place, l'assiégeant n'avait guère à compter que sur la famine; dépourvu de machines, il était impuissant contre ces épaisses murailles.

Sans doute l'assiégé n'était pas à l'aise dans ces petites pièces sombres où l'on s'était entassé en toute hâte; mais enfin, même dans un nouraghe simple, pourvu que l'on y eût des provisions suffisantes d'eau et de vivres, on pouvait tenir quelques heures ou même quelques jours, jusqu'à ce qu'arrivassent des secours ou que l'ennemi se lassât du blocus auquel il était condamné. Un peu d'air et de jour entrait par les lucarnes de l'escalier, par la grande fenêtre du premier étage; on pouvait aller respirer sur la plate-forme. Dans les grands nouraghes agglomérés, grâce au nombre des chambres et au développement des terrasses, ce n'était plus une famille, c'était toute une tribu qui trouvait un asile; on avait même de la place pour les troupeaux, parqués dans les cours intérieures. Certaines de ces enceintes renferment des puits, ou des fontaines jailHssent assez près du nouraghe pour que l'on pût aller y puiser sous la protection des traits dardés du sommet de la courtine * . Enfin on reconnaît parfois de véritables camps retranchés, où plusieurs tribus devaient se grouper à Taise avec leur bétail : tel est le plateau de la Giara de Gestori^ dans la province d'Isili (fig. 31); il a environ 10 kilomètres de long et 5 de large. Sur tous les points saillants du talus escarpé qui le limite se dressent, comme autant de sentinelles, des nouraghes qui dominent les pentes abruptes; on en compte encore dix-sept, et il y en avait sans doute

\. I\\i.î5, la Sardeyna, p. 36.

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LES NOURAGHES.

davantage autrefois. Les restes de deux autres nouraglies couronnent des collines qui s'élèvent au milieu du plateau. On a encore la même impression quand on observe les nouraghes distribués tout autour de la péninsule du Sinis; là aussi ils semblent dessiner le contour d'un vaste refuge*.

Si le nouraghe isolé, de petite dimension, présente à Thistorien

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