‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 284 sur 381 · LES DÉCOUVERTES RÉCENTES · texte numérisé non relu

LES DÉCOUVERTES RÉCENTES

Trocadéro possède le moulage (fig. 254 et 255)*. Ici le lièvre est en course, là il est au repos, assis sur son train de derrière; mais, de part et d'autre, l'altitude est très bien saisie : on dirait un dessin fait d'après nature. Même observation à propos des têtes de chèvre, de bélier, de bœuf et de cheval, à propos de ces bustes humains qui, le bras levé comme pour accompagner la parole, se trouvent presque toujours au commencement des inscriptions et semblent y remplir ainsi une fonction nettement déterminée. Dans toutes ces images on retrouve la trace d'une sorte de réalisme qui manque parfois d'adresse , mais qui reste toujours naïf et sincère (fig. 256).

Ces inscriptions sont toujours réglées au moyen de lignes horizontales ; il n'y a d'exception que pour les textes qui ne comprennent que deux ou trois signes. Partout ailleurs on rencontre ces barres, que sépare un intervalle d'environ 10 centimètres; elles ont la même saillie que les caractères. De ceux-ci

les uns occupent toute la hauteur, et les autres, plus petits, la moitié du champ ; dans ce dernier cas, il y en a deux entre les lignes. Grâce à ces divisions, l'écriture, malgré les dimensions inégales des signes, est plus symétrique et d'une régularité plus monotone qu'en Egypte.

A peine avait-on commencé de transcrire ces textes et de les comparer entre eux, que l'on dut se demander quel était le peuple auquel il convenait de les attribuer, et la question prenait plus d'intérêt à

255. — Un hiéroglyphe hétcen, grandeur réelle. Dessin de Saint-Elme Gautier.

i . C'est d'après ce moulage, qui nous a élé signalé et qui a été mis à notre disposition par le D^ Ha'ny, que noire dessinateur a reproduit les deux images du lièvre que nous donnons sous les n^" 254 et 255.

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mesure qu'ils se multipliaient et que Ton eu constatait la présence sur des points plus nombreux et que séparaient de plus larges espaces. Comme il arrive toujours en pareil cas, lorsque se pose un problème de ce genre, plusieurs de ceux qui en poursuivaient la solution Font entrevue au même moment ; mais c'est surtout M. A.-H. Saycequi a eu le mérite de l'apercevoir clairement et de lui donner le degré de vraisemblance qui, dans cet ordre de recherches, équivaut presque à la certitude*. M. Sayce, professeur à TUniversité d'Oxford, est un des esprits les plus vifs et les plus curieux de notre temps; il s est intéressé à toutes les questions sur lesquelles de récentes trouvailles appelaient Tatlention de la science contemporaine ; mais il en est une qui Ta tenté tout particulièrement et dont il a fait son domaine propre, c'est celle de l'origine et de l'interprétation des monuments de la Syrie septentrionale et de l'Asie Mineure. Depuis six ou sept ans, par de nombreux mémoires que nous aurons souvent l'occasion de citer, il a, plus que personne,

1. Sur le caractère de l'esprit et des travaux de M. Sayce, voir notre article dans la Revue des Deux Mondes du \o juillet 1886, intitulé : Une civilisation retrouvée. Les HétéenSj leur écriture et leur art. L'ouvrage qui a surtout fait connaître à Tétranger le nom de M. Sayce, ce sont ses Principes de philologie comparée, traduits en français pour la première fois par Ernest Jovy", professeur au collège de Loudun, et précédés d'un avantpropos, par Michel Bréal, in-l2, 1884, Delagrave; c'est ce livre qui lui a valu l'honneur de devenir le suppléant de M. Max Mûiler dans la chaire que celui-ci a illustrée à Oxford; mais M. Sayce a beaucoup écrit. Il avait commencé par la philologie sémitique, par l'assyriologie, où il laissera sa trace; en même temps que notre cher et regretté Stanislas Guyard, il s'occupait à percer le mystère de la langue encore très mal connue que cachent les textes cunéiformes gravés sur le rocher de Van en Arménie. Bientôt il élargit le cadre de ses recherches à la suite de voyages en Orient auxquels trouvaient leur compte à la fois sa santé délicate et sa curiosité passionnée; il a suivi avec un vif intérêt toutes les fouilles qui se sont faites depuis une quinzaine d'années en Egypte, en Syrie, à Cypre, en Asie Mineure, en Argolide et sur d'autres points de la Grèce; il en a exposé et discuté les résultats dans de nombreux articles qu'ont publiés les recueils de plusieurs sociétés savantes et les principales revues anglaises. Nous nous bornerons à rappeler ici les titres des principaux de ses travaux : A forgotten empire in Asia Minor (Fraser's Magazine, aoftt 1888); The monuments ofthe Hittites, ai\ec une carte, trois planches et figures dans le iexle {Society of biblical archaeology, Traïuactions, t. VU, pp. 248-293); The bilingual HiUile and cuneiform inscription of Tarkondemos,' avec une planche (dans le même recueil, pp. 29i-308). Les Proceedings de la Société d'archéologie biblique renferment bien des notes de lui où il y a toujours à prendre des faits curieux et des idées qui, alors môme qu'on ne les accepte pas toutes, forcent à réfléchir et en suggèrent d'autres. M. Sayce a exposé les vues auxquelles l'ont conduit ses voyages et, ses recherches si variées, dans un volume qu'il a publié en 1883, sous ce titre : The ancient empires of the east, Herodotos, l'IJIftcith notes, introductions and appendices, in-8°, Londres, Macmillan. On y trouvera d'abord une introduction où l'auteur nous paraît avoir été très injuste pour Hérodote; puis le texte, accompagné de notes surtout historiques, des trois premiers livres, et enfln, ce qui est la meilleure pailie de l'ouvrage, un appendice qui donne, outre des tables des dynasties, un substantiel et brillant résumé de Thistoire des États orientaux, telle que permettent de la comprendre les découvertes de la science contemporaine.

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contribué à répandre et à accréditer Thypothèse qui est aujourd'hui généralement admise, celle qui attribue l'invention de cette écriture et la création de ces types plastiques à ce peuple des Khiti, dont le nom revient si souvent dans le poème célèbre de Pentaour, dans ce fragment d'une Iliade thébaine où l'Homère égyptien chante les exploits d'un héros aussi brave et aussi invincible qu'Achille, de Ramsès, le fils chéri d'Ammon*.

S 3. — i/hISTOIRE des HÉTÉENS d'aPRÈS LES DOCUMENTS BIBLIQUES, ÉGYPTIENS ET ASSYRIENS

Ce sont les récits de bataille et les bulletins de victoire gravés sur les murs des temples de Thèbes et des palais de Ninive qui ont permis à notre curiosité de deviner quelle place avait tenue longtemps, dans le monde oriental, la nation belliqueuse dont nous allons résumer l'histoire, telle que permettent de la reconstituer les documents que nous traduisent les égyptologues et les assyriologues. Cependant, alors que les hiéroglyphes et les cunéiformes étaient encore lettre close, on pouvait déjà lire dans la Bible le nom de ce peuple ; il s'y trouvait sous les formes Hittiy au singulier, ^f/Z/m, au pluriel ; ailleurs on rencontre l'expression benê Hety « fils de Het ». Chez les Septante, on a les variantes Xêt, XeTTtv, XeTTt(i., Xeraîoi. De cette dernière a été tiré le terme Bétéens ou Hétiens, dont se servent nos versions de l'Ancien Testament-; c'est celui que nous emploierons, de préférence au mot Hittites, que les savants anglais ont emprunté à leur traduction de la Bible. Sans doute c'est surtout à eux que ce peuple doit d'avoir inopinément reparu sur la scène de l'histoire; mais ce n'est pas une raison pour que nous nous croyions obligé d'habiller à l'anglaise un ethnique qui, s'il veut passer dans la nomenclature française, doit se conformer aux habitudes de notre langue. Dans toutes ces transcriptions, il n'y a d'ailleurs que la terminaison qui dififère. Les éléments essentiels du nom, c'est au commencement une gutturale aspirée, à la fin une dentale forte; on les retrouve dans le nom de Khitis que les documents égyptiens donnent

i . On trouvera de longs extraits du poème de Pentaour dans les histoires anciennes de MM. Maspero et François Lenorraant. Les Khiti sont ceux que d'autres égyptologues appellent Khétas et Khétaou; pour la vocalisation de ce nom, nous avons suivi M. Maspero, et, en général, nous lui avons emprunté ses transcriptions des noms de peuples ou de villes cités dans cette étude.

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500 LES HETEENS.

à ces mêmes tribus, dans celui de Khati ou Khatti, par lequel les désignent les textes assyriens. Ce sont toujours les mêmes consonnes; quant aux voyelles, si elles paraissent varier, on sait qu'elles n'ont, dans toutes ces langues, qu'une importance secondaire; la plupart d'entre elles n'étaient pas notées par l'écriture ; quelque doute plane donc toujours sur les valeurs que nous leur attribuons.

Si les Hétéens sont assez souvent mentionnés dans la Bible, ce n'est jamais que par voie d'allusion ; leur puissance était déjà sur son déclin quand les Hébreux sont entrés en Palestine. Sous leurs juges, puis soûs leurs rois, ceux-ci n'ont pas eu à lutter contre ces tribus, qui avaient leurs places fortes dans le nord de la Syrie, au delà des limites les plus reculées que l'empire juif ait atteintes sous David et sous Salomon. Il est cependant facile de reconnattre une concordance frappante entre ces données et celles qui se dégagent de divers passages de la Bible. Quelques-uns de ceux-ci supposent le souvenir d'un temps où les Hétéens dominaient sur presque toute la Syrie. Ainsi, dans le fameux chapitre généalogique de la Genèse, le nom de Het est placé comme en vedette avec celui de Sidon, en tête de la liste des fils de Chanaan*. Quand Abraham, à Hébron, choisit la grotte de Macpélah pour y faire sa sépulture et celle de sa famille, il y trouve des Hétéens; c'est à cette race qu'appartient le propriétaire de la caverne achetée par le patriarche*. Dans un discours que l'Éternel adresse à Josué pour lui indiquer l'étendue du territoire qu'il va livrer aux descendants de Jacob, on trouve cette expression : « Tout le pays des Hétéens jusqu'à la grande mer vers le soleil couchant' » ; le narrateur semble avoir voulu désigner ainsi la contrée comprise entre le désert et l'Euphrateà l'orient, et, à l'occident, la Méditerranée. Ailleurs, dans le récit des espions qui, par l'ordre de Moïse, sont allés explorer la terre de Chanaan, les Hétéens sont nommés à côté des Jébuséens et des Amorrhéens, parmi les tribus qui habitent la montagne*; ils figurent dans la liste des tribus chananéennes qui se liguent pour barrer le passage aux Israélites ^

\, Genèse, x, 15-16.

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