‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 340 sur 381 · Ibidem, t. U, ag. 41 el · texte numérisé non relu

Ibidem, t. U, ag. 41 el

Googl(

696 LES HETEENS.

composition et Taspect de quelque façade monumentale; à la place qu'occupait, dans Tédifice, le vide de la baie principale, Torfèvre aurait mis, dans ces copies réduites, ici un idole, là un symbole. A Ëuiuk, Tarchitecte ptérien avait pris à TÉgypte ses sphinx, gardiens de la porte ; à Boghaz-keui, il aurait emprunté à TAssyrie, pour leur assigner cette même fonction, les taureaux ailés et mitres; à côté d'eux, il aurait dressé des supports lapidaires dont les formes dérivent, il est vrai, de l'emploi du métal, mais peuvent aisément être imitées dans la pierre. Si cette supposition est fondée, l'architecture, chez ce peuple, aurait disposé de plus de ressources que ne le donneraient à penser les ruines de ses bâtiments, ce que l'on en voit gisant sur le sol près du torrent de Boghaz-keui et à l'entrée du village d'Euiuk. Restaurez, d'après les données que fournissent ces édicules, une porte de temple ou de palais, et vous aurez un frontispice qui ne sera pas dépourvu de noblesse et d'originalité.

Grâce au soin qu'a pris le sculpteur d'imiter des ouvrages où l'on admirait à la fois la matière et la mise en œuvre, on a donc quelque notion de ce que pouvait être l'orfèvrerie cappadocienne ; mais on ne possède pas les mêmes moyens d'information en ce qui concerne une autre industrie, la céramique. De toutes les industries, la céramique est pourtant la plus active et la plus féconde ; mais l'abondance même de ses produits en diminue la valeur. Le seul vase qui soit figuré dans nos bas-reliefs, celui que la déesse d'Euiuk porte à ses lèvres, doit être une de ces tasses de bronze comme on en a beaucoup retrouvé en Assyrie (fig. 337) ; quant aux tasses de terre que le potier fabriquait sur son tour presque aussi vite que les cassait la main de l'enfant, quel autre art aurait songé à imiter ces ustensiles communs, dédaignés pour leur bas prix et leur fragilité? En revanche l'argile, quand elle est bien cuite, est ce qui résiste le mieux à tous les agents de destruction ; enfouie sous le sol, elle se conserve indéfiniment. La poterie cappadocienne, on la retrouvera donc ici, au moins à l'état fragmentaire, dès qu'on prendra la peine de la chercher. Il m'avait suffi de me baisser pour recueillir dans l'intérieur de l'enceinte, à Boghaz-keuiy un certain nombre d'anses et de tessons ; la caisse qui les renfermait a été perdue pendant le voyage. Si ma mémoire ne me trompe pas, les vases dont j'avais là les restes étaient en terre jaunâtre ; on n'y voyait que du dessin géométrique ; le décor était exécuté en rouge ou en brun, avec des couleurs ternes. Je me suis rappelé ces fragments quand j'ai reproduit la série des morceaux qui ont été découverts à Jérusalem, dans les couches

Googl(

profondes des déblais du Haram-ech-chérif (fig. 244, 245, 246, 247, 248). Ce dont je suis certain, ce qui ma frappé quand j'étais sur les lieux, c'est que parmi tous ces éclats de poterie que j'ai ramassés et regardés pour choisir les plus curieux, je n'en ai pas trouvé un seul qui eût une couverte métallique et où l'on reconnût les procédés et les motifs de la céramique grecque. Pour qui savait entendre leur langage, ces humbles débris confirmaient le récit d'Hérodote ; à leur manière, ils racontaient la prise et la destruction de la ville de Crésus ; ils témoignaient de l'étendue du désastre ; ils attestaient que la vie policée avait subi, dans ce canton, un arrêt de plusieurs siècles.

Lorsque, après avoir étudié l'Egypte et la Chaldée, l'Assyrie et la Phénicie, on aborde les monuments de la Cappadoce, on y reconnaît tout d'abord certaines conventions, certaines formes et certains symboles que l'on avait déjà rencontrés ailleurs, au cours de ce long voyage et particulièrement sur les bords de l'Euphrate et du Tigre ; c'est ce que nous avions déjà éprouvé et constaté dans la Syrie septentrionale, en présence de ce qui reste des constructions et des sculptures des Hétéens de Gargamich et de Cadech. On n'en saurait douter. Syriens et Cappadociens ont, les uns comme les autres, subi l'influence de la Chaldée et de l'Assyrie. Tout ce que l'on entrevoit du plan des palais de Boghaz-keui et d'Euiuk fait songer à une copie réduite des grands édifices royaux des bords du Tigre et de l'Euphrate. La grande figure dont les bras et les jambes sont remplacés par des corps de lion, à lasili'kdia (fig. 320), rappelle le dieu Dagon ou Oannès, adoré dans toute la Mésopotamie* ; on pourrait aussi penser à Nergal, ce dieu de la chasse et de la guerre que l'on croit reconnaître dans le hon à face humaine*. Si la sculpture assyrienne n'a point offert jusqu'ici le type en question, elle fournil du moins l'exemple de combinaisons analogues. Les figures ailées se rencontrent à chaque pas en Assyrie; les figures à têtes d'animaux n'y sont pas rares. C'est Nisroch, la divinité à tête d'aigle'; c'est ailleurs une figure humaine à tête de lion qui fait le même geste qu'à lasili-kaïa le couple des démons sculptés à l'entrée

\ . Histoire de l*Art, l. H, fig. 9, 224.

Page 1