Sayce, dans Wright, TAc Empire, p
2. Ce dessin a été exécuté d'après une photographie, la première que Ton ait prise de ces rocs de la Cappadoce, qui nous a été obligeamment communiquée par M. John Henry Haynes. Sur la physionomie étrange de tout ce district cappadocien, d'Urgiiky d'Utch'hissar et de Soanli-dérési, voir Reclus, Géographie universelle, t. IX, pp. o02-o64.
3. Ces cônes sont marqués, sous le nom de Basalt-kuppen, sur la carte que M. Kiepert a dessinée pour le rapport de M. Puchstein; il en est quesUon à la page 2 du rapport : « Ce district, dit l'auteur, a un sol de basalte, et de nombreux cônes qui s'élèvent parfois jusqu'à une hauteur assez considérable lui donnent une physionomie très singulière. »
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encore s'écouler avant que les légions assyriennes se montrassent au delà de TEuphrate. Entre les peuplades barbares qui erraient, éparses et clairsemées, sur le plateau de TAsie Mineure et la population sédentaire des villes et des campagnes de TAsie Mineure, il ne pouvait d'ailleurs presque pas y avoir de commerce, dans ces âges reculés; la différence des habitudes et des besoins était trop grande pour que, d'une région à l'autre, il y eût un mouvement d'échanges capable de produire des effets utiles. On ne voit pas sur quel fil aurait couru, jusqu'au delà du Taurus, l'élincelle de vie, d'où et comment elle serait venue, en Cappadoce, éveiller les esprits et les provoquer à ces efforts d'où naît la civilisation. Dans le Naharana, les conditions étaient autrement favorables; par la Cœlé-syrie, on touchait à l'Egypte ou du moins aux possessions égyptiennes et, par la batellerie de FEuphr^c, on était en relations avec la Chaldée. De quelque côté qu'ils sortissent de leur territoire, pour trafiquer ou pour piller, les Hétéens apercevaient des inscriptions et des sculptures, des forteresses, des palais el des temples. Quand il envahit le pays des Khili, Uamsès, dans une de ses campagnes, y trouva une de ses statues; elle avait été enlevée par l'ennemi au cours de l'une des incursions qu'il avait faites dans la Syrie méridionale *. Le commerce, en même temps, leur apportait à domicile les produits d'industries déjà très savantes, des étoffes et des vases de terre ou de métal, des cachets et des bijoux, des armes et des instruments de tout genre. Ainsi encadrés, stimulés et piqués au jeu par ces exemples, aidés de tous ces secours, les Hétéens, une fois qu'ils se sentirent les maîtres incontestés d'un pays spacieux, fertile et bien arrosé, eurent certainement hâte de travailler à se donner tout cet appareil de la vie policée dont le prix se révélait à eux par une facile comparaison. Sans doute ils ne parviendraient pas à égaler leurs voisins, ces peuples adultes chez lesquels la civilisation avait déjà tout un long et riche passé; mais ils devaient arriver, mais ils sont arrivés à s'assurer le nécessaire, à s'organiser et à s'outiller de manière que les plus puissantes monarchies du monde oriental eussent à compter avec ces parvenus.
Ce serait donc sur l'Oronte et non sur l'Halys que se serait aggloméré le premier noyau de la nation hétéenne, que celle-ci aurait inventé son écriture, adopté son costume national, créé sa tactique militaire. Lorsqu'elle se sentit ainsi armée pour l'action, elle éprouva bientôt cette espèce d'inquiétude, ce beî^oin de se répandre au dehors, ces
1. Maspkuo, Histoire ancienne des peuples de VOrient, 4® édition, p. 224.
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appétits de conquête qui, à. une certaine heure de leur développement, s'emparent de tous les peuples jeunes et les poussent en avant, au delà des mers ou des montagnes qui bornent leur horizon. Vers Test et vers le sud, le chemin était barré; on se jeta à Fouest ; on escalada ou on tourna le Taurus, on découvrit, on envahit, on parcourut TAsie Mineure ; on en soumit sans peine les tribus principales, celles du moins qui vivaient dans la partie découverte de la péninsule, tout ce qui ne se cacha point dans les épaisses, dans les impénétrables fo êts de la chaîne des Olympes. Quand ils franchirent les monts, les Khiti avaient sur toutes ces peuplades un avantage qui mettait toutes les chances de leur côté ; ils possédaient, ils savaient travailler les métaux. L'un des groupes qui ont formé la nation hétéenne avait-il apporté cette industrie des hautes vallées de TEuphrate et de THalys, de ce pays des Chalybes où la tradition antique plaçait un des berceaux de la métallurgie? Est-ce en Syrie, au moment où il opérait son mouvement de concentration, que le nouveau peuple apprit ce métier, à l'école des Chaldéens et des Égyptiens? On l'ignore ; mais il est certain que le métal abondait chez les Hétéens et qu'ils en firent de très bonne heure une grande consommation. C'est ce que suffit à prouver leur écriture, comme on l'a très ingénieusement remarqué*. Les peuples qui ont d'abord écrit sur l'argile, comme les Chaldéens, ou, comme d'autres, sur la pierre et sur le bois, gravent leurs lettres en creux ; sur le métal au contraire, la manière la plus simple et la plus rapide de dessiner les signes, c'est de les faire saillir, avec le marteau et le ciselet, par de petits coups donnés sur Tenvers d'une plaque très mince. Les Hétéens ont d'abord écrit au repoussé; puis, accoutumés à ces caractères en relief, ils en ont conser\'é Thabitude quand ils se sont attaqués à la pierre. L'histoire et les monuments figurés confirment cette conjecture. L'argent était commun chez les Hétéens ; ils le trouvaient dans ces mines qui, sous le nom de Gumuch-maden^ sont encore exploitées en Lycaonie et dans le nord de la Cappadoce*. C'est sur une plaque de ce métal qu'était écrit, en caractères hétéens, l'exemplaire du traité qui fut présentée Ramsès par les ambassadeurs de Khitisar. La bosse de Tarkudimme (fig. 262), où se lit le nom d'un prince hétéen, est faite du même métal. A plus forte
\, Sayce, The Monuments, p. 2ol.
•2. Sur les mines d'argent du Pont, voir Reclus, Géographie universelle, t. IX; Hamilton, Reseai'ches, t. I, pp. ^69, 234-238. Sur celles du Boulgar-ckigh, en Lycaonie, voir Reclus, t. I, p. 47o. Sayce mentionne encore, comme ayant peut-être été exploitées par les Hétéens, des mines d'argent dont il a découvert les traces dans le Giimuch-dogh , au nord de la plaine du Méandre {The Monuments, p. 307).
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raison le bronze était-ii d'un usage courant. Des vases en bronze sonl figurés sur les bas-reliefs ; le bronze entrait pour beaucoup dans la fabrication de ces chars de guerre que les Hétécns opposaient, devant Cadech, à ceux des Égyptiens. Au moment des premières rencontres, certaines tribus de la péninsule n'avaient peut-être encore, pour se défendre, que des haches et des couteaux de pierre, des flèches armées de pointes de silex; les Hétéens étaient armés des lors de ces cimeterres que nous leur voyons dans le bas-relief du couloir, iiBoghaz-keui, de la hache à deux tranchants et de la massue terminée par une lourde boule en métal, enfin de cette courte épée que portent au flanc tous leurs chefs. L'emploi de pareilles armes assurait une supériorité marquée à ceux qui en avaient ainsi le monopole.
Encore attardées dans leurs habitudes d'isolement et de farouche indépendance, ces tribus ne pouvaient résister à des soldats ainsi équipés, qui s'étaient mesurés d'ailleurs avec les meilleures troupes régulières qu'il y eût alors en Asie, avec les vieilles bandes de Séti et de Ramsès ; peut-être les habitants de la péninsule acceptèrent-ils sans lutte une suprématie qui leur présentait plus d'avantages que d'inconvénients. Les appelait-on au combat, en cas de guerre avec l'Egypte, avides d'aventures et de butin, ils accouraient au premier signal; en temps de paix, les Hétéens fournissaient à leurs nouveaux sujets, par le trafic dont ils avaient ouvert les voies, toutes ces marchandises ouvrées, tous ces objets de première nécessité ou de luxe grossier dont les sauvages mêmes ne peuvent bientôt plus se passer, dès qu'on leur en a appris l'usage. Ainsi, du même coup, les Hétéens trouvaient dans la péninsule des auxiliaires toujours prêts à grossir leurs armées, des clients qui leur achèteraient toutes leurs marchandises, des élèves qui ne demandaient qu'à s'instruire et à se dégager de la barbarie.
Celte vaste contrée, encore toute neuve, promettait et donnait trop à ses maîtres pour que ceux-ci ne cherchassent pas à y asseoir leur domination sur des bases solides ; afin de la surveiller de plus près, une partie de la nation hétéenne alla s'établir au delà des monts*. Là, dans la Cappadoce et dans laLycaonie,les immigrants se fixèrent sans doute sur plus d'un point ; ils fondèrent plus d'un village qu'ils surent asseoir sur quelque hauteur d'un accès difficile et défendre par un de
i. (.'est aussi Thypothèse qu'adopte, dans son article Kappadokien de TEncyclopédie d'Ersch et Gruber, E. Meyer, qui a tant étudié et qui connaît si bien Thistoirc de l'Asie Mineure.
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ces murs en gros blocs qu'ils avaient appris à dresser autour de leurs citadelles syriennes ; mais le district où ils formèrent le groupe le plus compact et qu'ils occupèrent le plus fortement, ce fut ce district de la Ptérie qui commande deux bassins importants, celui de THalys et celui de riris : leurs traces y subsistent, plus marquées et plus pressées que nulle part ailleurs, que celles mêmes qu'ils ont laissées dans leur patrie première, et ce qui donne à la postérité Tidée la plus haute de ce peuple, de ses ambitions et des ressources dont il disposait, c'est l'enceinte de Boghaz^keui et les bas-reliefs à'Iasili'kaïa.
Par la force des choses, les Hétéens de la Cappadoce ou Hétéens occidentaux durent former bien vite un royaume indépendant. Séparés de leurs compatriotes syriens pendant plusieurs mois de l'année par la neige qui obstruait les passages, ils n'avaient alors pas de secours et, par conséquent, pas d'ordres à attendre des princes qui régnaient sur l'Oronte. Cependant les relations restèrent longtemps très étroites entre les deux fractions de cette race, malgré la distance. Les Cappadociens profitèrent de tous les progrès réalisés en Syrie et quand, au sud du Taurus, leurs frères étaient attaqués par l'Egypte, ils leur apportaient le concours de leurs propres troupes et celui des tribus dont ils étaient les suzerains: c'est ainsi que les peuples de la Syrie et ceux de l'Asie Mineure prirent part, les uns auprès des autres, aux combats épiques qui se livrèrent autour de Cadech, puis à ces furieux assauts que les frontières de l'Egypte eurent h subir sous Méneptah et Ramsès IIL Plus tard, lorsque l'Egypte, après avoir repoussé et rejeté bien loin les envahisseurs, eut renoncé aux conquêtes lointaines et que ne se fit plus sentir la nécessité d'un commun et puissant effort, les relations, à ce qu'il semble, devinrent moins étroites. Nous ne voyons pas que les Hétéens delà Ptérie aient marché au secours des Hétéens du Naharana, quand ceux-ci furent menacés et, de règne en règne, plus durement pressés par les conquérants assyriens ; dans les bulletins de victoires gravés sur les murs de Ninive, nulle part il n'est question d'auxiliaires asiatiques qui seraient venus défendre Gargamich contre Sargon comme ils avaient autrefois défendu Cadech contre Ramsès. L'étude des débris de la sculpture confirme les inductions que l'on tire du silence de ces documents: ceux des monuments de la Cappadoce qui ressemblent le plus à ceux de la Syrie, ce sont les bas-reliefs qui paraissent les plus anciens ; comparez les dalles A'Euiuk (fig. 328-344) aux stèles de Marach (fig. 280-281) et à celle de Roinn-kalé (fig. 283). La ressemblance est bien moins marquée dès que la comparaison porte,