‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 67 sur 381 · lUd., p · texte numérisé non relu

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iie LA SARDAIGNE.

tant pas épuisé la série des rapprochements que suggère Texamen des monuments.

Il y a bien, dans la civilisation de ces insulaires, quelques éléments originaux, leurs nouraghes , auxquels on ne peut comparer que les taèayots des Baléares, leurs tombes, qui rappellent les monuments mégalithiques de TAfrique du Nord et de TEurope occidentale ; toute cette architecture, d'un caractère très primitif, donne Tidée d'un art qui aurait débuté par une pleine indépendance ; rien n'y trahit l'imitation. Au contraire, on la sent partout dans ce qui nous reste de la métallurgie et de la plastique. Sans les Phéniciens, les Sardes n'auraient pas eu l'étain, et sans étain pas de bronze. Ils ne seraient donc pas arrivés à fabriquer ces armes qui faisaient du guerrier sarde un adversaire redoutable ou un précieux auxiliaire. A plus forte raison n'auraient-ils jamais réussi à représenter, même gauchement, l'animal, et surtout rhomme. Les statuettes que nous avons montrées ont dû paraître bien barbares ; cependant elles suffisent à placer cette civilisation bien audessus de celle des monuments mégalithiques et même de celle des palafittes et des terramares. Le point de départ était à peu près le même; mais ce qui a fait la différence, c'est qu'ici les progrès ont été favorisés par le contact qui s'est établi entre ces tribus et une nation déjà beaucoup plus avancée. Livré à lui-même, ce peuple se serait peut-être arrêté fort en deçà du point où nous l'avons vu atteindre ; selon toute apparence, il ne se serait pas élevé jusqu'à l'ambition de reproduire là forme vivante, de transmettre à la postérité sa propre image, qui, toute tracée qu'elle soit d'une main malhabile, n'en est pas moins nette et distincte.

On nous accusera peut-être de nous être attardé, d'avoir fait en Sardaigne un trop long séjour. Sans doute nous n'y avons pas rencontré d'oeuvres d'art qui puissent plaire à l'amateur du beau. Les bâtiments n'y rachètent point par l'élégance de l'ornement la lourdeur de leurs proportions et l'uniformité monotone de leur plan ; ils sont dépourvus de toute décoration. Quant aux statuettes, leur facture est d'une rudesse qui va souvent jusqu'à la laideur et à la difformité. Ce qui cependant fait l'intérêt de cet épisode, ce qui nous a décidé à ne point le passer sous silence, c'est qu'il permet d'apprécier les résultats d'une expérience qui ne s'est faite nulle part ailleurs dans les mêmes conditions. La suite de cette histoire nous conduira chez des peuples qui, comme les Étrusques et les Latins, ont eu les Grecs pour initiateurs et pour maîtres ; nous verrons ce qu'ils ont appris à cette

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CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE LA CIVILISATION SARDE^ it7

école, quelles ressources ils y' ont trouvées pour développer leurs facultés d'invention e(de réflexion. En attendant, il. était curieux de rencontrer et d'étudier un peuple dont toute l'éducation se fût faite par les seuls Phéniciens; c'est le cas pour les Sardes. Pendant cinq ou six siècles, ils n'ont eu de relations avec le monde civilisé que par l'intermédiaire d'abord des marchands tyriens, puis des colons carthaginois, de ces citadins dé Tharros et de Sulcis chez lesquels ils s'approvi-^ sionnaient, de ces recruteurs puniques qui les enrôlaient dans les armées des Asdrubal et des Hannibal. Tou£ ce qui chez les Sardes rappelle, même de loin, l'appareil et les usages de la vie policée, c'est à cette source qu'ils l'ont puisé ; ils en ont tiré les faibles rudiments de leur industrie naissante et les quelques moyens d'expression qu'ils se sont appropriés.

Avons-nous d'ailleurs des raisons sérieuses de croire que les tri-» bus sardes aient été, par nature, tout particulièrement rebelles à la civilisation? Appartenaient-elles à une race que sa constitution' physique et morale aurait condamnée à ne jamais s'élever, quelles que fussent les circonstances, au-dessus des éléments? Est-il même prouvé qu'il existe des races sur lesquelles pèse cette espèce de malédiction? Plus on approfondit l'histoire, soit dans le passé, soit dans le présent, moins on se résigne à admettre qu'il y ait un seul sentiment, une seule idée, une seule solution du problème de la destinée humaine dont les Aryens, comme nous disons, aient eu le monopole. Nous ne savons pas de quelle race étaient les Sardes; mais serons-nous embarrassés pour trouver et pour citer des civilisations très avancées et très brillantes qui se sont développées chez des peuples que nous ne pouvons» ai de près ni de loin, rattacher à la famille aryenne? N'y a-t-il pas dans l'antiquité l'Egypte et la Chaldée? Ne voyons-nous pas encore fleurir sous nos yeux le Japon, et cette Chine immense et populeuse à laquelle nous avons été si maladroitement nous heurter ?

Si les Sardes en sont restés à un degré de culture très inférieur, c'est donc moins leur faute que celle de leurs patrons. Par l'observation directe, nous étions arrivés à donner une définition du peuple phénicien et de son génie particulier ; voulions-nous ensuite contrôler les idées que nous avions exposées à ce sujet et faire, pour ainsi dire, la preuve de l'opération^ nous ne pouvions, pour y réussir, prendre une meilleure voie que celle qui nous était ouverte par les recherches et les trouvailles que nous avons essayé de résumer dans ce chapitre. Cette enquête nous permet de juger en dernier ressort la civilisation phéni-

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cienne, d^en constater les lacunes, de bien montrer ce qui lui manquait pour.remplir jusqu'au bout, dans toute sa grandeur, ce rôle d'éducatrice des tribus barbares auquel semblait la prédestiner son activité prodigieuse et ce don d'ubiquité qui la caractérise. Tant vaut Félève, tant vaut le maître : si le disciple ne dépasse point les éléments, s'il cesse bientôt d'être en progrès, ce peut être, jusqu'à un certain point, la faute de son esprit; mais c'est plus souvent, et dans une plus large mesure, que le maître est médiocre, qu'il ne possède pas les hautes parties de la science et du goût. Par l'exemple des Sardes, on devine où se serait arrêté le monde ancien, si Tyr et Carthage étaient restées seules maîtresses de la Méditerranée, si les Grecs n'étaient pas entrés en scène, vers lé huitième siècle avant notre ère, s'ils n'étaient pas venus prendre la suite des affaires de la Phénicie et proposer aux riverains de la Méditerranée les fictions merveilleuses de leur poésie, les nobles types de leurs dieux, les modèles d'un art qui s'émancipait rapidement et, d'année en année, devenait plus capable de traduire ses idées en belles formes expressives et heureusement choisies.

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