DESCRIPTION DU MONT MORIA
terrasses et dont la crête les dépasse, le Haram forme donc un tout homogène et parfaitement défini. Malgré les révolutions politiques et religieuses dont le contre-coup s'est fait sentir ici avec tant de violence, malgré la brutalité avec laquelle le fanatisme s'est acharné, plus d'une fois, à forcer les portes de cette enceinte, à en détruire les remparts, à démolir jusqu'à la dernière pierre les édifices qu'elle renfermait, les grandes lignes de cet ensemble n'ont été que très légèrement modifiées depuis le commencement de notre ère, depuis le temps où Hérode agrandit le plateau pour y trouver la place d'un temple qui fût plus magnifique et plus vaste que ne l'avaient été ses prédécesseurs, les temples de Salomon et de Zorobabel. A partir de ce jour, le périmètre de ce socle colossal n'a pour ainsi dire plus varié : la large base artificielle n'a point été remuée dans ses profondeurs; aucun des angles n'a été écorné, aucune des faces n'a été entamée. Juifs et Assyriens, Grecs et Romains ont tour à tour couvert ici le sol de ruines et rebâti sur des débris; mais les murs qui soutiennent les terrasses n'ont été ni reculés ni avancés; ils embrassent aujourd'hui l'espace qu'ils embrassaient autrefois, lorsque Titus, du haut de la Montagne des Oliviers, promenait ses regards, avec un mélange de crainte et d'admiration, sur les somptueux édifices qui couvraient le mont Moria, sur les ravins profonds et sur les puissants remparts qui faisaient de cet auguste sanctuaire la plus redoutable des forteresses*.
Ces murs,* tant de fois battus en brèche et tant de fois relevés, n'ont pas pu ne point garder la trace de tous ces assauts et de toutes ces réparations. Après chacune de ces crises, quand le peuple et la religion qui venaient de triompher s'emparaient du Moria pour y dresser un autel à leur dieu sur cet emplacement déjà consacré par tant de souvenirs, les assises restées en place servaient de base à la nouvelle muraille que l'on se hâtait de construire afin d'isoler l'enceinte, de pouvoir la fermer et la défendre. Du pied à la cçête du mur, on voit se succéder des lits de maçonnerie, que l'œil d'un connaisseur distingue à la dimension des matériaux et à la façon qu'ils ont reçue ; ces lits se superposent dans un ordre constant, comme dans les profondeurs du sol les couches stratifiées des terrains qui se sont formés successivement. La hauteur de ces tranches varie suivant les lieux; mais il est bien peu de points du périmètre où chacune ne soit au moins représentée par quelques pierres. L'âge relatif de chaque bande est indiqué par la