‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 127 sur 440 · Id., Ant jud., XV, xi · texte numérisé non relu

Id., Ant jud., XV, xi

mait Josèphe : « Le roi Salomon, dit-il, qui a bâti le temple, a construit aussi le mur du côté de l'orient et , sur la terrasse , un portique * . » Ailleurs il raconte comment, après l'achèvement du temple, le peuple, craignant les désordres qui pourraient naître du fait des dix-huit mille ouvriers qui allaient se trouver inoccupés, demanda au roi Agrippa de faire démolir le portique et le mur de Salomon, qu'Hérode avait respectés ; Agrippa refusa, par la pensée que ce mur, qui dominait la vallée, était un travail énorme, qu'il serait plus aisé de démolir que de refaire2. Il préféra donc employer les ouvriers à parer la ville, et le mur oriental, avec le portique qui le surmontait, fut conservé jusqu'à la destruction par Titus de tous les édifices du Moria.

Là où nous devrions trouver ce mur de Salomon, rien ne se voit plus guère, au-dessus du sol, que de la construction arabe. Il y a pourtant, près de la porte] Dorée, quelques gros blocs qui affleurent et qui pourraient appartenir au mur salomonien; ils sont d'une taille très rustique. Quant à la partie du mur qui est cachée en terre et qui doit descendre très bas, les explorateurs anglais n'ont pu l'examiner; ils ont été arrêtés par la nature du terrain et par la présence de nombreuses tombes musulmanes sur ce versant de la vallée du Cédron. Jusqu'à nouvel ordre, nous pouvons donc dire que nous ne connaissons pas, d'une manière certaine, le type de l'appareil salomonien. On ne saurait le chercher dans ces blocs, très voisins du roc, où la saillie du bossage rustique va parfois jusqu'à former une sorte de queue; cet appareil se rencontre à l'angle nord-est et à l'angle sud-ouest; or on a de bonnes raisons d'assigner à Hérode ces deux parties de l'enceinte.

Il n'y a pas, dans tout le domaine de la civilisation antique, un seul site célèbre où les moindres traces du passé aient été recherchées avec autant de passion qu'à Jérusalem. Chez les explorateurs, la curiosité de l'archéologue s'est souvent doublée de la piété du croyant; c'est celle-ci surtout qui a permis de réunir les ressources que différentes sociétés allemandes, américaines et anglaises ont consacrées à des recherches en Terre Sainte. Sans l'intérêt que le public anglais porte à tout ce qui, de près ou de loin, se rattache aux études bibliques, jamais on n'aurait eu l'idée d'entreprendre des fouilles aussi dispendieuses, aussi laborieuses, aussi dangereuses que celles de MM. Warren et Wilson. Malgré tant de risques courus et de peines prises, c'est vraiment bien peu de chose que ce qui a été retrouvé de la Jérusalem

J. Josèphe, Gueire des Juifs, V, v, 1. I. W., Ant. jud.t XX, îx, 7.

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antérieure à l'exil, de la Jérusalem des rois et des grands prophètes. Les seuls ouvrages que nous puissions citer sans l'ombre d'un doute comme ayant ce caractère, ce sont les travaux exécutés dans le roc, le canal souterrain qui passe sous le mont Moria et le canal voûté qui le continue dans le fond du ravin ; il est vraisemblable aussi que les voussoirs du premier pont jeté sur le Tyropœon, que quelques-unes des citernes du Haram, et particulièrement celle de la Sakra, remontent jusqu'à cette époque; peut-être enfin avons-nous dans les deux jambages de la porte dorée un débris de l'œuvre de Salomon, qui aurait échappé comme par miracle au naufrage où tout le reste a péri.

L'enquête que nous avons ouverte était nécessaire, et elle exigeait cette précision, cette minutie même des détails qui l'a rendue si longue. 11 importait de faire justice d'une théorie qui a dû un moment de succès au talent et à l'intrépide assurance de son auteur, à la verve avec laquelle il mêlait à de fines et pénétrantes remarques les affirmations les plus gratuites, les erreurs les plus étranges. Si nous n'avions montré par cet exemple quelles illusions s'est faites Saulcy, quelles idées fausses il a soutenues à propos du temple, nous aurions dû donner de bien autres proportions à ce livre, dans lequel nous étudions le premier art juif, celui qui ne relève que des civilisations purement orientales; nous aurions eu à y faire entrer des monuments qui, comme les tombeaux dits A'Absalom et de Zacharie, dans la vallée du Cédron, comme le Qbour-el-Molouk, au nord de Jérusalem, datent certainement de temps qui touchent de près à l'ère chrétienne. Nous savons maintenant quel cas nous devons faire des assertions d'un archéologue qui vieillit systématiquement, de quelques huit ou neuf siècles, tous les monuments antiques de Jérusalem ; quand nous en viendrons à écrire l'histoire de la décadence et de la diffusion du style grec, nous n'aurons pas à insister longuement pour prouver que la porte Dorée n'est pas, comme l'a cru Saulcy, l'œuvre d'Hérode, mais qu'elle présente tous les caractères de l'architecture et de la décoration byzantines1.

Les résultats auxquels nous a conduits cette discussion ne sont pas d'ailleurs purement négatifs ; nous avons gagné à cette recherche de nous représenter exactement les proportions relatives des trois temples qui se sont succédé sur cette plate-forme, et de savoir où il faut en chercher sinon les ruines, tout au moins la place. Celle-ci a été consacrée par une tradition qui, pendant dix siècles, n'a jamais été brisée,

1. La démonstration a été faite, de manière à emporter la conviction de tout esprit non prévenu, par M. de VogCé {le Temple, pp. 65*68).

si bien qu'il finit par sembler impossible et sacrilège de sacrifier à Iahvé ailleurs qu'en ce lieu ; à partir du jour où l'autel des holocaustes aura été renversé pour jamais, il ne se relèvera point ailleurs; les Juifs n'auront plus de temples où coule le sang des victimes; ils n'auront plus que la synagogue, où l'on ne se réunit que pour lire la parole divine et prier de compagnie;

C'est sous David que le bruit d'une apparition miraculeuse, éclatant au milieu d'un peuple qu'agitaient les terreurs d'une cruelle épidémie, avait tourné les yeux des habitants de Jérusalem vers le mamelori qui formait le sommet naturel" du mont Moria et qui, portant à sa cime l'aire d'Oman, se trouvait dominer là ville. David avait acquis ce terrain de son propriétaire, et le sacrifice solennel qu'il y offrit avait commencé d'imprimer à ce haut lieu ce cachet de sainteté qui le fit choisir par Sàlomon pour y poser les fondements de son temple ; une fois ceux-ci mariés au roc, l'emplacement de la demeure de Iahvé était fixé pour toujours; Quand l'auguste édifice, trois fois reconstruit au même endroit* fut tombé pour ne plus se relever, les Juifs vaincus et navrés savaient en retrouver le site sous les immondices qu'y avait accumulés la haine de leurs ennemis1. Ce site, auquel s'attache le souvenir de tant de hautes pensées et de luttes passionnées, c'est aujourd'hui la science qui le recherche, non sans émotion, la science qui, elle aussi, a sa piété; lorsqu'elle entreprend de le montrer du doigt, sur les plans qu'elle a dressés de la plate-forme du Haram, c'est à peine si elle peut se tromper de quelques mètres2. Il est difficile de croire que la roche aiguë de la Salera ait été comprise dans l'ancien sanctuaire, dont elle aurait dérangé l'^éonomie ; si, comme on serait tenté de le croire, la Sakra marque l'emplacement de la citerne atte-

1. Voir le récit d'un historien arabe, Kemal-ed-Din (de Vogué, le Temple, p. 73).

2. On satisferait ainsi à l'une des indications d'un texte rabbi nique (Middoth, n, J, signalé par M. de Vogué, le Temple, p. 21 et note 6). D'après ce texte, le temple aurait été plus près du nord que du sud de l'enceinte» plus rapproché de la face occidentale que de l'orientale. Sur cette dernière donnée, il ne peut y avoir de discussion ; placés au sommet des pentes qui dominent les deux ravins du Tyropœon et du Cédron, les deux mars de l'ouest et de l'est marquent une limite très exactement définie ; mais il n'en est pas de même pour la face nord ; avec le développement qu'avait pris, sous les Asmonéens et surtout sous Hérode, la grande forteresse construite de ce côté, il est difficile de savoir Oj hauteur juif faisait commencer, de ce côté, l'enceinte propre du temple. La Koubbet i k peu près à égale distance des faces nord et sud de l'enceinte actuelle; mais, si l'on

Citait en dehors de celle-ci le terrain que devait occuper, au nord, la tour Antonia, la fosubbet serait plus près du nord que du sud de la nouvelle enceinte ainsi déterminée; ««.lors la position que nous proposons pour le temple répondrait bien aux conditions

posées par le texte en question.

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