‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 129 sur 440 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

LES DOCUMENTS A CONSULTER ET LA MÉTHODE A SUIVRE POUR ESSAYER UNE RESTAURATION DU TEMPLE

Les résultats des recherches qui précèdent n'ont pas été purement négatifs. L'histoire nous avait appris à quels besoins religieux répondait le temple; par l'étude du terrain et par celle des ruines, des constructions apparentes et des substructions cachées dans l'épaisseur du sol, nous avons défini le site de cet édifice. Non seulement nous savons que le temple s'élevait sur la colline que nous avons appelée le Moria, mais encore nous pouvons indiquer la place qu'il y occupait. Si nous n'avons pas retrouvé, si nous ne saurions montrer une seule pierre de laquelle on puisse dire avec certitude ou même avec vraisemblance qu'elle a appartenu à l'une des trois « maisons de Iahvé » qui se sont succédé en cet endroit, au moins sommes-nous arrivé à nous faire une idée très claire de l'assiette des bâtiments, des travaux exécutés dans le roc, des galeries voûtées, des énormes remblais et des puissants murs de soutènement au moyen desquels on avait créé les terrasses artificielles qui portaient le palais de Salomon, le temple et ses dépendances. Nous savons ainsi en quel lieu et sur quels fondements nous devrons poser le monument que nous nous proposons de reconstruire: mais l'enquête minutieuse que nous avons ouverte ne nous a pas donné les dimensions et les dispositions de l'édifice, elle ne nous en a pas révélé le style et l'aspect. Il faut donc nous tourner d'un autre côté ; les éléments nécessaires de cette restauration, nous les demanderons surtout aux textes anciens, aux documents écrits. De ces documents, les plus authentiques et les plus précis se trouvent dans la Bible, dans quelques-uns des livres de l'Ancien Testament.

Pour le temple de Salomon, le texte fondamental, celui qui a le caractère le plus franchement historique, se trouve dans le Livre Ier des Bois, chapitres v à vin* C'est une description circonstanciée du sanc-

220 LA JUDEE.

tuaire et de son mobilier. Ce livre ne paratt avoir reçu sa forme actuelle qu'en Babylonie, vers le milieu du sixième siècle1; mais il contient beaucoup de parties visiblement antérieures à l'exil, et la description que nous aurons tant d occasions de citer, si elle n'est pas contemporaine de Salomon, a certainement été écrite quand son temple était encore debout". Le dernier rédacteur y a inséré tout le long sermon que le fils de David est censé avoir prononcé lors de la consécration du sanctuaire3; c'est à lui que l'on doit aussi le récit du rêve du jeune roi4; mais nous n'avons aucune raison de révoquer en doute l'exactitude de l'espèce d'inventaire qui est ici dressé des objets que contient l'édifice ; nous pouvons avoir confiance dans les mesures qui y sont indiquées, dans les renseignements que l'on y trouve sur la distribution intérieure du temple et sur les ornements qui le décorent. Le malheur, c'est que tout ce passage renferme de nombreuses expressions techniques, dont plusieurs ne reviennent nulle part ailleurs dans les livres hébraïques et, par suite, présentent de réelles difficultés d'interprétation; l'auteur fait preuve d'une singulière maladresse dans l'effort qu'il tente pour donner une idée des meubles de bronze exécutés par Hirçim 5. De son temps, l'éducation de l'œil, chez les Juifs, était encore si peu

4. Stade, Geschichte, t. I, pp. 73-79; Th. Nôldeke, Histoire littéraire de V Ancien Testament, traduite de l'allemand par MM. H. Derenbourg et J. Soury (4873, in-8) , pp. 75-78.

% Stade (Geschichte, t. 1, p. 343) incline à croire que cette description a été rédigée environ deux cents ans après le règne de Salomon. Ce qui le conduit à cette idée, c'est que le temple occupe ici bien plus de place et est décrit avec une bien autre précision que le palais; or, d'après les indications mêmes que renferme ce texte, le palais devait couvrir un beaucoup plus grand espace de terrain que le temple, et Salomon y avait déployé un luxe bien plus éblouissant que dans cet étroit sanctuaire. Si le palais est ici rejeté au second plan, c'est, d'une part, que la décadence de la royauté judaïque et le pillage de Jérusalem par les Égyptiens (I Rois, xiv, 25), puis par un roi d'Israël {Il Rois, xiv, 11-14) avaient pu amener la destruction d'une grande partie des salles somptueuses que Salomon avait bâties ; c'est, d'autre part, c'est surtout qu'au temps où ces chapitres ont été rédigés le temple avait pris, dans la vie morale et religieuse du peuple juif, une tout autre importance que le palais, et le rédacteur a dû marquer d'autant plus ce contraste que, selon toute apparence, c'était un prêtre, qui ne pénétrait guère dans l'intérieur du palais, tandis qu'il connaissait familièrement tout le mobilier de ce sanctuaire où s'écoulait sa vie. D'un autre côté, cet annaliste écrivait avant le moment où se sont produites les invasions assyriennes; ce qui le prouve, c'est qu'il a encore vu en place des meubles de bronze, que la misère des temps força de fondre, lorsque Achaz voulut se concilier par des présents la faveur de Teglath-Phalasar, la mer d? airain et les vases qui roulaient sur des trains (II Rois} xvi, 47-18). On se trouvé amené ainsi à proposer, comme date de la composition de cette portion du texte, le neuvième siècle ou la première partie du huitième.

Page 1