I Rois, vi
dans une restauration du temple des rois de Juda, les formes que donnent des monuments d'un âge très postérieur, les feuilles et les fruits gravés sur des pièces contemporaines des Séleucides et des empereurs romains (fig. 154-158), les rinceaux qui décorent les cuves de pierre, tirées du prétendu Tombeau des rois, que possède aujourd'hui
159. — Fragment d'un couvercle de sarcophage provenant des Qbour-el-Motouk. De Saulcy, Voyage autour de la mer Morte, atlas, pi. XXXII.
le Louvre (fig. 159). Si, sur ces médailles comme sur ces sarcophages, le choix des motifs est dicté par un scrupule de conscience et par une prescription religieuse, le faire des ornements s'y ressent des exemples et de l'influence du style grec, qui, depuis la conquête macédonienne, a commencé à prévaloir en Syrie. Dans les frises du temple salomonien, la plante, envisagée sous ses différents aspects, ne devait pas être rendue avec cette liberté, avec cette élégance qui n'exclut pas la fidélité
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de la copie. L'exécution était bien plus conventionnelle ; on se représente volontiers ici quelque chose d'analogue à ces bouquets de fleurs alternativement épanouies et fermées, à ces feuillages traités d'une manière systématique, que nous avons rencontrés si souvent dans les monuments orientaux. Comme l'ouvrier qui, dans les ateliers de Tyr et de Sidon, ciselait les coupes de métal, le sculpteur sur bois qui avait décoré la maison de Iahvé s'était sans doute bien plus inspiré de la tradition que de la nature ; celle-ci n'intéressait pas un art déjà vieilli et tout à la routine, comme l'était celui de la Phénicie. C'est plus tard que naîtra Y art judaïque, comme on l'appelle quelquefois, celui dont relèvent ces monnaies, ces hypogées, ces sarcophages auxquels nous avons fait allusion. Lorsque, à Jérusalem, l'ornemaniste se verra enfermé, par un préjugé impérieux, dans le cercle étroit de la décoration végétale, il sera forcé d'étudier de plus près la flore indigène, et celle-ci lui fournira des éléments très variés qui, malgré la précision un peu sèche de son ciseau, donneront à maints de ces ouvrages un aspect assez riche et très particulier, on peut même dire quelque beauté.
Sous les premiers rois de Juda, c'était à peine si les Juifs commençaient à se distinguer de leurs voisins par le caractère spécial de leurs croyances ; celles-ci n'avaient pas encore abouti à ce rigorisme ennemi des images qui trouvera son expression plastique dans le style national dont nous venons de définir l'esprit. Aucune école locale n'avait encore pu se former ; c'était la pure technique phénicienne que Salomon importait à Jérusalem, dans ses constructions du Moria, et personne n'y trouvait à redire. On remarque ici l'emploi constant de l'un des procédés dont cette industrie tirait le plus grand parti ; dans la décoration du temple, l'ouvrier avait prodigué des applications de métal qui lui donnaient d'heureux effets de couleur ; il avait couvert de feuilles d'or, fixées par des clous, les principaux de ses ornements, les palmiers, par exemple, et les keroûbs; ceux-ci se détachaient ainsi en clair sur le brun jaune des lambris de cèdre1. A en croire la description, le parquet même, tout en cyprès, était doré* ; il est vraisemblable que cette dorure n'était que partielle ; peut-être un filet d'or cachait-il les joints ; d'ailleurs des tapis, étendus sur le sol là où passaient les prêtres et les gens
1. I Rois, vi, 28 : « Et il revêtit d'or les keroûbs. » De même, à propos des battants de la porte (v. 32) : « il y fît sculpter des figures de keroûbs, de palmiers et de fleurs, et les revêtit d'or, en mettant l'or sur les keroûbs et sur les palmiers. » Voir encore v. 35.