COLONNE DE BRONZE DU TEMPLE
D Af^ ES LES DESCRIPTIONS BIBLIQUES RESTITUTION PAR CM CHIPIEZ
Nil1 (fîg. 164). Or, on ne s'en est pas assez souvenu, la Phénicie, tout en ayant beaucoup pris à ses voisines, ne se confond pourtant ni avec la Chaldée ni avec l'Egypte; ici, comme dans le plan et l'élévation du temple, il devait y avoir et nous sommes tenus de chercher autre chose qu'à Karnak et à Louqsor. C'est là une réserve préjudicielle, d'un caractère tout général; dès que l'on entre dans le détail, on y rencontre matière à des objections plus précises et plus décisives. Il faut beaucoup de bonne volonté pour trouver à ce chapiteau une ressemblance même lointaine
avec la fleur de lis ou avec celle du nénufar. Dans l'une et dans l'autre, la corolle se partage en pétales plus ou moins profondément découpés, dont il n'y a pas trace dans le rebord uni et circulaire qui surmonte et termine la corbeille; il n'y a rien là qui réponde à ces faces ou côtés, comme on voudra les appeler, desquels le texte fait une mention si formelle. D'ailleurs on est ainsi conduit à ne voir dans la parlie bombée qu'un tore interposé entre le chapiteau proprement dit et le fût; c'est sur ce tore que l'on étend le treillis, sur une moulure où il ne peut avoir qu'un développement assez restreint et une importance médiocre, ce qui ne parait pas en rapport avec l'insistance que met l'annaliste à signaler cet ornement. Voici enfin une dernière difficulté : tout ample qu'on le suppose, le tore ne saurait avoir un diamètre très supérieur à celui du fût. Placé à la base du chapiteau, il en occupe la partie la moins large, et, par un nécessaire effet de cette disposition, la ligne circulaire sur laquelle sont rangées les grenades n'est pas beaucoup plus développée que celle qui nous est donnée comme la circonférence du fût; c'est çpeiene si elle la dépasse d'une coudée. Les 100 grenades, en admettant même
16i. — Le chapiteau des colonnes de bronze, d'après De Vogué.
\ . De Vogué, le Temple, pi. XIV.
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qu'elles se touchent, n'ont donc chacune guère plus de 6 centimètres, dans leur plus grande largeur; à la hauteur où elles sont placées, à 10 mètres et plus au-dessus du sol, l'aspect de l'ensemble du motif doit être à peu prè£ celui d'une de ces baguettes de perles qui tournent autour du gorgerin de la colonne ionique. Supposez ces ornements exécutés et disposés comme ils le sont sur toute la rondeur du cercle, on ne trouve aucun point de repère. Toutes les perles sont pareilles, et par là même elles se confondent pour l'œil ; celui-ci ne saurait où commencer et où finir son calcul.
Au contraire, le type créé par M. Chipiez ne prête à aucune de ces critiques. Ce qui lui en a suggéré l'idée, c'est surtout un chapiteau, de forme sphéroïdale, que nous avons rencontré en Assyrie et sur lequel nous avons appelé alors l'attention1 ; ce sont les deux zones d'ornements géométriques et curvilignes qui décorent ce chapiteau, semblables à des festons dont les mouvements se contrarieraient. Tel que nous le restituons, le chapiteau de nos colonnes de bronze a bien cette forme bombée, ce ventre que lui attribue l'auteur des Bois; en même temps, grâce aux brisures de la ligne que décrit son contour supérieur, il offre, à son sommet, l'apparence d'une fleur largement ouverte, d'une fleur à quatre pétales3. Ceux-ci, par leurs échancrures, dessinent les faces dont il est question dans Jérémie, faces symétriques entre lesquelles il est dès lors facile de partager les 96 grenades de chaque rangée; dans chacun des angles qui se creusent entre les pétales, on place une grenade complémentaire, plus grosse que les autres; située au point d'intersection, celle-ci sert à mieux accuser les divisions de la corolle* Cet arrangement a encore un autre avantage : la ligne brisée étant nécessairement plus longue que celle qui ne Test pas, on se trouve avoir ainsi, pour y répartir les grenades, une surface plus grande que celle qui serait donnée par toute autre combinaison, et, par suite, on peut donner à tous ces corps un plus fort volume; le détail en devient ainsi plus visible, malgré l'élévation
i. Histoire de VArt> t. II, pp. 217 et 223, fig. 74.