La mer d'airain, restitution de Mangeant
rain, mot h mot, mer fondue. Nous en avons une description assez précise, qui permet d'en donner une restitution très vraisemblable (fig. 172)1. C'était un de ces vastes réservoirs qui avaient leur place marquée dans le péribole de tout temple sémitique et que nous con-
1. / Rois, vu, 23-26. Les images que nous présentons de la Mer d'airain, des Trains mobiles et de Y Autel des holocaustes (fig. 172, 173 et 174) ont été composées par un architecte, esprit curieux et habile dessinateur, feu Mangeant, qui avait entrepris une restitution générale du temple de Salomon. Nous nous sommes fait du temple et de ses bâtiments une idée qui diffère de celle où l'avaient conduit ses recherches ; mais nous avons voulu du moins conserver ici un souvenir de ce travail intéressant; sa veuve et son fils, lui même peintre distingué, nous ont permis de reproduire les restaurations qu'il avait tentées des principaux ouvrages d'Hiram. M. Chipiez, s'il les avait exécutées lui-même, n'aurait peut-être pas, surtout pour l'autel, pris partout les mêmes partis; pourtant, dans l'ensemble, ces restitutions nous ont paru meilleures que celles qui avaient été présentées, plus conformes aux textes et au caractère de l'art phénicien. On trouvera le nom de Mangeant au bas de beaucoup des planches de la Mission de Phénicie; l'artiste avait ainsi acquis de ce style une connaissance pratique qui lui a beaucoup profité.
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naissons par le vase cTAmathonte* ; mais l'ouvrage d'Hiram l'emportait sur la cuve cypriote et par sa matière et par ses dimensions. Au lieu d'avoir été taillé, sur place, dans un bloc d'un calcaire assez grossier, il avait été coulé en bronze et transporté sur la colline du temple. Il avait 5 coudées de haut (2UI,625) et 10 coudées (3m,25) d'un bord à l'autre. Sa circonférence, autour de l'orifice, était de 30 coudées2. Le bord, semblable à celui d'une coupe, se repliait à l'extérieur en manière de corolle, comme celui d'une large campanule. Deux rangées de coloquintes décoraient extérieurement la partie supérieure de la cuve, « au-dessous du bord »; mais, ainsi qu'a soin de le faire remarquer l'écrivain, ces ornements n'étaient pas, comme plusieurs au moins des grenades du chapiteau, travaillés à part; ils avaient été coulés avec le corps même du vaisseau, sur lequel ils ressortaient en une double frise. La plaque de bronze avait ici la même épaisseur que dans les colonnes, un palme ou le sixième d'une coudée (O^OSô).
Pour supports, la vasque avait douze figures de bœufs, elles aussi en fonte d'airain. Ces figures étaient groupées trois par trois, et chacun de ces groupes regardait un des quatre points cardinaux. Les croupes soutenaient le bassin; les têtes, franchement dégagées, se projetaient hardiment en avant. Les bœufs étaient certainement plus grands que nature; autrement, ils n'auraient pas paru capables de soutenir le poids d'un vase qui avait 2m,50 et plus de haut, qui contenait, d'après les calculs les plus modérés, au moins 400 hectolitres3. L'œil du spectateur aurait eu le sentiment d'une réelle disproportion. Quant au mouvement de ces figures, il y a lieu de se le représenter comme aussi simple que possible; dans chacun des groupes, les corps et les têtes devaient être parallèles. On leur a donné, dans certaines restitutions, des attitudes compliquées et divergentes qui ne sont pas dans l'esprit d'un art encore naïf, préoccupé surtout des effets d'ensemble*. On s'est aussi demandé quelle était la forme de la cuve, hémisphérique, comme dans le vase d'Amathonle, ou cylindrique; nous avons préféré
i. Histoire de l'Art, t. III, pp. 280-281 et fig. 211.
2. Comme le remarque Reuss, ces chiffres ne sont pas tout à fait exacts. Un diamètre île 40 coudées en donne 31,40 à la circonférence et une circonférence de 30 coudées n'en donne que 9,55 au diamètre. On s'est contenté d'une approximation en chiffres ronds.
3. Deux mille bats (v. 25). On évalue approximativement le bat à 20 litres; mais, selon d'autres, il aurait eu plus du double.
4. Nous faisons ici allusion à la figure que l'on trouvera dans l'ouvrage de Stade (Gcschichte, t. 1, p. 330).
cette dernière disposition ; elle semble assurer au vaisseau une plus ferme assiette1. Autre question, à laquelle nous ne saurions répondre : comment remplissait-on ce vaste réservoir? Venait-on y verser, avec des seaux, l'eau puisée dans les amples citernes que renfermait le sous-sol de l'enclos sacré? Ou bien y avait-il un système de conduits mobiles qui permettait, en temps de pluie, de diriger vers la mer d'airain les eaux qui s'abattaient sur les terrasses inclinées des bâtiments voisins? Quoi qu'il en soit, des robinets avaient été certainement ménagés, comme nous l'avons indiqué, vers le bas de la cuvette; ils permettaient de venir à toute heure chercher ici l'eau que l'on employait en si grande quantité, dans les cérémonies du culte, pour les ablutions des prêtres et pour le lavage de la chair des victimes2. On a quelquefois supposé qu'il y avait dans le parvis des prêtres, sous le roc qui portait l'autel, une source d'eau vive qui aurait approvisionné le temple3. C'est, a-t-on dit, cette source souterraine qui, dans la vision d'Ézéchiel, s'enfle et grossit jusqu'à devenir un fleuve qui arrose tout le pays4; on a allégué aussi le témoignage d'auteurs païens qui paraissent croire qu'il y avait, dans l'enclos du sanctuaire, des eaux jaillissantes5; mais ce que ces écrivains en disent, sans rien préciser, peut très bien s'appliquer à ces eaux qu'un aqueduc amenait des environs de Bethléhem, des réservoirs connus sous le nom de vasques de Salomon. Une des branches de cet aqueduc, celle qu'on appelle Y aqueduc supérieur, alimente encore aujourd'hui les fontaines du Haram. Il n'est pas probable que ces travaux remontent jusqu'aux rois de Juda; mais, exécutés soit par les Asmonéens, soit par Hérode, ils avaient assuré l'approvisionnement du temple bien avant le temps auquel appartiennent les documents qu'on invoque à l'appui de cette
1. Il est d'ailleurs possible que, pour donner au récipient un point d'appui central, on ait placé au milieu de l'espace qu'il couvrait, entre les croupes des taureaux, un bâti que celles-ci dissimulaient presque entièrement au regard. Dans l'intérieur des taureaux, faits de fonte creuse, il devait y avoir une armature de bronze ou de fer, de fortes tiges métalliques sur lesquelles portait réellement la charge de tout ce poids de métal et d'eau.