‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 207 sur 440 · L'ARCHITECTURE, LA SCULPTURE ET LES ARTS INDUSTRIELS · texte numérisé non relu

L'ARCHITECTURE, LA SCULPTURE ET LES ARTS INDUSTRIELS

Les rois de Juda, ces descendants de David qui construisirent et agrandirent le temple, avaient, sur le Moria, leurs tombes et leurs palais; il y a donc eu, chez les Israélites, une architecture funéraire et une architecture civile. Le temple de Jérusalem ne représente pas, à lui tout seul, l'architecture religieuse; avant qu'il fût bâti comme après sa construction, les Hébreux eurent d'autres lieux de culte, dont il importe de définir le caractère et d'étudier la disposition. Tous ces édifices reçurent une décoration quelconque, dont la richesse varia suivant la destination des bâtiments et suivant le siècle où ils furent construits ; on dut y mettre un mobilier qui parût digne de la majesté royale ou de la majesté divine; ils furent habités pat1 des princes et fréquentés par des foules en habits de fête. Les chefs-d'œuvre de la statuaire ont pu y faire défaut; c'est là un luxe rare, que seuls ont su se donner quelques grands peuples, les privilégiés du génie plastique; mais on y a nécessairement pratiqué la sculpture d'ornement, qui paraît dès que l'homme sort de la barbarie. La civilisation qui a créé le temple de Salomon suppose des artisans habiles à tailler la pierre et le bois, à fondre et à ciseler le métal, à marier les tons des plus brillantes étoffes avec ceux de l'or, de l'argent et de l'ivoire. Il y eut là un développement industriel qui mérite d'être étudié avec quelque attention, sinon pour son originalité propre, tout au moins comme émanation, comme forme secondaire et dérivée de l'industrie phénicienne.

§ 1. —l'architecture funéraire

La Syrie est riche en cavernes naturelles, et ces cavernes ont servi de demeures aux premiers habitants du pays. On en a recueilli la preuve

dans maintes grottes où, comme par exemple près du NaAr-el-Kelb, non loin de Beyrout, des instruments de silex, réunis par des filtrations calcaires avec des dents de cerf, de bouquetin, d'ours, de bison et d'une espèce de tigre, forment aujourd'hui une brèche solide. Cette brèche couvre parfois le sol des cavernes jusqu'à un mètre de hauteur. Il vint un moment où l'on abandonna cet abri pour vivre sous la tente ou bâtir des maisons ; mais la grotte resta la demeure des morts. On commença par la prendre telle que l'avait creusée la nature; plus tard la main de l'homme l'agrandit et la régularisa; de plus en plus adroite à manier le pic et le ciseau, elle finit par tailler dans le roc ces chambres sépulcrales que nous avons étudiées en Phénicie. Entre deux inhumalions, on tenait cette tombe fermée au moyen de grosses pierres roulées devant l'entrée.

C'était sans doute une grotte naturelle, cette caverne de Macpélaà Hébron, qu'Abraham acquit, avec le terrain qui l'entourait, comme sépulture de famille1. Peut-être, si l'on pouvait pénétrer dans la crypte située sous la mosquée d'Hébron, retrouverait-on la tombe, avec sa disposition toute primitive, telle que l'a laissée l'antiquité; mais le fanatisme des musulmans qui habitent cette bourgade n'a pas encore permis cette visite du souterrain2.

Ailleurs, et parfois dans le voisinage même de ces caveaux, quelques blocs de rocher, posés l'un sur l'autre, formaient une grotte artificielle. On a signalé de ces dolmens dans toute là région que l'on appela plus tard la Pérée, dans le pays d'Ammon et de Moab, dans celui qu'occupa la tribu de Ruben3. Il y en a qui présentent la disposition curieuse que

4. Genèse, xxm. La grotte devait être à deux chambres ou à deux étages. Macpéla veut dire duplication, de la racine kapal, doubler. Un des rares Européens qui ont pu jeter un coup d'œil sur la crypte d'Hébron, Pierotti, croit pouvoir affirmer qu'il y a en effet deux caveaux, situés à un niveau différent. Voir à ce sujet F. Vigouroux, la Bible et les découvertes modernes en Palestine, en Egypte et en Assyrie,X. 1, p. 507-518 (4 vol. in-18, 4° édition, 1884). Le point de vue strictement traditionnel auquel se place M. l'abbé Vigouroux n'est pas le nôtre; mais, quelque opinion que l'on ait sur ces questions difficiles, on ne saurait lire sans intérêt ce livre où tant de matériaux ont été amassés au prix d'une immense lecture. N'arrivât-on pas aux mêmes conclusions que l'auteur, on apprend beaucoup en sa compagnie, et l'on admire sa curiosité toujours en éveil, sa sincérité, sa parfaite bonne foi.

2. Quand les chrétiens étaient maîtres de la Palestine, la mosquée avait été changée en église; par malheur, les moines, qui étaient alors gardiens de la crypte, n'étaient pas des archéologues. Voir pourtant la très curieuse relation publiée par M. Riant, sous ce titre : Sur l'invention de la sépulture des patriarches, Abraham, Isaac et Jacob, à Hébron, le TSjuin H 19. (Archives de VQrient latin, t. II, 1884, partie I, p. 411-422.)

3. Db Luynes, Voyage d'exploration à la mer Morte, 1. 1, p. 158. Condkr (Claude Reignier). Heth and Moab, explorations in Syria in 1881 and 1882. Londres, Bentley, in-8°, 1883. On

nous avons signalée en Sardaigne dans les Tombes des géants* ; ils appartiennent à la catégorie de ce que Ton a appelé les dolmens troués1. Une grande pierre brute posée à plat forme le sol du tombeau ; deux autres pierres semblables supportent une énorme dalle qui fait saillie aux deux extrémités et sur les grands côtés ; le corridor qu'elles dessinent est fermé à chaque bout par une pierre plus petite, et Tune de ces pierres, le plus souvent celle qui fait face au nord, est percée d'une petite porte, taillée dans la pierre (fig. 177). Quelques-unes des niches sépulcrales pratiquées dans la roche, à A/a-Safat, tout près du monument que nous venons de représenter, sont munies, comme la dalle d'entrée de ces dolmens, d'une ouverture pratiquée au milieu

177. — Dolmen d'Ala-Safat. De Luynes, Voyage d'exploration, t. I, p.135.

d'une sorte de cadre. Dans ces encadrements était peut-être encastrée jadis une porte de bois.

On a voulu voir dans ces sépultures celles des peuples qui auraient précédé dans cette contrée les Hébreux et les tribus sémitiques, Madianites et Moabites, qui leur étaient étroitement apparentées3. Pourquoi remonter si loin, jusqu'à ces races fabuleuses des Anakim et des Réphaim? D'une part l'emploi du ciseau, dans quelques-unes de ces tombes, leur ôte ce caractère tout primitif que l'on prétend y trouver. D'autre part, à ne prendre que ceux mêmes de ces iponuments où la

peut dire que tous les dolmens sont à Test du Jourdain ; ils s'y rencontrent par centaines, tandis que, malgré le soin avec lequel elle a exploré le terrain, la brigade topographique dn Palestine exploration fund n'a trouvé qu'un très petit nombre de ces monuments en Galilée et n'en a pas découvert un seul en Judée (Condkr, Heth and Moab, pp. 242-243). i. Histoire de l'Art, t. IV, p. 57-58.

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