Nouraghe Ortu. Restitution par Ch. Chipiez
jadis de dix chambres (a, b> c, d> f> g> h, ?, k, /), sans compter les petites cellules de la grande chambre centrale (b). 11 avait quatre cours, dont une très petite (c). On y entrait du dehors par quatre portes, et on y circulait au moyen de onze ouvertures intérieures. Sa circonférence était d'environ 148 mètres.
On vient de voir que les grands nouraghes avaient de vraies cours intérieures, comprises entre le massif central et le mur flanqué de tours qui l'entoure à faible distance1 ; on trouve aussi, près de plusieurs nouraghes, les restes, souvent dissimulés sous la terre et les brous-
{. H en est de même dans le nouraghe Ofis (La Marmora, Voyage, p. 79 et pi. XT, plan du rez-de-chaussée), dans le nouraghe Majori (p. 96 et pi. XIV, fig. 2).
LES NOURAGHES. 37
sailles, mais pourtant reconnaissables pour un observateur attentif, de murs extérieurs, en général construits assez grossièrement, qui paraissent avoir limité de vastes enclos dont les nouraghes formaient le milieu1.
Autour des grands nouraghes, on aperçoit très souvent, à Teti par exemple, à Losa (fig. 20) et ailleurs encore, les restes de bâtiments plus petits, que Ton désigne quelquefois, dans les relations et sur les plans, comme de petits nouraghes, comme des nouraghes secondaires. La base présente en effet la même forme circulaire; il semble y avoir pourtant une différence : ces petits bâtiments, de faible diamètre, ne paraissent pas avoir été couverts par une voûte ; ils devaient avoir ou un toit conique en branchages, ou un plafond fait de poutres sur lesquelles était étendue une couche de terre battue; les murs, en pierres de moyenne dimension, ne sont pas inclinés vers l'intérieur : ils sont verticaux2. Ce sont là de simples cabanes, des maisons d'une construction très simple. Les gens du pays les désignent sous le nom de domus.
Rien de plus varié que la position des nouraghes. On les rencontre parfois au milieu de la plaine, plus souvent sur les pentes des montagnes ou au sommet de collines isolées; en tout cas, ils surmontent toujours une éminence plus ou moins sensible, naturelle ou artificielle. Il est fort rare qu'un nouraghe soit tout seul dans un canton, et quand on serait tenté de le croire isolé, presque toujours, en cherchant avec attention, dans le voisinage, on trouvera les restes de quelques autres édifices du même genre, cachés sous les broussailles. D'ordinaire, les nouraghes se présentent par groupes de vingt ou trente, semés dans un espace assez restreint pour que de l'un d'eux on en aperçoive toujours plusieurs autres. Il y a tel de ces ensembles qui est formé de plus de cent nouraghes3.
Après avoir décrit et figuré ces édifices, on se trouve en présence du problème qui s'est posé devant tous les voyageurs et érudits qui se sont occupés de la Sardaigne : h quoi servaient les nouraghes ? à quelle fin ont-ils été bâtis4? La question n'a pas encore été résolue; elle ne le sera peut-être jamais de manière à lever tous les doutes. Quatre hypothèses ont été proposées ; nous les examinerons l'une
\. La Marmora, Voyage, pp. 52, 71, 82, 84, pi. VIII, fig. 2, pi. IX, fig. 21, A, pi. XIT,
2. L'observation est de M. Gouin; il compare ces bâtiments aux cabanes (ovili) qu'habitent encore les bergers de l'île.