II Ibidem, xxm
4. Nous empruntons ici le plan dressé par Stade, quoique, pour le temple, la restitution qu'il indique ne s'accorde pas tout à fait avec notre plan. Ce que nous nous proposons seulement ici, c'est de donner une idée de la place relative des différents bâtiments. Les hauteurs au-dessus du niveau de la mer sont indiquées en pieds anglais. Voici ce que représentent les différentes lettres : a, la maison du Liban; b, perron; c, galerie; d, salle du trône; e, la cour extérieure ;f, la maison d'habitation; g, cour du harem; h, la maison
mier édifice que rencontraient sur leur chemin ceux qui de la cité montaient au palais; c'était là que se réunissaient les chefs de la nation, ceux qui s'apprêtaient à paraître en la présence du roi, là que se préparaient et se formaient les cortèges. On arrivait ensuite à ce pavillon royal où, sous le portique et dans une sorte de salle des pas-perdus, on attendait le moment de paraître, par groupes, devant le roi qui siégeait
Imuuj
211. — Plan de l'ensemble des constructions de Salomon, d'après Stade.
sur son trône. Enfin, au dernier plan, dans une seconde cour, c'était le harem, adossé au temple; de sa demeure, le roi n'avait qu'un pas à faire pour pénétrer dans l'enceinte sacrée, soit qu'il s'y rendît en pompe par la grande porte qui s'ouvrait sur la face orientale, soit qu'il s'y introduisit avec moins de cérémonie par un passage ménagé dans le mur méridional. Dans le seul des palais antiques de l'Orient dont le plan a
de la fille de Pharaon ; /, le temple ; m, l'autel des holocaustes ; n, la cour intérieure du temple ; p, p, p, chemins par lesquels on montait au palais et au temple ; r, r, enceinte actuelle du Haram.
pu être relevé tout entier, dans le palais de Sargon, à Khorsabad, le temple confinait de même au harem ; celui-ci communiquait par un long couloir avec la plate-forme au centre de laquelle s'élevait la zigurat ou tour à étages1.
On ne saurait mesurer ni même évaluer avec une certaine approximation la surface du palais. Vers le nord, il devait s'étendre à peu près jusqu'à l'endroit où se dresse aujourd'hui, sur l'esplanade agrandie par Hérode, la mosquée El-Aksa; on a cru en retrouver quelques restes à l'angle sud-est, engagés dans le mur de soutènement qui limite, de ce côté, le Haram-ech-Chérif*; mais on ignore jusqu'où allaient ces bâtiments dans la direction du sud. Les deux ravins de l'est et de l'ouest sont d'ailleurs bien rapprochés; aussi, comparée à ces palais assyriens qui couvrent chacun plusieurs hectares, la demeure de Salomon n'était qu'une maisonnette. Tout cet ensemble, pavillons, esplanade et enceinte, aurait tenu très au large dans une des cours de Khorsabad. C'était d'ailleurs, en petit, à Jérusalem, la même division qu'à Calach et à Ninive, celle qui est encore de tradition dans toute demeure seigneuriale ou princière de la Turquie, de la Perse et de l'Inde. Outre le sélamlik et le harem, le palais de la royauté juive devait aussi comprendre ce que l'on appelle le khan, c'est-à-dire les communs, logements des domestiques, écuries, magasins. S'il n'en est pas question dans le texte, c'est que ces constructions n'avaient rien de monumental ; rejetées sur les flancs contre le mur d'enceinte, elles n'attiraient pas l'attention.
En revanche, on peut s'étonner de n'avoir pas plus de détails sur le mobilier du palais. Que les objets de prix renfermés dans le harem ne fussent pas connus du public, rien de plus naturel ; mais Hiram-Abi et ses ouvriers phéniciens avaient dû travailler aussi à décorer de leurs beaux ouvrages la maison du Liban et la salle d'audience ; si l'historiographe ne parle point des meubles que renfermaient ces pièces où le public avait pourtant accès, c'est que, par éducation et par profession, il s'intéressait surtout au temple et à ses trésors. 11 n'a dérogé qu'une fois à la règle qu'il semble s'être tracée : le seul meuble du palais dont il fasse mention, c'est le trône qui ornait la salle dite du jugement. Voici en quels termes il le décrit :
i. Histoire de l'Art, t. III, p. 436 et fig. 196.
2. De Saulcy, Voyage autour de la mer Morte, t. II, pp. 201-202 et pi. xxiir, fig. A et B; Warren, dans The Recovery of Jérusalem, p. 324, et Plans, élévations and sections, pi. xix. Il y a là une double fenêtre qui parait avoir supporté un balcon faisant saillie sur le mur; mais, avec ce que nous savons des travaux d'Hérode, il semble bien plus naturel de regarder cette disposition comme ayant appartenu aux constructions du troisième temple.
« Et le roi fit faire un grand trône en ivoire, et le lit revêtir d'or (in. Il y avait six marches à ce trône, et, par derrière, le dessus du trône était arrondi; des deux côtés, il y avait des bras attenants au siège, et deux lions étaient placés à côté des bras, et douze lions y étaient placés sur les six marches des deux côtés. Il n'existait rien de pareil dans aucun royaume1. »
À ces derniers mots, on devine quelle naïve admiration provoqua cet ouvrage; à Tyr, à Memphis, à Babylone ou à Ninive, on l'aurait à peine remarqué. Il n'y avait rien là, ni dans la technique ni dans les motifs, qui eût un caractère extraordinaire, qui sortît des habitudes de l'ancien art oriental. Partout l'industrie employait couramment, dans le travail du meuble, ces plaques d'ivoire teint ou doré, dans lesquelles on incrustait parfois des gemmes ou des pâtes de verre2. Quant à la figure du lion, qui symbolise la puissance des dieux et celle des rois, on sait quel rôle elle joue dans la décoration, en Egypte et dans toute l'Asie antérieure; nulle part elle n'était mieux à sa place que dans la ' composition de ce trône où siégeait le monarque. Les lions entre lesquels Salomon s'asseyait étaient-ils posés sur le sol, à droite et à gauche du fauteuil, comme on pourrait l'inférer du texte; ou bien s'allongeaienlils soit au-dessus, soit au-dessous des bras, de manière à faire partie intégrante du. meuble? C'est cette dernière hypothèse qui est la plus vraisemblable. On se souvient de trônes assyriens en bronze dont les bras étaient formés par des figures de taureaux ou de lions ailés 3. Dans la tombe de Ramsès III, à Thèbes, il y a des peintures qui reproduisent l'image de tout le mobilier royal; or un des trônes qui sont figurés dans ces fresques pourrait aisément passer pour le modèle du trône de Salomon. Il y a en haut, par derrière, cet arrondissement du dossier qu'indique la description, et sur chaque bras se dresse un lion marchant (fig. 212). Quant aux douze lions placés en avant sur les marches, c'est là une disposition qui rappelle les avenues de sphinx de l'Egypte; la répétition du symbole en augmente l'effet. On comprend qu'il n'ait • rien été retrouvé de semblable, même dans les tableaux des fresques thébaines et des bas-reliefs ninivites; pour des artistes qui n'avaient pas la moindre notion de perspective, ce n'eût pas été chose facile que
i. I Rois, x, 18-20.
2. Histoire de V Art, t. I, p. 839; t. Iï, pp. 725, 729-732; t. III, pp. 845-855. L'ivoire paraît être entré dans la composition du trône royal qui a été découvert à Nimroud par Layard. Celui-ci a cru reconnaître qu'une parlie des pieds du siège était en ivoire (Nincveh ami Babylon, p. 498).