The Recovery of Jérusalem, pp
de si loin à Jérusalem, tandis qu'au contraire Ponce-Pilate, dit Josèphe, les fit venir d'une source qui était à 200 stades (37 kilomètres de la ville1). Le procurateur ne put pas, sous le coup des séditions contre lesquelles il eut à lutter, exécuter tout l'ensemble des bassins, des captations de sources et des trois aqueducs qui, du sud de Bethléhem, conduisaient les eaux, à des niveaux différents, dans tous les quartiers de la capitale; ce qu'il avait sans doute entrepris, c'était de réparer ces canaux et d'en augmenter le débit en y versant une nouvelle source, plus éloignée de la ville. Partout, dans les parties de ces constructions qui semblent les plus anciennes, on trouve des voûtes en plein cintre, très bien appareillées, comme dans les portes de l'enceinte du temple. Il est donc probable que ces grands ouvrages, qui ont d'ailleurs été souvent remaniés, ne datent que du temps d'Hérode et des gouverneurs romains; tout au plus auront-ils été commencés sous les princes asmonéens.
Ce n'est d'ailleurs pas seulement à Jérusalem et dans les environs que l'on a relevé les traces d'aqueducs creusés dans le roc ; il y en a aussi dans le reste de la Palestine, en Samarie et en Galilée ; on cite ceux â'As&ar, prèsSichem, d'Anm, de Lejjun, etc. Au-dessus de la plaine de Gennésar, aujourd'hui El-Ghoueïr (le petit Ghôr) , on suit aujourd'hui comme chemin, entre Khan-Minyé et Tell-Houm, un ancien canal creusé dans le roc qui conduisait les eaux à'Aïn-et-Tabigha dans ces champs dont Josèphe a vanté la fertilité (fig. 222)*. ^
Ce qui achève de montrer avec quelle facilité les habitants de la contrée ont, de tout temps, manié le pic et le ciseau, ce sont toutes ces grottes qu'ils ont élargies, qu'ils ont rendues accessibles par des rampes ou des couloirs qui leur ont permis de s'y installer avec leurs bestiaux et leurs bêtes de somme. Quelquefois, comme à Araq-el-Emir, près du palais d'Hyrcan, et à Arbela, non loin du lac de Génésareth, ces refuges ont été presque complètement creusés de main d'homme ; ce sont de vraies forteresses, avec rempart en avant de l'entrée, avec plusieurs étages de chambres superposées qui communiquent par des escaliers intérieurs, avec des silos et des citernes, avec des écuries dont
i. Josèphe, Ant. jud., XVIII, m, 2. Si ailleurs il parle, pour le même travail, de 400 stades, c'est qu'il évalue là non plus la distance à laquelle la source est de Jérusalem en ligne droite, mais la longueur de l'aqueduc, qui fait beaucoup de sinuosités en suivant le contour des collines. Voir au sujet de cet aqueduc les Quarterly statements, 1875, pp. 71-72.
2. Josèphe, Guerre des Juifs, III, x, 8. La figure 219 a été dessinée d'après une des photographies du Palestine exploration fund.
428 LA JUDEE.
les mangeoires sont taillées dans le roc. On y trouve des pigeonniers, qui devaient fournir à la table des habitants de ces demeures souterraines un très précieux supplément1.
Toute cette architecture rupestre dépose de l'industrieuse patience et de l'esprit d'entreprise du peuple que de pareils travaux n'ont pas effrayé ; mais elle vise moins au beau qu'à l'utile. Si l'on se demande dans quelle mesure les Israélites étaient propres aux créations plastiques, c'est ailleurs qu'il faut chercher la réponse à cette question ; il n'y a de race vraiment douée pour l'art que celle qui prend plaisir à représenter la forme vivante et qui en donne une interprétation originale.
Au moment où les pères des Hébreux franchirent le Jourdain et s'établirent dans ce que depuis ils appelèrent la Terre promise, les croyances et les cultes qu'ils y trouvèrent établis, chez toutes ces tribus au milieu desquelles ils se fixèrent, relevaient de cette conception toute primitive que nous avons essayé de définir sous les noms de fétichisme ou d'animisme2; or, tant que celle-ci domine, le sentiment religieux n'intervient pas pour provoquer la naissance de la sculpture et pour en favoriser les progrès. Quand on adore, pour ce qu'il y a en eux de puissance et de vie mystérieuse, le mont dont la cime s'enveloppe de nuages, le flot frais et pur de la source, l'arbre colossal, le culte ne comporte pas d'images ou, s'il en admet, celles-ci n'ont guère qu'un caractère suggestif et symbolique. lien sera tout autrement sous l'empire du polythéisme ; alors l'homme éprouvera le besoin de trouver des formes qui traduisent pour les yeux les idées qu'il se fait de ces forces éternelles qu'il commence à concevoir comme distinctes les unes des autres et comme se partageant le gouvernement du monde.
Nous avons dit comment étaient aménagés les plus vieux sanctuaires de la Palestine. À en juger par les textes qui nous laissent deviner le plus ancien état de ces hauts lieux, il n'y avait pas là de statues ; ce que l'on y voyait, au milieu du cercle des menhirs, sous le chêne ou près de la fontaine, c'était le pieu, Yachéra, diminutif de l'arbre
\ . Sur les grottes d'Araq-el-Emir, voir de Vogué, le Temple de Jérusalem, pp. 38-39 et pi. xxxv ; sur Arbela, Josèphe, Gueire des Juifs, I, xvi, 2-4, et Vie de Josèphe, § 37; Lohtet, la Syrie d'aujourd'hui, pp. 517-522.