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LA JUDEE.
prise de Jérusalem par les Chaldéens. On n'a rien recueilli là qui ressemblât, de près ou de loin, à ces fameuses poteries moabites, dans lesquelles on a été tenté, pendant un instant, de reconnaître les produits d'une céramique locale, œuvre d'un peuple étroitement apparenté aux Hébreux. Quoique la fraude ait été bientôt signalée et
que personne, même en Allemagne, ne défende plus l'authenticité de ces objets, ils ont fait trop de bruîf dans le monde des hébraïsants et des archéologues, pour qu'il ne convienne pas de dire un mot de ces prétendus monuments (fig. 234) que la Prusse acquît ix grandsfrais en 1873 l .
C'est vers -1 STI2 que Ton comment de parler d'une série d'objets en terre cuite d aspect singiil ï ei , qui avaientété, dï saiton, rapportés du paï8 de Moab et qui se trouvaient entre les m a ï ns d'un certain Shajpii^ de Jérusalem, Jw* converti au prc> testantisme. « La collection était composée de figurines bizarres, d'iir**es' de tablettes, de vases, littéralement couverts de caractères d'appar&#^2? phénicienne, le tout d'un art des plus bouffons, relevé fréquera^^/
1. Nous renvoyons ceux qui voudraient plus de détails sur ce curieux épisode a piquant récit de M.Clkrmont-Gannkau, les Fausses Poteries moabites de Berlin, pp. I0|-j^ du livre intitulé les Fraudes archéologiques en Palestine (in-12, Leroux, 1885). Nous nef^. sons que résumer ici cet article, auquel nous empruntons la figure ci-jointe et dont n0us riions quelques fragments.
23 i. — Fausses poteries moabites.
Clcrmoiu-Ganncau, Fraudes archéologiques.
par une forte pointe d'obscénité, qui, semble-t-il, avait vivement frappé l'attention de divers connaisseurs. » Malgré l'expérience qu'ils devaient à un long séjour en Syrie, MM. Conder et Drake avaient émis d'abord un avis favorable; un des premiers. savants de l'Allemagne, M. Schlottmann, s'était hautement prononcé dans le même sens, et son adhésion motivée avait décidé l'achat fait par la Prusse, au prix de 20,000 thalers. M. Clermont-Ganneau avait, dès le premier moment, soupçonné la fraude ; pendant la mission qu'il remplit en Palestine, pour le compte du Palestine exploration fund, de 1873 à 1874, il entreprit de la démasquer. La matière eût suffi, par elle seule, à éveiller la défiance. C'était, et à peine cuite, l'argile qu'emploient chaque jour les potiers de Jérusalem. L'examen des formes données à la terre confirmait cette impression. « Les plus grossières productions de l'art deCypre sont des chefs-d'œuvre à côté de ces grands diables de polichinelles en terre cuite, à la fois prétentieux et grotesques. Il y a un abîme entre l'art naïf des céramistes primitifs, art rudimentaire, négligé, puéril, tant qu'on voudra, mais sincère et spontané, et un procédé mécanique, arbitraire, aux mains gauches d'un Arabe faisant de la haute fantasia archéologique. Un œil tant soit peu exercé ne pouvait s'y tromper une minute. » L'opinion de M. Clermont-Ganneau était faite ; il avait deviné que les figurines avaient été modelées pour Shapira par un certain Selim-el-Gâri, chrétien arabe de Jérusalem, peintre de son métier, qui avait exécuté dans le temps une copie partielle de la stèle de Mésa; avec une patience et une adresse qui auraient fait la fortune d'un juge d'instruction, il réussit à se faire raconter, par des complices inconscients de cette fraude, chez quel potier Selim faisait cuire ses maquettes et comment s'opéraient les transports, après la tombée de la nuit. De vives colères, des protestations passionnées accueillirent la première divulgation des résultats de cette enquête; mais, l'un après l'autre, les critiques les plus autorisés en acceptèrent les conclusions ; le Musée de Berlin a fini par ne pas exposer ce qu'il avait payé si cher, ce qu'il paraissait si pressé de montrer. Si quelques-uns de ceux qui s'étaient le plus compromis en faveur des poteries moabites y restaient secrètement attachés, ce qui a dû lever les derniers doutes, c'est la tentative que fit en 1883 le même faussaire pour vendre au Musée Britannique un Deutéronome écril sur bandes de cuir, en caractères hébreux archaïques; cette fois encore, ce fut M. Clermont-Ganneau qui signala la fraude, et, en 1884, Shapira, partout éconduit, se tuait à Rotterdam1.
{ . Voir dans le même volume l'article intitulé : Un prétendu manuscrit original de la Bible.
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Les types que Ton a recueillis le plus fréquemment à Jérusalem et le mieux reconstitués n'ont rien de la bizarrerie grotesque des poteries
235-236. — Cruches trouvées à Jérusalem. Plans, élévations and sections, pi. xlv.
dites moabites; ils appartiennent à une poterie commune, qui ixe diffère pas sensiblement de^ celle que Ton emploie encore aujourcl*!™»
237-238. — Cruches trouvées à Jérusalem. Plans, élévations and sections, pi. xlv.
pour les usages domestiques, dans les villes et dans les campagnes uC la Syrie. Telle est, par exemple, la petite jarre de terre rouge qui qajj découverte, par Warren, à un mètre en avant de l'angle sud-est d Haram et à 19 mètres au-dessous de la surface du sol actuel (fig. 235^
239-240. — I^es cruches dont on se sert aujourd'hui en Palestine. Stade, Ges~ chichte, p. 368.
elle était debout, intacte, dans une cavité du roc qui paraissait avoir été
creusée tout exprès pour la recevoir1. Il devait y avoir
là, avant l'agrandissement de l'enceinte du temple,
quelque grotte sépulcrale que firent
disparaître les travaux d'Hérode;
mais le pic n'atteignit pas ce trou déjà
bouché par la terre dont il s'était
rempli ; sans le savoir, il respecta ce
dernier débris du mobilier funéraire,
ce vase qui avait dû être mis plein
d'eau ou de parfums dans la cachette
où il a été retrouvé après tant de
siècles.
Voici trois autres vases qui ont un aspect tout semblable (fig. 236, 237, 238) ; ils ont été ramassés, sur la colline d'Ophel, à 18 et à 20 mètres de profondeur. Même pâte, même épaisseur, mêmes formes lourdes; c'est à peu près les cruches que j'ai vues sur l'épaule de ces filles de Nazareth dont, comme bien d'autres voyageurs, j'ai, le soir, près de la fontaine, admiré le riche costume et la beauté robuste; il semble seulement que, de nos jours, on préfère doubler l'anse (fig. 239, 240). Il y a un commencement de décoration dans des vases avec ou sans anses, peutêtre des vases à parfums, les aryballes ou les lécythes de la Judée, qui n'ont pas été trouvés enfouis moins profondément (fig. 241 et 242); dans
Vase trouvé à Jérusalem. Plans, élévations and sections, pi. xlv.
i. Recovcry, pp. 140 et 476.
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242. — Vase trouvé à Jérusalem. Plans, élévations and sections, pi. xlv.
l'un c'est la panse, dans l'autre c'est le col qui est orné de bourrelets circulaires, que séparent des stries très nettement marquées.
Dans toute cette poterie lisse, nous reconnaîtrions volontiers celle
que façonnaient, près de l'une des portes de Jérusalem, le potier de Jérémie et ses émules ; comme toutes les villes de quelque importance, celle-ci dut avoir son Céramique, son quartier où les citadins et les paysans du voisinage venaient acheter leur vaisselle. Ce qui confirme cette hypothèse, ce qui montre que l'on fabriquait aussi, dans ces ateliers de l'un des faubourgs, des vases de grande dimension, ce sont les anses d'amphores estampillées, qui ont été découvertes par Warren, en 1869, au pied de l'angle sud-est du Haram et aux mêmes profondeurs que les pièces qui viennent d'être décrites. Ces anses sont au nombre de huit. La terre est bien cuite, rouge, dure, recouverte d'un dépôt pulvérulent grisâtre. Les amphores devaient être de haute taille, à en juger par l'épaisseur des anses et par les morceaux de la panse qui y sont encore adhérents. Nous reproduisons un des mieux conservés de ces fragments (fig. 243) *. Tout en haut de l'anse, des cercles concentriques, annulaires, en creux; au-dessous, il y a l'empreinte d'un cachet; on y reconnaît une des formes du globe ailé, l'épervier solaire qui plane les ailes éployées; autour du symbole, quatre caractères cantonnés, où l'on est d'accord pour reconnaître cette légende : A Molokziph. Sur une autre anse, on croit lire : A Molokchit. Ailleurs on ne distingue que des lettres isolées qui ne permettent pas de rétablir le nom; mais tous ces caractères sont identiques à ceux des inscriptions archaïques de Selwan et du tunnel de la Fon-