TOME IV
458 LA JUDEE.
restreint, particularité qui s'expliquerait par la vie qu'ils ont menée pendant bien des siècles. Le nomade a, plusieurs fois par an, aux changements de saison, à charger son ménage sur ses bêtes de somme; aussi n'aime-t-il pas les vaisseaux d'argile, qu'il risque trop de briser; il préfère les outres et les tasses de cuir, les baquets et les tonnelets, les courges, coupées près de l'un des bouts ou par le milieu, qui lui servent de gourdes et de plats. Plusieurs générations purent garder ces habitudes après même qu'elles avaient cessé d'être justifiées par une impérieuse nécessité. Cependant, lorsqu'on se fut établi en Palestine, on dut apprendre à apprécier l'argile, qui coûte si peu et qui se prête, mieux que toute autre matière, à prendre toutes les formes, qui garde aussi l'eau plus fraîche. Était-elle en terre, en cuivre ou en bois,
cette cruche que Rébecca portait sur l'épaule en allant à la fontaine, ou, pour mieux dire, comment l'auteur de ce charmant récit se figurait-il le vase que la jeune fille incline vers les lèvres altérées d'Éliézer'?
249. — Plat de terre noire. Diamètre 0*,25. Le texte ne le dit pas ; mais
The Recovery, p. 477. ^j ^ ^^ ^^ ^ ^
au moins pour cet ustensile, l'argile n'a pas tardé à remplacer le bois et le métal. En hébreu, la cruche s'appelle kad; c'est le xà£o; des Grecs, le cadus des Latins, et ces mots désignent, chez ces deux peuples, un vaisseau de terre. Les Phéniciens le désignaient certainement par le même terme. C'est h eux que les habitants des îles grecques et des côtes de l'Italie ont acheté les premières poteries dont ils se soient servis, et, avec la chose, ils ont pris le nom. Philistins et Phéniciens avaient emprunté de très bonne heure à l'Egypte le tour et le four du potier ; des villes maritimes, grands centres de fabrication et d'exportation, les procédés les plus simples de Fart du potier s'étaient répandus dans le pays de Chanaan, et les Hébreux durent les y trouver en usage quand ils vinrent s'y établir. Ils se les approprièrent, mais seulement dans la mesure de ce qu'exigeait la satisfaction des besoins les plus élémentaires. Ce fut beaucoup plus lard, sous les derniers rois de Juda ou même peut-être sous les rois de Perse, que l'on ne se contenta plus, en Judée, de cette vieille poterie rustique qui avait été jusqu'alors la seule
\. Genèse, xxiv, 14.
en usage, et que l'on se mit à rechercher, comme objets de luxé, des vases dont l'aspect fût égayé par la variété de la couleur et les agréments du dessin. Ceux de ces vases dont les débris ont été ramassés à Jérusalem se relient, par une étroite parenté, à quelques-uns des types que nous a offerts la céramique cypriote. La comparaison ne peut porter sur les formes qui, pour Jérusalem, nous échappent; mais c'est la même pâte, ce sont les mêmes tons, c'est surtout le même choix de motifs; ce sont des procédés pareils, le même esprit et le même goût. Il ne peut être question d'admettre que la Judée ait exporté des vases dans les îles de la Méditerranée ; la conclusion qui s'impose à l'esprit, c'est donc qu'à Jérusalem comme à Cypre on a le droit de chercher et de reconnaître des produits de l'industrie phénicienne dans ces vases blafards, sans couverte brillante, où l'ornement géométrique se présente seul, et fournit des combinaisons qui, malgré leur complication apparente, demeurent toujours au fond assez simples.
Ce sont aussi certainement des objets d'origine étrangère que de petits flacons, d'un caractère très particulier, dont six exemplaires ont été recueillis sur divers points du terrain qu'ont remué les fouilles (fig. 250) l. Ils ont la forme d'une pomme de pin et sont faits d'une terre noire très dure; la face externe est revêtue, dans trois de ces bouteilles, d'une glaçure d'un rouge sombre, qui doit contenir du vermillon. Les parois sont très épaisses ; un trou d'un très faible diamètre forme le goulot. Des pièces toutes pareilles ont été trouvées, à plusieurs reprises, en Egypte. On s'est demandé à quoi pouvaient servir ces* singuliers vases, qui ne sauraient se tenir debout. Étaient-ils faits pour être posés, remplis de parfums, sur le sol des tombeaux? La supposition n'aurait rien d'invraisemblable ; mais un examen attentif a permis de croire à une autre destination. En sondant avec des barbes de plume l'intérieur du seul de ces vases qui soit intact, on y a trouvé, avec des parcelles de cire, des globules de vif-argent. Il semble donc à peu près certain que ces flacons étaient affectés au transport et à la conservation du mercure. Leur solidité ainsi que l'étroitesse de leur orifice les rendaient très propres à contenir une substance aussi précieuse ; on les bouchait avec la cire.