‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 300 sur 440 · Il Rois, iv, HK · texte numérisé non relu

Il Rois, iv, HK

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i64 LA JUDEE.

champs, pendant le travail, on la portait toute seule, sans rien par-dessus1. En voyage ou quand on paraissait en public, on y ajoutait le manteau [simla), qui répond à Yhimation des Grecs, à la toga des Romains, à Y abat du Bédouin d'aujourd'hui 2. Nous ne voyons pas que, pendant toute la période primitive, Israël ait songé à tirer de la Phénicie ces belles étoffes teintes de pourpre que Tyr et Sidon commencèrent de si bonne heure à répandre dans tout l'Occident3. Les prêtres, dans l'exercice de leurs fonctions, revêtaient une sorte de robe de lin, qu'on appelait Véphoci badA ou, par abréviation, l'éphod. On ne se rasait pas la tête, à la manière égyptienne ; mais, pour sortir, on se la couvrait d'une sorte de serviette analogue au keffieh dont se servent aujourd'hui les Syriens. L'étoffe était assujettie au moyen d'une corde, serrée autour du front et nouée par derrière. On reconnaît ce mode de coiffure dans un buste de captif, sculpté sur le mur d un temple d'Ammon à Karnak, qui paraît être un souvenir de l'expédition où Sésac battit Roboam et en fit son vassal. A côté du tableau où le pharaon lève son bras meurtrier sur les ennemis qu'il a massacrés, il y a toute une série de figures qui représentent, les bras liés derrière le dos, ceux qu'il a épargnés en leur imposant un tribut ; le nom de chacun d'eux est inscrit sur un bouclier dentelé qui masque toute la partie inférieure du corps. La plupart de ces noms ont disparu ; une des légendes que nous reproduisons avec l'effigie qui l'accompagne est lue par tous les égyptologues Iutah maleky le roi ou le royaume de Juda (fig. 253). Il serait puéril de chercher dans ce bas-relief, comme on la fait, le portrait de Roboam; mais, étant données les habitudes du sculpteur égyptien, on a le droit d'admettre qu'il s'est préoccupé de symboliser les Juifs vaincus par une image qui rappelât au spectateur la physionomie du peuple vaincu, le caractère de leurs traits et l'un des détails particuliers de leur costume5.

1. Quand ils ont quitté le vêtement primitif en peau de bêtes, Grecs et Italiotes ont emprunté aux Sémites, avec le vêtement tissé, le nom même qui le désignait chez ces marchands étrangers desquels ils ont reçu les premières étoffes. Il ne parait pas douteux que les mots ydtov et même tunica soient dérivés du mot sémitique kuttônet. Jérémie (xiii, 1) mentionne la ceinture de lin roulée autour des reins.

2. Un mot spécial, meil9 semble désigner le manteau, sans doute plus riche, que revêtaient les personnages importants, les chefs de tribu et, plus tard, les rois. I Samuel, xv, 27; xvni, 4; xxiv, 5; xxvm, 14.

3. On soupçonne une interpolation (Stade, Geschichte, t. 1, p. 372, n. 2) dans la mention des « vêtements de pourpre que portaient les rois de Madian » (Juges, vm, 26). Elle interrompt en effet de la manière la plus imprévue rénumération des bijoux compris dans le butin, sur lesquels Gédéon fait un prélèvement.

4. Sur les deux sens du mot éphod, voir plus haut p. 434-435.

5. C'est Champollion qui a le premier signalé ce monument et qui en a deviné tout

La tunique était aussi la première pièce du costume féminin ; seulement elle y prenait plus de longueur ; elle avait des manches et tombait jusqu'aux chevilles. Les couleurs en étaient souvent plus vives et plus variées ! ; peut-être aussi l'ornait-on de ces dessins que, partout encore en Orient, sous la tente du nomade comme sous le toit du fellah, l'aiguille de la brodeuse sait faire courir si divers et si, légers sur l'étoffe. Plus tard, quand on a pris l'habitude d'une élégance plus raffinée, sous cette tunique apparente on en portera une autre, une sorte de chemise de lin2. Quant au manteau, c'était aussi par son ampleur et sa richesse qu'il différait de celui des hommes; les prophètes témoignent du luxe que l'on finit par y déployer, dans le siècle qui précède l'exil; on y emploie des étoffes qui venaient d'Egypte, de Chaldée, de la haute Syrie et de la Phénicie 3. Sous les Juges, on était plus simple; il est pourtant dès lors question de « vêtements de couleur, de vêtements brodés » 4. Ce qui, de bonne heure, complète le costume d'une femme israélile de distinction, c'est le long voile tombant sur les épaules et le miroir de métal porté à la main. Hommes et femmes étaient chaussés de sandales attachées aux pieds par des courroies.

Les Juifs n'ayant pas laissé un seul basrelief, une seule statuette où l'on puisse chercher leur portrait, nous ne saurions restituer l'ensemble de ce costume ; mais on peut s'en faire une idée par celui que Ton porte encore en Syrie, dans le Liban par exemple, chez les Druses et chez les Maronites. Supposez qu'il nous soit donné de ressusciter, avec tous ses atours, une de ces filles de Jérusalem dont Isaïe condamne la coquet-

253. —Un captif juif à Karnak. Roscllini, Monumenli reali, pi. cxlviii.

l'intérêt (Lettres écrites d'Egypte et de Nubie, Paris, 1883, in-8°, pp. 98-99). De Rougé a confirmé la justesse de l'interprétation proposée par le fondateur des études égyptologiques (Mémoire sur Voriginc égyptienne de l'alphabet phénicien, 1874-, p. 53). Rosellini, Monumenti reali, pi. cxlviii.

i. Samuel, i, 2i; xm, 18-19. Pour indiquer combien Jacob préférait Joseph à ses frères, on raconte que son père « lui fit une tunique de plusieurs couleurs » (Genèse, xxxvn, 3). C'était lui donner une parure de femme.

2. C'est ce que l'hébreu appelle sâdin, d'où le mot grec aivowv, qui a le même sens.

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