‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 331 sur 440 · Histoire de l'Art, t. II, p · texte numérisé non relu

Histoire de l'Art, t. II, p

3. Ces mesures sont approximatives ; un des hommes de l'escorte a été photographié avec un des lions, et donne ainsi l'échelle. Nous avons aussi sous les yeux la photographie d'un autre lion plus grand encore, qui devait jouer un rôle analogue; il a été découvert par Haynes, au lieu dit Aslan-tach ou « la pierre du lion », dans la plaine de Serug, et la dalle dans laquelle il est sculpté en haut-relief a 4 mètres de long sur 2m,30 de haut. Si nous n'en donnons pas le dessin, c'est que nous le croyons postérieur aux œuvres où nous reconnaissons la marque de l'art hétéen; l'exécution parait à la fois plus habile et plus molle, plus lourde; ce qui trahit d'ailleurs ici l'origine assyrienne, c'est l'emploi de celte convention singulière en vertu de laquelle les pattes antérieures de l'animal sont représentées à la fois de face et de profil (Histoire de l'Art, t. II, p. 542-545) ; nous n'avons rien trouvé de pareil chez les Hétéens. D'autre part, jusqu'à présent, aucune raison de croire que les tribus qui se servaient de l'écriture hétéenne aient franchi l'Euphrate, et le village kurde où a été retrouvé ce lion est sur la rive gauche de ce fleuve, à 10 heures de Biredjik et à 12 heures au sud-ouest à'Ourfa.

536 LES HÉTEENS.

temps de Sargon et même au temps de Ramsès et de Toutmès, était plus civilisé qu'il ne Test aujourd'hui. Sans doute les villes hétéennes n'épargnaient rien pour s'entourer de solides remparts; nous pouvons en juger, pour Cadech, par les vues que nous en donnent les monuments égyptiens, pour Gargamich, par cette enceinte où une étude attentive ferait peut-être distinguer, sous les réfections et les additions postérieures, ce qui reste des assises dressées par les premiers maîtres du pays. Avant tout, il fallait se garder contre l'ennemi; mais, la sécurité une fois garantie, ces hommes avaient d'autres besoins, auxquels sont étrangers ceux qui leur ont succédé dans cette région ; ils aimaient l'art à leur manière et se préoccupaient de la postérité. Leurs rois avaient des demeures où ils faisaient sculpter leur propre image et celle de leurs dieux, et sur ces bas-reliefs ils gravaient des inscriptions que nous ne lisons pas encore, mais qui renferment certainement leur nom et quelque chose de plus, la suite de leurs actions, le récit de leurs exploits, peutêtre les prières et les actions de grâces qu'ils adressaient à la divinité. Qu'elles portent des textes hiéroglyphiques ou des bas-reliefs, la plupart des dalles quadrangulaires de basalte qui ont été trouvées à Hamath, à Alep, à Biredjik, à Marach et sur d'autres points de ce territoire ont dû appartenir à la décoration de ces maisons royales, et il suffirait peut-être de quelques coups de pioche pour en faire sortir bien d'autres semblables du flanc de toutes ces buttes encore inexplorées; rien que sur les rives du lac de Homs, on signale quatre de ces tertres artificiels qui s'élèvent sensiblement au-dessus de la plaine. Il est à présumer que les monuments qui sont cachés dans ces tells se rapprocheraient assez de certains types déjà connus pour qu'il fût aisé d'en rétablir le plan. A Tarse, au contraire, l'édifice auquel nous avons déjà fait allusion, le Deunuk-tach, est assez dégagé, il s'élève assez au-dessus du sol pour que tous les voyageurs en aient remarqué les dimensions et aient pu en étudier la construction; mais, par cela même qu'il ne se dérobe pas sous l'abri protecteur d'un amoncellement de décombres, tout le revêtement, toute la décoration en ont disparu, et, malgré les fouilles qui ont été tentées en vue de percer ce mystère, ce monument reste encore une énigme qui ne recevra peut-être jamais de solution1.

i. Deunuk-tach semble vouloir dire « pierre renversée », deunuk étant un participe du verbe deunmek, revenir, retourner; c'est comme qui dirait « pierre retournée ». L'étymologie ne présente pas de difficulté; mais on ne voit pas que le nom local et populaire s'applique très bien à un monument où toutes les parties conservées sont encore en place- On est tenté de se demander si ce nom n'a pas trait à un état plus ancien de la ruine, à ua temps où dans cette enceinte, dont nous ne possédons plus que les substruclions, il

C'est une vaste enceinte dont les murs sont épais de 6m,50; elle dessine un parallélogramme qui a 87 mètres de long sur 42 mètres de large (fig. 270, I, K, L, M)1. Le mur qui la constitue a conservé une hauteur moyenne de 7 à 8 mètres ; il est construit en une sorte de béton, formé de petits cailloux que relie un ciment de chaux et de sable. Ce poudingue présente une telle dureté, que l'aiguille du mineur, on l'a plusieurs fois éprouvé, s'y émousse et finit par s'y briser. A la base du mur, on aperçoit, engagées dans la masse compacte, des pierres plus grosses qui jouent là le rôle d'une sorte de soubassement.

Dans l'intérieur de cette cour se trouvent deux massifs rectangulaires (fig. 270, A et B) ; leur sommet dépasse un peu la crête du mur ; l'appareil en est le même que celui de l'enceinte. Ces massifs sont situés aux deux bouts de la cour et séparés de la muraille par un espace qui, pour le bloc le plus gros, est en partie comblé par des décombres (R P S), tandis que pour l'autre (C'C'T) il est tout à fait libre. Dans le dernier de ces blocs de béton, la face supérieure présente une entaille régulière profonde d'environ 0m,75; rien

, 270. — Plan de Deunuk-tach. Langlois,

de pareil dans 1 autre de , dans celui p. 267.

y aurait eu des blocs accumulés, peut-être une statue renversée, matériaux qui depuis auraient tous été remployés dans les constructions de la ville moderne.

I. La description que nous donnons de ce monument est tirée de l'ouvrage de M. Victor Langlois, Voyage dans la Cilicie et dans les montagnes du Taurus, exécuté pendant les années 4852-1853, pp. 85-86 et 265-285. Nous lui avons emprunté son plan (fig. 270), quoiqu'il soit des plus médiocres; en comparant les mesures que Langlois donne dans son texte, on reconnaît que ce dessin n'est même pas à l'échelle ; mais 'nous n'avions pas le choix; ailleurs nous ne trouvions rien. Quant à la vue d'ensemble que ce même voyageur donne du Deunuk-tach (pi. xix), elle est tellement confuse qu'il n'y avait aucun intérêt à la reproduire. Nous avons préféré nous servir de deux croquis qu'a mis obligeamment à notre disposition M. Maxime Gollignon; celui-ci a visité Tarse en 1876, au terme d'un voyage qu'il avait entrepris en Asie Mineure avec M. l'abbé Duchesne. Texier, nous ne savons pourquoi, n'a rapporté ni plan ni vue de ce monument; il se borne à quelques observations qui n'ajoutent rien à celles que nous trouvions dans Langlois (Description de /'Asie Mineure, t. III, p. 220).

tomb iv. 68

LES HEÏEENS.

dont nous donnons un croquis (fig. 271). Au sud-est, vers le sommet du mur, sur son bord intérieur, on remarque, régulièrement espacés, des trous qui paraissent avoir été faits pour recevoir les extrémités des pièces d'une charpente; ces cavités, assure-t-on, feraient défaut sur les autres points de l'enceinte. Celle-ci n'a jamais eu qu'une porte (fig. 270, D), qui n'est pas placée au milieu d'une des faces (fig. 272). En dehors de la cour et en face du cube principal situé au nordest, on voit deux murailles (P et G du plan) qui sont parallèles à l'un des petits côtés de l'enceinte ; ces constructions ont la même hauteur

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