Porte près d'Aseli-Keui. Langlois, Voyage, p
Comme les sculpteurs chaldéens et assyriens, ceux (Je la Syrie septentrionale se sont en général contentés du bas-relief. On ne saurait citer qu'un seul exemple d'une statue : c'est un torse, à peu près aussi grand que nature, qui a été vu et dessiné à Marach par la mission allemande. Il est en très mauvais état : toute la face antérieure est rongée au point qu'on n'y distingue plus rien. Le dos est mieux conservé; on voit que le personnage était vêtu, qu'il portait ce châle à longues franges qui servait de manteau, et que nous connaissons par les bas-reliefs de la Mésopotamie. Pas d'inscription; il y a au contraire des signes gravés sur toute la surface d'une statuette, dont il ne subsiste que la partie inférieure du corps, sans les pieds; ce fragment a 0m,2t de haut; par malheur, rien n'indique plus quelle était la pose, quel était le type de la figure. Enfin M. Puchstein a rapporté de Marach une main fermée qui paraît avoir appartenu à une statue colossale. L'art hétéen connaissait donc les procédés de la sculpture en ronde bosse; cependant pas un seul des lions qu'il paraît avoir pris plaisir à multiplier n'est complètement sorti du bloc dans lequel il a été taillé ; les pattes y sont prises et ne ressortent que par un contour en saillie, d'ailleurs très franchement accusé; le dessous du ventre n'a pas été évidé ; la tête seule est dégagée. C'est ce que l'on voit, par exemple, dans ce lion de Marach, tout couvert d'écriture, que nous avons déjà montré tel qu'il était avant que Hamdi-Bey l'eût fait descendre de son poste élevé pour le transporter au musée de Constantinople (fig. 268); on peut le prendre comme type de ces figures décoratives qui étaient placées à la porte des palais (fig. 275). Comme on Ta remarqué, il n'est travaillé que d'un côté et le dos est plat; on en a conclu qu'il était placé contre un mur et qu'il servait probablement de support à un pilier; un autre lion tout pareil devait lui faire pendant, et, à eux deux, ces socles et les colonnes qui y étaient dressées soutenaient un auvent ou un linteau, disposition que nous avons déjà signalée en Assyrie et que présentent les porches de quelques cathédrales du moyen âge1.
4. Histoire de l'Art, t. II, p. 228-229. C'est M. Wright qui a appelé l'attention sur la manière dont est traité le dos de l'animal, qu'il a représenté dans la figure i de la pi. xxvi. La planche xxvi donne une vue latérale du lion.
Dans cette figure et dans d'autres du même genre, comme les lions (KAlbislan, il y a donc une sorte de compromis entre l'image en ronde bosse, qui est l'œuvre la plus haute de la sculpture, et le bas-relief qui, tout conventionnel qu'il soit, présente une moindre difficulté. Les bas-
275. — Lion de Marach. Basalte. Hauteur 0™,64. Longueur, 0™,88. Wrigrht, The Empire, pi. xxvii.
reliefs proprement dits sont très nombreux ; ce qui ne laisse pg$ J surprendre, on n'en a pas signalé jusqu'ici qui aient été ciselés dat^> roc, soit à l'entrée des défilés où passaient les routes, soit dans les fl^ de ces cônes volcaniques qui abondent entre l'Amanus et le Kurd-dag^ Tous ceux que l'on connaît ont été taillés dans des dalles dont la
plupart, comme celles qui portent les inscriptions de Hamath, sont en basalte. De ces plaques, les unes, rectangulaires, paraissent avoir été faites pour être appliquées contre des murs, tandis que d'autres, de forme assez irrégulière et plus étroites en bas qu'en haut, ont été certainement plantées dans le sol, dans celui d'un cimetière ou d'une enceinte sacrée. C'est ainsi que dans la stèle de Samosate, au-dessous de l'espèce de plinthe sur laquelle posent les pieds de la figure, il y
276. — Bas-relief de Gargamich. Dessin de Saint-Elme Gautier d'après une photographie
du docteur Gwyther.
a une partie qui n'est qu'épannelée ; cette sorte de pied, grossièrement aminci par les bords et dans le sens de l'épaisseur, s'enfonçait en terre.
Il y a une assez grande variété dans les thèmes que cet art a traités. Il a représenté les dieux nationaux ; on ne saurait voir qu'une divinité dans le personnage ailé qu'un bas-relief de Gargamich montre debout sur la croupe d'un lion couché (fig. 276). Ce personnage est coiffé de la tiare et barbu; son vêtement est une longue robe qui, serrée à la taille par une ceinture, tombe jusqu'aux pieds. La seconde figure, qui est placée en arrière, appartient au contraire, malgré l'identité du costume, au monde réel; c'est un roi ou un prêtre. Plus d'ailes; le geste de la main gauche
est celui de l'offrande; seulement on ne distingue plus l'objet que le fidèle présentait au maître qui recevait ses hommages.
On rapprochera de ce bas-relief un autre monument, de même provenance, par malheur très mutilé (fig. 277). Le dieu ou génie avait certainement quatre ailes, deux dressées, deux repliées vers le sol; il tient en main, du bras droit, une sorte de seau que nous connaissons par les monuments ninivites. A première vue, on serait presque tenté de croire que le bas-relief est de facture assyrienne ; mais ce qui empêche
de s'arrêter à cette idée, c'est qu'ily a, gravée près de l'image, une inscription hétéenne. On observera aussi que le vêtement n'a pas tout à fait la même coupe que dans les figures assyriennes ; le manteau se termine par un pan coupé à angle droit, tandis que d'ordinaire, à Ninive comme à Calach, il est arrondi par le bas.
C'est un roi que l'on incline à voir sur une stèle qui, du château de Biredjik, où elle était encastrée dans la muraille, a récemment été transportée à Londres (fig. 278). Plus de lion servant de support, plus d'ailes en double ou en simple paire; le disque ailé, qui remplit le haut du champ, rappelle seulement que le roi est en face de la divinité, qu'il lui offre ses prières. L'attitude du personnage est bien en effet celle d'un adorant; chacune des deux mains tient un objet qui avait sans doute son rôle dans les cérémonies du culte. Celui que lève et que semble montrer avec insistance le bras droit pourrait être une patère; ce que serre la main gauche, c'est peut-être une grenade, traitée d'une manière plus sommaire que sur une stèle votive où elle a certainement une valeur symbolique (fig. 281). On remarquera la coiffure, une tiare d'une forme très particulière, qui ressemble singulièrement à nos chapeaux de haute forme; nulle part ailleurs, ni en Chaldée et en Assyrie, ni en Phénicie et à Cypre, nous n'avons rien trouvé de semblable. C'est par ses proportions très ramassées que cette stèle fait songer à certains monu-
277. — Bas-relief de Gargamich. Basalte. Hauteur, 0»,76. Musée Britannique.
ments babyloniens1. Point d'inscription; à la rigueur, il serait possible que ce bas-relief eût été rapporté comme trophée d'une expédition faite en Mésopotamie par quelque prince hétéen ou qu'au contraire il eût été dressé en ce lieu par Nabuchodonosor ou par quelque autre conquérant chaldéen*. On serait pourtant surpris, dans cette hypothèse , de ne pas voir ici une inscription cunéiforme, et d'ailleurs la stèle est de basalte, de la pierre du pays; elle a été découpée dans la roche qu'ont employée le plus souvent les ouvriers hétéens. 11 reste donc vraisemblable que la figure a bien été sculptée là où elle a été découverte, sur cette frontière où l'on était en contact perpétuel avec la Mésopotamie, près d'un de ces gués de l'Euphrate par où passaient, pour se répandre vers l'Occident, les produits qu'exportait dans cette direction la puissante industrie des villes du bas Euphrate.
Djerablous a fourni un monument analogue, mais d'une disposition plus rare 3. C'est une demi-colonne, haute d'environ im,70 ; par derrière, sur la face courbe, il y a une inscription hétéenne qui est remarquable pour la netteté avec laquelle y sont ciselés les caractères et pour les formes insolites que présentent plusieurs d'entre eux.
Sur la face plane, dans un cadre qui dessine une sorte de niche sans profondeur, une figure vue de face. La tête et les épaules manquent; mais ce qui reste du torse donne