‹ Histoire de l'art dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 411 sur 440 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

LES HÉTEENS.

ses craintes ou ses espérances. Notre bronze est tout à fait traité dans ce système; le sculpteur, si Ton peut lui donner ce titre, n'a pas essayé de modeler le buste : il ne lui a pas donné beaucoup plus d'épaisseur qu'au col même de la figure. Les mains et les pieds ne sont pas plus soignés.

Chose curieuse, cette figure, d'un travail si grossier, est très satisfaisante de pose et d'aplomb. Sur la croupe de l'animal, les pieds de l'homme sont posés de manière à lui donner, pendant que la lionne marche, le plus de solidité possible; \ V^ le dieu est en parfait équilibre sur la

^ ^1 bête qui le porte. C'est ce qui nous avertit que l'œuvre, en dépit des apparences, appartient à une époque moins reculée que Ton ne serait tenté de le croire au premier abord; si l'artisan qui l'a fabriquée n a poinl pris plus de peine, c'est qu'il lui fallait livrer, au plus bas prix possible, une copie de quelque statue d'un type bien connu, analogue à celui qui figure sur les monnaies de Tarse (fig. 267). Ce type était très populaire dans toute l'Asie Mineure; j'ai eu entre les mains, venant d'Ancyre, tout un lot de figurines analogues, également en bronze, mais de plus petite dimension et d'une facture plus sommaire. J'en ai gardé une qui a 0m,06 de hauteur.

La statuette que nous empruntons encore au Louvre devait faire partie d'un groupe du même genre (fig. 368); les deux tiges parlésquelles se terminent les jambes étaient engagées dans le dos de l 'animal, jusqu'à l'endroit où il y a dans le bronze une entaille et une légère saillie. Ces mains, ici encore, tenaient des attributs qui ont dis-

pos. — Statuette de bronze. Grandeur réelle Louvre. Dessin de Saint-Elnie Gautier.

J. Cette figure provient de Kara-chéir, près Komahia; elle a été donnée au Louvre par M. Sorlin-Dorigny. Notre musée lui doit encore plusieurs autres monuments que nous allons reproduire (fig. 309, 370, 371, 382, 38'*, 380\ct qui oui également été acquis par ce voyageur dans l'intérieur «le l'Asie Mineure.

paru. Un des bras a l'armille. Ce qui fait surtout l'intérêt de cette figurine, c'est qu'elle porte à la ceinture la courte épée, à garde ronde, qui est larme des guerriers hétéens. Ici, l'ouvrier a encore réduit son effort; tout en donnant au personnage des armes et des bijoux, il n'a même pas pris la peine d'indiquer le vêtement.

Le même faire sec et comme noueux caractérise un autre bronze, qui représente un taureau (fig. 369). Les appendices qui, sous le sabot, continuent les quatre pattes, indiquent bien que la statuette faisait par-

369. — Statuette de bronze. Grandeur réelle. Louvre. Dessin de Saint-Elmc Gautier.

tie d'un ensemble; telle qu'elle est, elle ne tiendrait pas debout, ou tout au moins n'aurait pas d'assiette ; par leur direction, ces tenons paraissent faits pour s'adapter à une surface courbe. Ce taureau peul avoir été une idole, celle même que nous voyons dressée sur l'autel dans un des bas-reliefs d'Euiuk (fig. 330).

Dans ces objets de dévotion, le travail est d'un laisser aller qui s'explique par leur destination même ; mais quand il s'agissait de ces bijoux, pendants d'oreilles, colliers, bracelets, qui sont parfois représentés sur nos bas-reliefs, l'orfèvre visait plus que ne l'avait fait le marchand d'amulettes à l'élégance et à la beauté; ses clients avaient d'autres exigences. Voici un bracelet en or qui provient ftAlep, c'est-à-dire

LES HETÉENS.

d'une ville que nous connaissons comme la capitale de l'une de ces principautés hétéennes qui sont mentionnées dans les documents égyptiens et assyriens (fig. 370). Le travail est d'un caractère trop ferme et trop franchement oriental pour qu'on puisse y voir un de ces bijoux de l'époque des Séleucides qui font la principale richesse des collections formées en Syrie; si ce bijou ne vient pas d'au delà de l'Euphrate, c'est d'un atelier hétéen qu'il sort. Le parti qu'a pris l'artisan pour décorer son ouvrage est le même que celui dont le sculpteur a usé, dans la S\rie du nord et en Cappadoce, quand il modelait ces figures d'animaux

qu'il aimait à placer devant ses édifices.

Deux lions, qui semblent courir l'un vers l'autre, se regardent aux deux côtés de l'ouverture par laquelle s'introduisait le poignet ; or la tête et les membres antérieurs se détachent en ronde bosse, tandis que le reste du corps est seulement indiqué, en très léger relief, sur la tige de métal. N'est-ce pas là un procédé que nous avons vu employé à Boghaz-keui (fig. 297» et à Euiuk (fig. 340)? Quant à la présence du lion, elle n'est pas pour nous étonner; nous avons vu quel rôle très en vue ce type joue dans la décoration syro-cappadocienne.

S'il n'y a rien que de vraisemblable dans cette conjecture, nous hésitons davantage à propos d'un joli pendant d'oreille qui passe pour rapporté de cette même contrée (voir le cul-de-lampe à la fin du chapitre; à en juger par les fines granulations qui l'ornent, nous inclinerions peut-être à le croire plutôt phénicien ou grec archaïque.

370. — Bracelet d'or. Grandeur réelle. — Louvre. Dessin de Saint-Elme Gautier.

LA GLYPTIQUE. 765

S 6. — LA GLYPTIQl'K.

Lu peuple qui avait une écriture et un corps de scribes formant la chancellerie royale n'a pu manquer d'emprunter de bonne heure l'usage du cachet à ses voisins d'Egypte et de Chaldée; il existe un certain nombre de cachets en pierre dure ou de sceaux en argile que l'on incline à rapporter aux Hétéens. Depuis quelques années, on a recueilli dans la péninsule un assez grand nombre de ces monuments; d'autres ont été trouvés en Assyrie ; mais, quel que soit le lieu de la provenance, il n'est pas toujours aisé de distinguer ces intailles, de faire avec certitude le départ entre celles qui peuvent avoir été gravées en Mésopotamie et celles que Ton est fondé à réclamer pour les Hétéens.

Le critérium le plus sûr, c'est encore la présence, dans le champ du cachet, de signes appartenant au syllabaire hétéen. Voici, par exemple, une petite pierre de calcaire gris et de forme searabéoïdc, qui a été ramassée dans les fouilles de Ninive (fig. 371). On y reconnaît à première vue trois des caractères que l'on a remarqués dans les textes de Gargamich etd'Hamath, la capsule ovale avec barre médiane, l'oi- 37i. — imaiiie.

, 4 , n . P , , , , . Musée britan-

seau, dont la ligure a pris une tonne abrégée et cursive, nique. Wright. enfin le losange1. Les premiers spécimens de cette écri- The E™p*re> turc qu'on ait possédés, bien avant que les textes d'Hamatlt eussent été mis en lumière, se trouvaient sur des sceaux qui avaient été recueillis par M. Layard dans le palais de Sennachérib; ils sont restés perdus au milieu des trésors du Musée britannique, jusqu'au moment où en Angleterre on s'est pris de passion pour les Hétéens. Nous avons donné des échantillons de ces empreintes (fig. 287, 288, 289)*. Les caractères sont d'ailleurs mieux formés et plus nets sur d'autres monuments du même genre, qui paraissent provenir de l'Asie Mineure3. Dans quelques-uns de ces monuments, ainsi dans ceux que nous avons reproduits au bas de la dernière page de nos trois premiers chapitres, le champ est rempli tout entier par des signes qui composent une inscrip-

4. Ce dernier signe est d'un usage moins fréquent que les deux autres; on ic trouvera pourtant dans la première ligne du grand texte qui, dans les planches de Wrighl [The Empire), esl numéroté J. III.

2. Voir, sur ces sceaux, Histoire de ÏArtt t. IV, pp. 492 et 567 ; on trouvera dans la planche XIII de Wright tous les monuments de cette provenance.

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