TOME IV
une pat ère, soit quelque autre objet, ou bien elle est levée en signe d'hommage; la différence n'est que dans le rendu, qui, dans sa maladresse, grossit la main ou laisse mal reconnaître la nature de l'offrande. Enfin certains des rites que nous devinons ici paraissent empruntés aux usages* de la religion phénicienne. L'interprétation la plus plausible que l'on ait proposée de ces cerfs fichés sur la pointe d'une épée est celle qui y voit une allusion à un ou deux cerfs immolés près de l'autel du dieu ; or on sait que le sacrifice du cerf était un de ceux que prévoyaient les rituels carthaginois et dont ils réglaient les conditipns '. Dans le même ordre d'idées, on remarquera la présence de colombes sur l'espèce de colonnette qui porte l'anneau de suspension dont sont pourvues la plupart des barques votives (fig. 83) 2. Chez les Phéniciens, la colombe était l'emblème d'Astarté3; or cette « Reine des ciçux » (meleket has samaïm) avait, entre autres attributions, la charge de protéger les navigateurs, rôle qu'elle continua à remplir, chez les Grecs, sous son nouveau nom d'Aphrodite \
Voilà qui atteste la transmission des idées et des pratiques religieuses. On arrive au même résultat en étudiant les formes que la main de l'ouvrier a données chez les Sardes aux objets usuels et les quelques motifs très simples qui y ébauchent un commencement de décoration. La tresse se rencontre souvent dans les bronzes sardes (fig. 94) \ Or nous avons dit quelle place elle tient dans l'ornementation phénicienne*. Un des piédestaux de leti parait avoir été orné de moulures dont nous avions remarqué les profils sur les stèles provenant des villes puniques de la côte (fig. 73) 7. Notons encore deux faits qui s'expliqueraient très difficilement dans l'hypothèse d'un art qui se serait développé par lui-même, bien avant que les Carthaginois se fussent établis dans l'île. Un des soldats que représentent les bronzes sardes porte un rameau de palmier (fig. 56) ; or l'arbre à dattes appartient à l'Afrique, et s'il a été introduit en Sar daigne, sinon pour ses fruits qui
i. Clermont-Gànneau, l'Imagerie phénicienne, § 5. Le Sacrifice du cerf dans le rituel carthaginois.
2. Bullettino archeologico sardo, 1884, pi. II, flg. 16, 18 et 22.