II Samuel, vm, x, xi, xu, 20-31 ; xxi
avoir perdu leur indépendance, les Philistins avaient reconnu sa suprématie; les plus braves de leurs guerriers étaient entrés dans sa garde; celle-ci renfermait aussi des soldats de fortune ammonites, hittites, moabites1. David laissait à son successeur un territoire très étendu, une armée et un trésor2.
L'imagination populaire a pris plaisir à chercher un contraste entre David et Salomon. Au roi batailleur elle a opposé le roi pacifique. 11 y a quelque exagération dans cette antithèse3; si Salomon ne paraît pas avoir fait campagne de sa personne, il a entretenu l'armée et l'a occupée; il a achevé de soumettre, en les réduisant à une sorte de servage, tout ce qu'il y avait encore, en Palestine, de tribus chananéennes plus ou moins indépendantes4; il a couvert de places fortes les avenues de son royaume5. S'il a perdu, vers le nord et vers le sud, quelques-unes des conquêtes de David6, il en a conservé pourtant assez pour rester le plus puissant des souverains qui se partagent l'intérieur de la Syrie7. Cependant tout n'est pas faux dans la légende. Il est peu de personnages pour lesquels elle se soit autant mise en frais que pour Salomon, et pourtant, sous l'ampleur et le caprice des broderies dont elle a chargé sa figure, il y a, dans le caractère qu'elle lui prête, un fond de vérité. Salomon nous est beaucoup moins bien connu que David; nous n'avons pas, sur les incidents et les détails de son règne, autant de données qui soient proprement historiques. Son image ne nous apparaît qu'agrandie et déformée par la fable; c'est au prix seulement de beaucoup d'efforts que nous la ramenons à ses dimensions réelles et que nous pouvons espérer saisir quelques-uns des traits qui distinguèrent cette physionomie. Salomon est un sultan oriental, un des plus remarquables échantillons de ce type. Les meurtres par lesquels il a inauguré son règne l'ont débarrassé de toute concurrence et de toute inquiétude; ses affaires de famille ainsi réglées, il ne verse plus le sang, car il n'est pas cruel par instinct et par goût. C'est en despote qu'il gou-
1. Il Samuel, vm, 18; xi, 3; xxiu, 8-39. / Chroniques, xi, 10-47.
2. La Chronique (I, xxn, 14) donne pour le capital réuni dans ce trésor des chiffres tout hyperboliques; mais l'exagération même de ces données prouve quel souvenir avait laissé l'opulence du conquérant, et maintes indications, éparses dans le récit des victoires de David (Il Samuel, vm), permettent de deviner quel riche butin David avait amassé sous forme de métaux précieux, soit en lingots, soit en objets travaillés.