DESCRIPTION DU MONT MORIA
à son sommet Taire d'Oman le Jébuséen, riche propriétaire que n'avait pas dépossédé la conquête juive; tout autour s'étendait le domaine, où l'orge et les oliviers croissaient sur des pentes très douces dans le sens de la crête, plus rapidement inclinées vers les deux vallées de Test et de l'ouest. Cette aire, déjà gagnée elle-même sur le roc, ce fut le point central autour duquel rayonnèrent les constructions postérieures '.
En étudiant cette sorte de modèle du terrain que fournissent les relevés anglais, on reconnaît que, pour donner au plateau la forme qu'il présente aujourd'hui, il a fallu des travaux plus considérables que ne pouvaient se le figurer ceux qui n'avaient pas eu l'occasion d'étudier, comme l'ont fait les derniers explorateurs, les dessous du sol actuel. M. de Vogué lui-même n'a pu tout deviner, malgré l'attention scrupuleuse avec laquelle il a examiné la surface du Haram, malgré la précaution qu'il avait prise de descendre dans toutes les citernes, dans tous les aqueducs et égouts qui s'enchevêtrent sous le dallage superficiel8.
Vers le centre du plateau, à l'est et à l'ouest, il a suffi de construire deux murs parallèles et de remplir de terre l'intervalle laissé entre les murs et la déclivité de l'arête médiane. Au nord et au sud, à cause de la pente du terrain, il a fallu abaisser un côté et relever l'autre. Tout l'espace ABCD a été déblayé (fig. 109). L'angle nord-ouest a été évidé dans le roc ; sur ce point la cour se trouve fermée par une muraille naturelle, dont la face septentrionale n'a pas moins de 8 mètres de haut. L'angle nord-est est au contraire formé de remblais; M. de Vogué avait cru que le ravin aux dépens duquel avait été créé le réservoir dit Birket-Israël débouchait dans le Cédron en dehors du Haram. Il n'en est pas ainsi, comme l'ont prouvé les sondages anglais. Ce ravin passe en biais sous cet angle nord-est de la haute terrasse. C'est même
i. I) nous est dit d'une manière formelle que « Salomon commença de bâtir la maison de l'Éternel à Jérusalem, sur la montagne de Moria, qui avait été indiquée à son père David, sur l'aire d'Oman le Jébuséen » (II Chroniques, m, J). Que cette aire occupait le sommet de la colline, c'est ce que l'on peut induire du récit qui fait apparaître à David l'ange de l'Éternel « se tenant entre la terre et les deux, ayant en sa main son épée nue étendue sur Jérusalem » (I Chroniques, xxi, 4b); le texte a soin de dire que cet ange « se tenait près de Taire d'Oman ». Pour qu'en occupant cette position il parût être « entre la terre et les cieux », il fallait que l'aire fût à la cime même du coteau. D'ailleurs, je l'ai plus d'une fois remarqué en Grèce et en Syrie, c'est toujours dans l'endroit le plus élevé du domaine que l'on place l'aire où, sur le sol battu et durci, les bœufs dépiquent le blé après la moisson; on cherche le lieu où le vent souffle le plus fort, pour que les enveloppes du grain soient mieux enlevées et portées à distance, pour que les hommes et les bêtes aient moins chaud pendant le travail.
2. De VogCé, le Temple, chapitre I : Description générale du Haram-ech- Chéri f.
là que les remblais atteignent la plus grande profondeur. Un puits foré le long du mur oriental, au point I, a dû descendre jusqu'à 38m,10 audessous du sol actuel, à travers les décombres, pour atteindre la cuvette du rocher1. Dans la traversée du Haram, cette cuvette, où l'eau doit encore filtrer dans les grandes pluies, a-t-elle été couverte d'une voûte? M. Warren croit la chose probable ; mais il lui a été interdit de pratiquer des fouilles dans l'enceinte même du Haram.
Au sud, on a créé un sol artificiel soutenu par tout un système de substructions voûtées qui occupe le quadrilatère EFGH.
La plate-forme ainsi obtenue était sensiblement horizontale, excepté dans l'angle À, qui n'a pas été déblayé assez profondément. Le niveau général adopté pour ce qui devait former autrefois les cours du temple n'est pas celui du point culminant, qui porte la Koubbet-es-Sakrâ; il reste inférieur d'environ 5 mètres au sommet de la roche sacrée. Par suite de ce travail d'aplanissement et d'exhaussement, trois côtés du Haram, les côtés est, sud et ouest, ont l'aspect de terrasses qui dominent, de plus ou moins haut, le terrain environnant. La plus grande élévation apparente est à l'angle sud-est, où elle atteint 14 mètres audessus du niveau du sol actuel ; mais au nord-est, là où se creusait le ravin qu'il a fallu combler, le sol de la plate-forme domine de bien plus haut le fond de cette dépression. Partout le mur disparaît et s'enfonce dans des masses de décombres, pour aller chercher bien loin la roche vive sur laquelle il s'appuie 2.
Seul le quatrième côté du Haram, le côté nord, était accessible de plain-pied. Pour parer à cet inconvénient, pour délimiter et protéger l'enceinte, une large et profonde tranchée avait été creusée dans le roc au nord-ouest. Au nord-est, le Haram avait été isolé par le Birket- Israël, qui, à demi comblé, a encore 32 mètres de largeur et 20 mètres de profondeur. Le fossé qui se reliait à ce réservoir coupait de part en part la crête rocheuse.
On obtint ainsi le quadrilatère irrégulier que dessine aujourd'hui le Haram (fig. HO). D'après les mesures les plus exactes, il offre la figure d'un trapèze dont les côtés les plus longs, à l'est et à l'ouest, mesurent 462 et 491 mètres. Ceux du sud et du nord ont 281 et 310 mètres.
Avec son niveau partout le même, avec le mur qui en supporte les
\. Recovery, t. I, p. 187.
2. Voici quelques chiffres qui donneront une idée de la profondeur de cette couche de débris. A l'angle sud-ouest, le pied du mur est à 20m,60 au-dessous du sol actuel de la vallée; devant la porte occidentale il est à 22m,49, et à l'angle sud-est, à 24B,,32.