Lions en terre émaillée. Musée dAthènes
hiéroglyphiquesdontquelques-unsse laissent encore déchiffrer (fig. 27)*. On y lit le nom d'Ahmès, qui a été usité de tout temps en Egypte, mais qui paraît devenir d'un usage plus fréquent vers la fin du Nouvel Empire, sous les princes Saïles.
1. Sur d'autres trouvailles d'objets, tels que des scarabées, recouverts de ce mémo émail, qui ont été faites dans des tombeaux decette époque, voir 'Ef.àp/., 1880, p. 175, n. 2; MiLCHŒFER, Die Anfœnge der Kunst, p. 45, et Helbig, rÈpopèe homérique, p. 93, n. 0.
Ces lions sont certainement de fabrique orientale; les statuettes, elles aussi, pourraient donc être des objets importés du dehors. C'est rhypothèse qui s'est présentée à Tesprit de quelques-uns des archéologues qui ont vu ces figurines*. Nous ne partageons pas cette opinion*.
L'ivoire vient de l'Afrique; mais on sait, par les tombes, quelle consommation en a fait la Grèce mycénienne. Pour la période suivante, VIliade et V Odyssée attestent que, dans le monde où vivaient les aèdes homériques, l'industrie usait couramment de l'ivoire pour décorer les bijoux, les armes et les meubles. La question n'est donc pas là : elle est tout entière dans la pose et le caractère de la figure. Ce qu'il faut trouver, si l'on veut établir que ces statuettes n'ont pas été modelées en Grèce, ce sont les prototypes orientaux dont elles seraient
2". — Inscriptions gravées sous les lions.
des copies. Ces prototypes, je les cherche en vain dans ce qui reste de l'Egypte ou de la Phénicie. Ce n'est pas cette pose que l'Egypte donne d'ordinaire à ses figures : hommes et dieux y sont presque toujours représentés dans l'attitude de la marche, le pied gauche porté en avant; il est rare d'ailleurs que, dans sa statuaire, la femme paraisse nue, qu'elle n'y ait pas tout au moins une légère draperie, fixée autour des hanches. S il y a, dans les vitrines du Musée égyptien au Louvre, des ivoires qui, par la pose et l'aspect, se rapprochent des statuettes du Dipylon, rien n'en indique ni la provenance ni l'âge, et quelques-uns paraissent être d'assez basse époque; il semble d'ailleurs que ce soient des manches de miroir ou de couteau, des tiges de cuiller; or les statuettes altiques, avec l'uniformité de leur attitude, avec la plinthe qui les supportait, ne peuvent guère avoir été que des idoles, et elles n'ont rien qui rappelle les simulacres égyptiens de la divinité. ^ Ce prototype que nous avons inutilement demandé à l'Egypte, la
1. HoMOLLE, BulletiHy 1891, p. 441. Staïs, AeXtîov, 4892, p. 9. C'est aussi vers cette opinion que paraît incliner Léchai {Revue des études grecques, t. IX, p. 445-446).
2. Notre impression est celle de MM. Brueckner et Pernice, les auteurs de la fouille (Ein attischer Friedhofy p. 129-130).
Phénicie ne le fournit pas davantage. C'est vêtue d'un long peplos que la figure féminine se présente dans les monuments dont l'origine phénicienne ne prête pas au doute*. 11 y a, au contraire, une sensible parenté entre les statuettes d'Athènes et une image de femme, modelée dans une plaque d'ivoire, que nous avons jadis rangée au nombre des ouvrages qui peuvent être portés au compte des ateliers phéniciens * ; mais nous ne croyons pas devoir maintenir cette attribution. La plaque provient de la nécropole de Camiros ; or, depuis que nous avons mieux étudié l'archaïsme grec, nous inclinerions à beaucoup réduire la part qu'il convient de faire, dans l'inventaire du mobilier des plus anciennes tombes de Camiros, à l'industrie phénicienne. Nous n'hésiterons donc pas à reconnaître là l'œuvre d'un artisan grec^ Le type que reproduit ce bas-relief est étranger à l'art oriental ou du moins il ne s'y rencontre qu'assez tard, lorsque celui-ci a pu s'inspirer, à son tour, de modèles créés par les tribus riveraines de la mer Egée*; il est, en revanche, représenté, dans les plus anciennes nécropoles des Cyclades, par de très nombreux exemplaires, par ces figurines plates, d'un travail très grossier, taillées dans le marbre, dont il a été trouvé aussi quelques exemplaires à Delphes et à Athènes %• il l'est par des terres cuites cypriotes, qui ne remontent pas à une moindre antiquité ^ Les ivoires de Camiros et des tombes attiques ne se distinguent des statuettes primitives que par l'emploi d'une autre matière, par une facture déjà plus habile et par un trait unique : dans les figurines d'Amorgôs et d'Antiparos, comme dans celles de la nécropole d'Alambria, les bras, au lieu d'être pendants et collés aux hanches, sont croisés sur la poitrine, au-dessous des seins. A cela près, c'est la même nudité complète, la même disposition des jambes, la même apparence d'immobilité absolue. La ressemblance est bien plus marquée que ne l'est la différence.
Ce thème de la femme debout, nue,les bras collés aux cuisses, nous le retrouvons encore dans une figurine de bronze du Musée de l'Acropole d'Athènes. La statuette, très fruste, paraît remonter à un âge
i. Histoire de V Art, t. Ilï, fîg. 281 et 617.