‹ Histoire de l'art pendant la Renaissance (volume 2)Chapitre 126 sur 262 · I. Ga:^ette archéologique, 1O87, P · texte numérisé non relu

I. Ga:^ette archéologique, 1O87, P

BRAMANTK.

subsiste qu’une loge, avec sept arcades aujourd’hui murées', peut-être aussi quelques « sgraffiti ».

A Pavie, Bramante intervint plusieurs fois dans la construction de la cathédrale ; M. de Geymüller lui fait honneur de l’invention des profils excellents qui distinguent les piédestaux du chœur et le soubassement de la

Église Santa Maria à Abbiate Grasso, par Bramante.

sacristie, ainsi que du système d’éclairage si original de la crypte. Ce fut toutefois un autre maître, Cristoforo Rocchi, qui fut chargé dç composer le modèle en bois que l’on conserve de nos jours encore à la cathédrale.

Deux autres^ monuments, l’église octogonale « Santa Maria di Canepanova » (1492), réplique plus ou moins modifiée de la sacristie de San Satiro, ainsi qu’un palais à deux étages, situé Corso Cavour, n“ 3o, perpétuent à Pavie le souvenir de Bramante. A la Canepanova on remarque déjà le motif que le

I . De Geymüller, les Projets primitifs, p. 5o. — La Renaissance an temps de Charles FUI, p. 247-248 (avec une gravure).

maître employa plus tard si habilement au cloître de la « Pace » à Rome : des colonnes posées en porte-à-faux sur le sommet des arcades inférieures.

A Côme, de même qu’à Pavie, Bramante dut formuler à diverses reprises des propositions pour l’achèvement ou la décoration de la cathédrale. M. de Geymüller, qui lui attribue l’ouverture du revêtement extérieur des façades latérales de la nef (la porte sud date de 1491), affirme que la beauté et l’ampleur du dessin des deux corniches principales, le détail sobrement profilé des contreforts avec leurs gargouilles en forme d’urnes portées par des atlantes, font présumer que ces parties furent exécutées d’après les dessins de Bramante, mais en dehors de sa surveillance personnelle*.

Tous ces ouvrages, plus ou moins fragmentaires, sont éclipsés par la fiiçade si simple, si grandiose, si saisissante, de l’église d’Abbiate Grasso. Cette fiiçade (avec la date 1477 d’après M. de Geymüller, et 1497 d’après M. de Seidlitz) procède sur plusieurs points de la fiiçade de Saint-André de Mantoue, un des chefs-d’œuvre d’Alberti. Ici comme là le motif principal se compose d’une arcade gigantesque; mais, malgré cette analogie générale, les innovations introduites par Bramante dans son projet en font une œuvre absolument originale. Et tout d’abord l’arcade occupe chez lui toute la largeur de la façade, tandis que chez Alberti elle est flanquée de quatre pilastres et de quatre niches disposées sur deux étages; en outre, l’entablement, qui occupe une place très considérable dans l’œmvre de l’architecte florentin, a disparu dans l’œuvre de l’architecte d’Urbin, ce qui augmente l’effet de l’arcade; enfin, aux pilastres occupant toute la hauteur de la façade, depuis le bas jusqu’à l’entablement. Bramante a substitué deux ordres de colonnes destinés eux encore à fiiire ressortir l’arcade, au lieu de l’écraser. Dans cette page monumentale, si riche et si sobre. Bramante prélude au style qui s’affirmera dans ses constructions romaines, notamment dans la célèbre niche (« il nicchione ») du jardin supérieur du Belvédère.

Une foule d’autres constructions, soit à Milan, soit dans les environs, soit aux extrêmes confins du Milanais, églises, monastères, palais, etc., dérivent de modèles composés par Bramante. Celui-ci, de même que Léon-Baptiste Alberti, semble avoir surtout pris plaisir à tracer des plans sur le papier; la surveillance directe des travaux l’intéressait beaucoup moins; peut-être même dédaignait-il certaines connaissances pratiques. Nous savons du moins que les constructions qu’il dirigea à Rome pour Jules II manquaient parfois de solidité : il est vrai qu’il les avait élevées avec une extrême précipitation, sur les instances mêmes du Pape.

Parmi ces édifices inspirés de plans de Bramante, la « Madonna di Piazza », à Busto Arsizio, mérite le premier rang. Rectangulaire à l’extérieur, octogonale à l’intérieur, cette église tire son principal effet du contraste entre la simplicité de l’ordre inférieur (quatre pilastres massifs et trois oculi) et la richesse de sa

Page 1