LES ELEVES LOMBARDS DE BRAMANTE
Tommaso Rodari de Maroggia a concentré ses efforts sur la décoration de la cathédrale de Corne : il y travailla sans interruption, avec ses frères, à partir de i486 jusque vers i52Ô : de i5o5 à 1009 il y exécuta la fameuse « Porta délia Rana ». C’était avant tout un sculpteur. Chaque fois qu’il s’agissait de travaux d’architecture plus considérables, dit M. de Geymüller, on faisait venir des maîtres plus versés dans l’art de bâtir, comme Omodeo (i5io) et Cristoforo Solari (iSiq). C’est à ce dernier que nous sommes redevables des améliorations considérables apportées au modèle de Rodari pour l’exécution du chœur'. Il est difficile de se figurer l’accumulation des ornements sur les portes et sur les fenêtres : bucranes, dauphins, aigles, sphinx, sirènes, centaures, carquois, flèches, casques, cuirasses, brassards et jambards, goupillons, ostensoirs, bas-reliefs à sujets historiques, le tout lourd, mal digéré et mal relié. On attribue en outre à Rodari la façade de l’église San Lorenzo à Lugano.
Andrea Cristoforo Solari de Milan, surnommé « il Gobbo », vécut de iqôS à iSqo environ. Nous l’avons vu intervenir dans l’achèvement de la fliçade de la Chartreuse de Pavie et de la cathédrale de Côme; cet artiste, qui prit part à une foule de travaux, se signala principalement par la construction de la belle église « Santa Maria délia Passione » à Milan.
Citons encore Vincenzo dell’ Orto, qui commença en 1498 l’église de Saronno, avec sa coupole à fenêtres bilobées séparées par des colonnettes.
La chute de Ludovic le More (1499) avait contraint Bramante à quitter le Milanais, cette belle contrée à laquelle il s’était attaché comme à une seconde patrie; ce fut sur un théâtre encore plus vaste qu’il déploya désormais les splendides ressources de son génie.
Quel était, au moment de l’arrivée de Bramante, l’état de l’architecture à Rome? Pour répondre à cette question, nous devons revenir quelque peu sur nos pas.
Pour le dernier tiers du xv'‘ siècle, l’idée que l’on se fliisait du développement de l’architecture romaine est absolument erronée : Giuliano da Majano n’a pas travaillé sur les bords du Tibre et Baccio Pontelli n’y a pas construit les innombrables monuments qu’on lui a attribués jusqu’à ces derniers temps, sur la foi de Vasari^ Giuliano et Antonio da San Gallo, au contraire, y ont laissé de nombreux monuments de leur talent. Nous retrouverons ces deux maîtres lorsque nous étudierons l’histoire de l’architecture florentine. Par contre, il importe de retracer dès à présent la carrière de Pontelli, dont le nom a été accolé à un si grand nombre d’églises ou de palais de la Ville éternelle. Cet artiste, dont on a voulu fltire un maître en l’art de bâtir, a été