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LES ARCHITECTES VÉNITIENS

bardesca », en souvenir de ses créateurs les Lombardi, forme un compromis entre le style byzantin et la Renaissance. Les églises de « Santa Maria dei Miracoli » (1481-1489), de SS. Giovanni et Crisostomo (1483), la « Scuola di San Giovanni Evangelista » (1481) et la « Scuola di San Marco » (1485) continuent la tradition inaugurée à San Zaccaria (i|56). Ce sont les mêmes frontons semi-circulaires, la même lourdeur et la même incohérence, malgré la présence d’une foule de motifs charmants si on les considère isolément. La prépondérance de l’élément sculptural — un des traits distinctifs de l’architecture vénitienne — s’y affirme déjà nettement.

Prenons l’église « Santa Maria dei Miracoli », ouvrage authentique de Pietro Lombardo'. La façade comprend un grand mur percé d’une porte, de deux fenêtres, d’un ocLilus gigantesque et de trois autres oculi plus petits (on notera la prédilection des Vénitiens pour ces ouvertures circulaires si disgracieuses), le tout mal relié. Quant à l’intérieur, il est plus bizarre encore et nous montre avec quel sans gêne les architectes vénitiens s’affranchissaient à l’occasion de la tradition religieuse :

plus de plan en forme de croix, mais une nef unique sans transept, avec un autel fort élevé, une abside carrée, et une voûte en bois, en forme de berceau. La décoration sculpturale, sur laquelle nous reviendrons plus loin, masque heureusement ces défauts et ces lacunes.

Non moins graves sont les reproches que l’on peut formuler contre la « Scuola di San Marco », commencée en 1486 par Martino Lombardo ». « On connaît le principe de cette architecture », dit judicieusement Adolphe Lance : « Tout le gros oeuvre est maçonné en briques, tandis que la décoration est exécutée en revêtements et incrustations de marbre; en d’autres termes, les parties apparentes de l’édifice ne sont qu’un placage rapporté

Coupole de l'église Sainte-Marie des Miracles à Venise.

I. Bibl. : G. Boni, Santa Maria dei Miracoli in Vene^ia. Venise, 1887; in-8“.

après coup; quant à l’cdifice meme, il a disparu sous cette parure d’emprunt La façade de la « Scuola » ne fut, on le sent trop, pour Martine

Lombarde, comme pour un peintre sa toile, qu’une surface quelconque à couvrir de ceci et de cela, selon le caprice de sa flmtaisie Vous con-

naissez ces meubles français du xvC siècle, où les ébénistes du temps, gens de beaucoup d’imagination, s’évertuaient à figurer en bois de couleur des temples ou des palais en miniature? Je ne puis mieux comparer l’architecture lombarde qu’à ces petits chefs-d’œuvre de patience et d’adresse. Décuplez les dimensions de ces meubles, substituez les marbres orientaux à l’ébène, à l’ivoire, au bois de rose, et vous aurez une idée de la « Scuola di San Marco ». Est-ce à dire pour cela que le talent, l’habileté, l’imagination même font définit dans cette composition? Non certes; mais ce qui manque, c’est le raisonnement, le sérieux, le goût élevé que comporte l’art monumental; quelque coquet, quelque gracieux que soit ce joli paravent multicolore, il est impossible de le considérer autrement que comme une espèce d’ouvrage d’ébénisterie'. »

Ajoutons que la fitçade, avec ses lions en raccourci et ses finisses arcades à caissons (effet de perspective qui rappelle celui de l’église de San Satiro à Milan), a quelque chose d’imprévu, de saisissant.

En résumé, les monuments religieux élevés à Venise entre 1470 et 1820 appartiennent encore essentiellement au style de transition. Il était réservé aux Michèle San Micheli, aux Jacopo Sansovino (après 1827), aux Palladio, d’imprimer un nouvel et suprême essor à l’architecture vénitienne, d’en faire la formule par excellence de la magnificence unie à la noblesse.

Dans l’architecture civile, l’indécision qui avait caractérisé les constructions religieuses de la période précédente (t. I, p. 481) fait place, sinon à une netteté comparable à celle des Florentins, du moins à un parti pris véritable, qui n’exclut pas l’indépendance’x

Avec les palais Vendramin-Calergi, construit en 1481 par Pietro Lombardo, et Corner-Spinelli, nous entrons en pleine Renaissance : nous y trouvons, dans le premier, des ordres à pilastres et à colonnes engagées, une corniche très déve-

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