‹ Histoire de l'art pendant la Renaissance (volume 2)Chapitre 17 sur 262 · INFLUENCE DE PLATON · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE PLATON

sensé de ne point envisager la beauté de tous les corps comme une seule et même chose.... Après cela, il doit considérer la beauté de l’âme comme bien plus relevée que celle du corps', de sorte qu’une âme belle, d’ailleurs accompagnée de peu d’agréments extérieurs, suffira pour attirer son amour et ses soins, et pour qu’il se plaise à y enfanter les discours qui sont les plus propres à rendre la jeunesse meilleure. Par là il sera amené à considérer le beau dans les actions

I,;i l'eilUure relitrieuse au xvi' siècle.

L'Apparition de la Vierfre à saint Bernard, par Fra Bartolommeo. (Académie de Florence.)

des hommes et dans les lois, et à voir que la beauté moi ale est paitout de la même nature, » etc. h

Mais l’éclectisme inhérent à la doctrine de Platon n aurait pas triomphe aussi complètement si les mœurs n’avaient pas suivi un mouvement parallèle, si, grâce aux bienfaits d’une civilisation de plus en plus raffinée, grâce à une prospérité qui ne pouvait aller plus loin, les Italiens n’avaient pas arboré le drapeau du

« La beauté vient de l'âme. - La beauté a en grande partie pour cause la bonté de l’âme. )) (Savonarole, apiid Gruyer, les Illustrations, p. iR4> IQO-IQI-)

2. Le Banquet, trad. Cousin, t. VI, p. .3i.U E. Münlz. — IL Italie. L'Aye d’ür.

spiritualisme dans les moindres usages de la vie domestique, tout comme dans les manifestations intéressant une cité entière. L’esprit bourgeois ue lèie précédente a disparu; je veux dire ces habitudes méticuleuses, ces habitudes de pusillanimité et de parcimonie. Quelle aisance désormais dans les manières, quel luxe noble et bien entendu ! L’art n’a plus à compter avec tous ces senti-

La Peinture religieuse au xv' siècle. Madone de liotticelli, au Musée des Offices.

ments mesquins, avec un égoïsme qui fléchissait tout au plus devant les plus proches parents; il trouve, pour l’inspirer, l’initiative, la hardiesse, la libéralité, des élans généreux et le goût le plus sûr.

Le premier et le plus glorieux adepte de l’esthétique platonicienne, telle qu’on l’enseignait dans l’entourage des Médicis, fut Michel-Ange. C’est dans ses entretiens avec Laurent le Magniflque, avec Politien, avec Pic de la Mirandole, et avant tout avec Marsile Plein, que le jeune artiste se pénétra des doctrines de spiritualisme transcendant auxquelles il resta Adèle toute sa vie. Mais à côté de ces influences profanes se place une influence qui ne nous semble pas avoir été

INFLUENCE Di: FEATON.

signalée jusqu’ici : Savonarole, Tardent mystique, contribua certainement autant que n’importe quel courtisan des Médicis à flimiliariser Michel-Ange avec ces doctrines. A tout instant, en parcourant ses « Paroles sur Tart », si habilement groupées par M. Gustave Gruyer, on croit lire une page du Banquet ou du Timée. Tantôt le rélormateur proclame la supériorité de la nature sur

La Peinture religieuse au xvi' siiicle. La Vierge a la Chaise, par Kaphaêl, au palais Pilti.

Tart, tout comme Platon, tantôt celle de la beauté morale sur la beauté plastique; tantôt encore il place en Dieu la souveraine beauté'.

Et comme Michel-Ange, nature synthétique entre toutes, répond admirablement à l’idéal de Platon! Puisant sans cesse dans son propre fonds, ne voyant dans la création que Thomme, et pouvant dire, avec Socrate, « les champs et les arbres ne veulent rien m’apprendre, et je ne trouve à profitei que parmi les hommes, à la ville’G), il représente la toute-puissance des idees

1. Les lUuslrations des écrits de Jèrônte Savouarole, p. 184, i8.5, 192.

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