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Les délia Robbia, p

LES DELLA KOBBIA.

doit à son père a laissé des traces si profondes en lui, qu’il ne peut se soustraire à son influence. »

La frise et les médaillons de l’hôpital (« il Ceppo ») de Pistoja, les Sept Œuvres de Miséricorde, comprenant une centaine de figures, petite nature, et mesurant une quarantaine de mètres de long, non compris V Annonciation, la Visitation, V Assomption, etc., forment le chant du cygne des délia Robbia. Mais que nous sommes loin des principes du vieux Luca, ce styliste sévère! Le réalisme y a pris la place de l’idéal; les types et les costumes du xvi" siècle, la place des types et des costumes de convention en honneur si longtemps dans cette fltmille austère. On a beaucoup discuté dans les dernières années sur l’auteur de cette composition considérable, où la sculpture allégorique

Les Œuvres de Miséricorde. (Donner à boire à ceux qui ont soil.) Attribué à Giovanni délia Robbia. (Hôpital « del Ceppo » à Pisto'à.)

coudoie parfois la sculpture de genre : MM. Cavallucci et Molinier, dont l’opinion est d’un si grand poids en pareille matière, se prononcent en faveur de Giovanni délia Robbia, peut-être assisté de Santi Buglioni et d’autres artistes.

Parmi les sculpteurs qui s’inspirèrent plus ou moins librement des délia Robbia', rappelons les noms de Benedetto Buglioni (iqôi-iSai), l’auteur de la Vierge exécutée pour l’hospice du Ceppo de Pistoja, et de son élève Santi, surnommé Buglioni (1494-1576). Un élève de Fra Bartolommeo délia Porta, Fra Paolino de Pistoja, passe pour être l’auteur du superbe groupe de la Visitation, dans l’église San Giovanni Fuorcivitas à Pistoja.

Quelques efforts que les derniers héritiers de Luca délia Robbia tentassent pour rajeunir leur art, celui-ci, en Italie du moins, ne survécut guère à la ruine de la sculpture polychrome. Proscrit des villes, il trouva pendant un temps

I. Il ne faut pas perdre de vue cette circonstance que les délia Robbia consentaient parfois à émailler les sculptures en terre de leurs amis ou confrères. Ils rendirent notamment ce service à Andrea Sansovino pour une Assomption, à Rustici pour un Christ apparaissant à Madeleine, etc.

E. xMüntz. — II. Italie. L’Ag-e d’Or.

encore un asile dans les campagnes, chez les pauvres et les simples, aux yeux desquels ces couleurs vitrifiées relevaient le prestige des Madones au regard timidement baissé, des saints marchant avec résignation au supplice.

A côté des délia Robbia, travaillait un groupe d’artistes que l’on peut qualifier d’Eclectiques, maîtres honnêtes, laborieux, distingués, mais sans parti pris et sans fougue. Benedetto da Majano, Civitale ou Civitali, Andrea Sansovino, tels sont les noms des plus célèbres dans cette phalange, somme toute si sympathique, et dont l’expansion a été brusquement arrêtée par l’apparition de Michel-Ange.

Perkins range Benedetto da Majano et Civitale parmi les disciples de Luca délia Robbia, en compagnie de Rossellino et de Mino da Fiesole. La recherche du fini qui caractérise ces maîtres fait toutefois contraste avec le style si large du vieux Luca. Il serait plus juste de dire qu’ils se sont inspirés de Ghiberti autant que du fondateur de la dynastie des délia Robbia, et que de ces éléments divers ils ont formé une agglomération qui a sa saveur particulière. Si leur amour du détail rappelle Ghiberti et leur sécheresse Donatello dans ses moins bonnes productions, la pureté de leurs contours semble en efiet procéder de Luca. En ce qui concerne spécialement Benedetto da Majano, M. Bode le rapproche d’Antonio Rossellino : il révèle, dit-il, la même richesse de fantaisie, le même sentiment de beauté, la même « maestria » dans le travail du marbre, mais ses figures sont plus pleines, leur expression a quelque chose de plus recueilli et de plus rêveur.

La biographie de Benedetto da Majano est déjà connue du lecteur : nous l’avons esquissée en étudiant les ouvrages d’architecture exécutés par le maître. Il nous reste à étudier ici son rôle comme sculpteur'.

Benedetto déploya de bonne heure une grande activité, sculptant à la fois des statues, des bustes, des chaires, des retables, des tabernacles, des tombeaux; il compta pour tributaires non seulement la Toscane entière (Florence, San Gimignano, Sienne, etc.), mais encore l’Ombrie, les Marches et jusqu’au royaume de Naples.

D’après M. Bode, le tombeau de Saint Savin, dans la cathédrale de Eaenza, serait un des premiers ouvrages du maître (il aurait été exécuté en 1471- 1472, et non en 1493, comme le rapporte Perkins). Ce monument se compose d’un sarcophage à couvercle triangulaire, placé dans une niche circulaire et reposant sur quatre consoles qui répondent aux huit pilastres — accolés deux à deux — à l’aide desquels l’artiste a divisé la face du sarcophage en trois compartiments. Les niches pratiquées dans les extrémités du sarcophage

1 . Bibl. : Bode, dans Kinist uml Kibistler de Dohme, et dans le Repertorium fur Kiinstwisseiischafl, iHID, p. 149-162. — Gianuizzi : Archivio storico dell' Arte, 1888, p. 176-181. — Le testament de Benedetto a été publié dans le Carteggio de Gaye (t. I, p. 270); l’inventaire de son mobilier dans ht Parrocchia di S. Martiiio a Mensota. Florence, 1876.

bkm;i)ict'1'o da majano.

contiennent des statuettes. Quant aux compartiments de la face antérieure, ils sont décorés de six bas-reliefs, un peu veilles, dont l’un nous montre saint

La Visitation, attribuée à Fra Paolino. (Eglise San Giovanni Fuorcivitas à Pistoja.

Savin renversant une statue de Cupidon, debout sur un trépied, tenant d’une main une pomme, et appuyant l’autre sur la hanche dans une attitude charmante.

Par contre, la fontaine de la sacristie du sanctuaire de Lorette, que M. Bode

considère comme un ouvrage de la jeunesse de Benedetto, n’a pu prendre naissance, d’après M. Gianuizzi, qu’entre les années 1484 et 1487. Signalons encore dans cette sacristie deux Evangélistes, en terre cuite émaillée, placés dans les lunettes des portes (les deux autres sont des surmoulages modernes des précédents).

Au tombeau de saint Savin (si la date assignée à ce monument par M. Bode est exacte) foit suite le buste de Pieiro Mellinî, (1474, et non 1494, comme le rapporte Perkins), le Mécène qui commanda la chaire de Santa Croce (Musée national de Florence). C’est une tête de vieillard très fouillée, d’une expression assez maussade, avec d’immenses oreilles parcheminées.

A San Gimignano, Benedetto exécuta un certain nombre de sculptures, soit pour le dôme (autel de Santa Fina, chapelle de San Gimignano, ciborium, buste de Pietro Onofrio; 1498), soit pour l’église Saint-Augustin (autel de San Bartolo, 1494). Les figures, un peu épaisses, un peu empêtrées (surtout les anges), font penser à un diamant incomplètement taillé. Par le manque de netteté des lignes, Benedetto se sépare ici complètement de Matteo Civitale, avec les productions duquel (la Foi, par exemple) il offre parfois certains points de contact; son indécision tranche avec la froideur, la sécheresse et la dureté propres au maître lucquois.

A Sienne, notre artiste enrichit l’église San Domenico d’un beau ciborium, œuvre moitié architecturale, moitié sculpturale, d’un dessin très châtié et très savoureux, avec les festons, les banderoles, les griffes de lion, les oves et les imbrications obligatoires.

A Pérouse, la statue — • en terre cuite dorée — de la Justice, placée en 1498 au Cambio, est également l’œuvre de Benedetto'.

En 1480, Benedetto, assisté de ses deux frères Giuliano et Giovanni, enrichit la petite église de la « Madonna dell’ Olivo », près de Prato, d’un monument de sa piété et de son talent : il lui fit don d’une statue de la Vierge avec V Enfant, en terre cuite non coloriée, et d’un bas-relief avec trois figures à mi-corps, en marbre blanc appliqué contre une pierre d’un vert foncé, représentant une Pietà. Ce dernier ouvrage, qui nous montre des types archaïques, souffreteux, absolument incompatibles avec la manière de Benedetto, doit être mis au compte de ses frères.

Au Palais Vieux de Florence, Benedetto sculpta (antérieurement à l’année 1481), en collaboration avec son frère Giuliano, la porte de la salle dite de l’Horloge et la statue en marbre de Saint Jean-Baptiste jeune, aujourd’hui au Musée national de Florence. Je refuse formellement pour ma part de m’associer à l’admiration qu’excite cette statue. C’est une œ'uvre doucereuse et maniérée, qui ne saurait se mesurer en aucune fiiçon avec les œuvres analogues de Donatello. Le jeune anachorète a l’air de chanter sa romance. Quant aux

1. Schmarsow : Archivio storico dett’ Arle, iR8q, p. SSp-SBB.

lîENEDETTO DA MAjANO.

bas-reliefs de la porte, — entre autres la Trinité, (représentée par trois têtes, dont l’une de fltce, les deux autres de profil), — ils nous offrent des types qui ne sont pas exempts de brutalité et de laideur, semblables en ceci à certains types de Mino de Fiesole.

Dans les Scènes de la vie de saint François d' Assise, sculptées en bas-relief sur la chaire de l’église Santa Croce à Florence (date inconnue; l’ouvrage fut exécuté aux frais de Pietro Mellini), Benedetto a créé quelques jolis tableaux, habilement agencés, d’une composition sobre et claire.

Des motifs d’architecture encadrent harmonieusement les scènes (on remarque entre autres la reproduction du Colisée de Rome et celle d’une colonne triomphale), saut dans le Saint François recevant les stigmates, où le tond se compose d’un paysage, d’ailleurs moins accentué que les paysages correspondants de Ghiberti. Assurément, il ne faut demander à notre artiste ni passion, ni fougue, ni grandeur; son Saint François traversant un bûcher (ce bûcher est microscopique, ce qui ôte au miracle toute sa portée) n’égale à aucun degré la composition analogue peinte par Giotto dans la même église. Mais dans les scènes calmes et recueillies, telles que la Mort de Saint François, Benedetto sait intéresser et toucher. Notre gravure reproduit cette composition si bien pondérée et rythmée. Il faut également accorder une mention très honorable au Massacre des Franciscains en Afrique. Un bourreau — nu à l’exception des reins et de l’épaule droite, que ceint une écharpe — tranche la tête d’un vieillard prosterné devant lui. A droite, le sultan qui ordonne le supplice; à gauche, des Franciscains debout ou agenouillés; au fond, un escalier et une balustrade, avec deux jeunes gens, l’un assis sur les marches, l’autre sur la balustrade, motif qui rappelle vaguement les bas-reliefs de Donatello à Padoue.

En résumé, dans ces bas-reliefs Benedetto a fait preuve d’un véritable talent

de composition. Que lui a-t-il manqué pour s’élever au caractère ou à l’élégance? Du parti pris, de la conviction, une manière de voir qui affirmât hautement sa personnalité, son système, si l’on veut; des contrastes plus tranchés et surtout ce souci de la forme creusée, caressée, ce souci du style dans les petites choses, qui avait ftit le fond de l’art de Donatello et de Ghiberti.

Cinq statues de Vertus complètent la chaire de Santa Croce : elles montrent la grâce plutôt que la force.

A Naples, où il se rendit vers 1490, Bendetto construisit, pour le comte de Terranuova, dans l’église de Montoliveto, une chapelle qu’il décora d’un retable avec V Annonciation, de deux statues représentant Saint Jean-Baptiste et Saint Jean V Evangéliste, et de Scènes de F Histoire du Christ. Dans V Annonciation, la Vierge se ftit remarquer par sa grâce peut-être un peu cherchée, et l’ange par la violence de ses mouvements et la lourdeur de ses draperies.

M. Bode attribue en outre à Benedetto le tombeau de Marie d’Aragon (f 1470), dans l’église de Montoliveto : Benedetto l’aurait exécuté d’après l’esquisse composée par Antonio Rossellino.

C’est pour Naples également que Benedetto fut chargé de sculpter une longue série de statues et de bas-reliefs destinés à la « Porta Capuana » et repré sentant le Couronnement du roi Ferdinand. Mais ce travail, interrompu par les événements politiques, ne fut pas achevé. A la mort de l’artiste on trouva dans son atelier de Florence un certain nombre de sculptures ébauchées : une statue du duc de Calabre, une de Don Frédéric, chacune de trois brasses de haut, les statues d’un roi, d’un évêque, d’un joueur d’instruments, d’un danseur, etc. D’après Vasari, la « Porta Capuana » devait être enrichie de plus de quatrevingts figures. Le biographe ajoute que de son temps on voyait encore plusieurs de ces statues ou statuettes dans l’église de la Misericordia à Florence.

Mais r^’enons aux travaux destinés à la ville natale de Benedetto. Les relations de l’artiste avec Filippo Strozzi nous ont valu, outre le palais Strozzi (p. 401), une série de sculptures des plus intéressantes : le buste en terre cuite (.Musée de Berlin) et le buste en marbre (Musée du Louvre; gravé t. I, p. 65) de Stroi^i, tous deux très simples et très vivants, puis sa médaille et enfin son tombeau. Ce dernier monument, dans l’église de Santa Maria Novella, se compose d’un sarcophage en pierre noire, reposant sur des griffes de lion, et orné, sur sa face, de deux anges en reliet soutenant une tablette commémorative. L’espace au-dessus est rempli par des anges en adoration et par des chérubins qui supportent un médaillon renfermant un groupe de la Madone et l’EnJant Jésus. Suaves dans leur expression et pleins de ferveur, ces anges manquent de liberté dans leurs mouvements : ils révèlent chez l’artiste le manque de fortes études premières.

Laurent le Magnifique n’eut garde de négliger un sculpteur aussi habile que Benedetto da Majano. Il lui confia (en 1490) l’exécution du monument commémoratif de Giolto (avec un buste en bas-relief d’une élégance un peu ficile),

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