I. Archivio storico Lombardo, 1882, p
MCCOLO DELL’ ARCA.
deir Area, le Florentin Francesco di Simone, puis Michel-Ange, et enfin Sperandio de Mantoue, qui créent les œuvres véritablement fixités pour s’imposer. On affirme que Baccio da Montelupo séjourna également à Bologne dans sa jeunesse et y exécuta les statues des Dou::^e Apôtres.
Né à Bari, fixé jeune encore à Bologne, Niccolo dell’ Area s’inspira principalement des modèles
laissés par Jacopo délia Quercia, bien que celui-ci, selon toute vraisemblance, fût mort assez longtemps avant son arrivée. Son premier ouvrage à date certaine (iqSB) est le vigoureux bas-relief de l’église San Giacomo Maggiore , représentant Annibal Bentivoglio à cheval (gravé t. I, p. 58i).
En 1467, Niccolo fut chargé de terminer le couronnement en marbre de la chîxsse (l’« area », d’où son surnom) de Saint Dominique, ouvrage considérable, où il succéda à des maîtres tels que Niccolo Pisano et où il eut à son tour des successeurs tels que Michel -Ange. De 1469 à [473 environ, l’artiste y sculpta les Anges tenant des festons, figures d’une plénitude, d’une exubérance et d’une désinvolture étonnantes pour un ouvrage du xv'’ siècle. Dieu le Père, quatre Prophètes, vêtus en Sarrasins (l’un d’eux gravé t. I, p. 298) et offrant une saveur réaliste très marquée, cinq Saints et enfin une Pietà. On y admire la netteté et la force de la caractéristique, et je ne sais quoi de vif, de spirituel, de brillant. La statuette de l’ange agenouillé qui tient un flambeau a longtemps passé pour l’œuvre du Buonarroti. De fait, elle l’emporte sur la statuette de ce dernier par le sentiment de la jeunesse et de la grâce, par sa rare suavité. Considéré au point de vue architectural, le couronnement de 1’ « Area » est d’ailleurs aussi irrégulier que possible : il procède avant tout de la sculpture en bois; certains motifs, par exemple cet
E. Münlz. — II. Italie. L’Age d’Or.
Statue d’Ange, par Michel-Ange.
(Châsse de saint Dominique à Bologne.)
MISTOIRr-: DE L’ART PENDANT LA RENAISSANCE.
enfant appuyé sur une seule jambe, ces dauphins dont les uns montent et dont les autres descendent, violent les règles de la sculpture en marbre et, on peut l’ajouter, de la sculpture décorative.
En 1478, Niccolü exécuta pour la façade du Palais Public de Bologne une superbe terre cuite représentant la Vierge avec P Enfant Jésus. On admire dans ce morceau une liberté, une ampleur, un mouvement et une vie extraordinaires; les draperies sont traitées par grandes masses, avec une véritable bravoure; l’enfant, le nez un peu relevé, n’est pas sans analogies avec les types de Verrocchio.
On manque de détails sur les dernières années de Niccolô dell’ Area. Nous savons seulement qu’il mourut en 1494.
Le sculpteur et médailleur Sperandio ‘ était, comme Niccolô dell’ Area, un étranger : il se rattachait par ses origines à la ville de Rome; son père, l’orfèvre Bartolommeo, fixé à Mantoue, puis à Ferrare, appartenait en effet à la noble famille romaine des Savelli. Sperandio naquit, selon toute vraisemblance, à Mantoue, vers 1425; il suivit son père à Ferrare et devint le médailleur attitré de la cour d’Este, au service de laquelle il demeura jusqu’en 1477; après un séjour à Eaenza, il se fixa, en 1478, à Bologne. On ignore où et quand il mourut : ce fut probablement vers i5oo, et non en i528, comme on l’a longtemps cru.
Sperandio travaillait le marbre aussi bien que le bronze, et si l’on ne peut lui attribuer que par conjecture certains bustes ou certaines sculptures décoratives (buste en terre cuite de Jean II Bentivoglio, dans la collection Orlofî à Paris; bas-relief d’Eléonore d’Aragon, dans la collection G. Dreyfus, etc.), il est aujourd’hui acquis qu’il exécuta, en 1482, le tombeau du Pape Alexandre V, dans l’église San Francesco à Bologne, œuvre lourde et empâtée, avec des figures pauvres et vides. On affirme qu’il modela vers la môme époque les chambranles (en terre cuite) de la jolie porte de l’église Santa Caterina (ou Corpus Domini) dans la même ville, avec ses génies, ses candélabres, ses mascarons, à la fois pleins de naïveté et pleins de charme, nullement comparables au malencontreux tombeau d’Alexandre V. — Nous aurons à apprécier plus loin le mérite de Sperandio comme médailleur h
Parmi les sculpteurs originaires de Bologne, le Cicerone mentionne avec force éloges les œuvres — des terres cuites principalement — de Vincenzo Onofri, l’auteur du mausolée de l’évêque Nacci à San Petronio (vers 1480), du buste du philosophe Beroalde à San Martino Maggiore (1604), et de différents autres ouvrages. Il y relève la finesse, la grâce et la vie.
1. Bibl. : A. Venturi : Archivio storico dell' Arte, 1888, p. 385; 1889, p. 229.
2. Sperandio étant mort, scion toute probabilité, vers l’année i5oo, ne saurait être l’auteur du buste placé sur le tombeau de Mantegna (| i,5o6). Ce buste, attribué par M. de Fabriczy à Bartolommeo Melioli, vient d’étre revendiqué par MM. U. Rossi et Bode en faveur de Gian Marco Cavalli. {Archivio storico dell’ Arte, 1888, p. 428.)
LES SCULPTEURS DE MAXTOLHi.
Le peintre Francesco Francia s’essaya aussi, mais d’une manière accidentelle, dans la sculpture. On lui attribue le portrait en bas-relief de G. Beiitivoglio (église San Francesco à Bologne) et le buste d’un Gentil boni me bolonais (Musée de Berlin, n“ 191).
A Ferrare, Alfonso Lombardi ou Altonso Citadella éclipse tous ses contemporains. Ce maître appartient au xv" siècle par la date de sa naissance et à la fin de la Renaissance par la date de sa mort (1537). Ayant l’embarras du choix, il nous a paru préférable de réserver sa biographie pour notre troisième volume, consacré à une époque où les sculptures intéressantes se font si rares.
Parmi les sculpteurs qui travaillèrent à Mantoue , il suffit de rappeler les noms de Luca Fancelli,
Gian Cristoforo Romano,
Gian Marco Cavalli, l’Antico (p. 282-284).
serais disposé à inscrire à l’actif de Fancelli les Génies nus, sculptés en bas-relief sur la balustrade de l’escalier de l’église San Sebastiano ( revendiqués
récemment par M. Friz- Madone de Niccolô deir Area. (Palais Publie de Bologne.)
zoni en fitveur de Dona-
tello). Ces génies, malheureusement très trustes aujourd’hui, sont très largement traités et très libres de mouvements'. Le grand Andrea Mantegna a également le droit de figurer dans ce groupe d’élite : des poésies contemporaines célèbrent l’habileté avec laquelle il maniait l’ébauchoir. — Plus que toute autre École, celle de Mantoue se renfermait dans l’étude de l’antiquité, incitée qu’elle y était par la marquise Isabelle. Mais tout nous autorise à affirmer que ses productions gardaient néanmoins quelque chose de cette saveur qui faisait si complètement défaut à l’École de Padoue.
I. L’un de ces bas-reliefs est gravé dans la Renaissance au temps de Chartes VIII, p. 336.
Guido Mazzoni', surnommé Paganino, d’après le prénom d’un de ses parents, et Modanino, d’après le nom de sa patrie, appartenait à une flimille assez considérable des environs de Modène. Il débuta par la confection de masques de carnaval ou de théâtre et dirigea, en qualité d’ « imprésario », une fête donnée en l’honneur d’Eléonore d’Aragon. Ses premières créations monumentales semblent avoir été (vers iqfS), dans l’église de Busseto, la Nativité, dont un fragment, une tète, se trouve aujourd’hui entre les mains du comte Lodovico Cesis, à Modène, et la Déposition de croix, qui est restée en place. Un peu plus tard, entre 1477 et 1480, il exécuta en terre cuite une autre Déposition de croix.
La Déposition de croi.x, par Mazzoni. (Eglise San Giovanni à Modène.)
pour l’oratoire de « San Giovanni Decollato », à Modène. Cette composition, reproduite ci-dessus, est pleine de vie, d’émotion, d’éloquence. L’artiste y a habilement mêlé des figures idéales à des figures réelles (quelques-unes peut-être moulées sur nature), et a ainsi singulièrement ajouté à l’effet de cette scène déchirante. S’il a exagéré l’expression de la douleur dans celle des femmes qui ouvre la bouche pour crier, dans celle qui lui fait pendant il a merveilleusement rendu la résignation. L’attitude du disciple bien-aimé (quelque jeune clerc du XV® siècle), qui prodigue ses soins à la Vierge, est noble et touchante au possible. On ne saurait imaginer une traduction plastique plus saisissante du Mystère de la Passion, dont les représentations étaient encore si fréquentes à cette époque.
Selon toute vraisemblance, Mazzoni exécuta également la Pietà de l’église
I. Bibl. : Malmusi, Galgani et Vardrighi, le Opère di Guido Manoni e di Antonio Begarelli. Modène, 1823. — La Renaissance au temps de Charles VIII, p. 482, 533 et le t. I du présent ouvrage, p. 117. — Venturi : Arebivio storico delP Arte, 1889, p. l56; 1890, p. 5 et suiv.
GUIDÜ MAZZÜXl.
« Santa Maria délia Rosa », à Ferrare, et la Vierge avec F Enfant adorée par des saints, autrefois dans l’église de 1’ « Osservanza », aujourd’hui au dôme de Modène. Venise et Crémone s’enrichirent également d’œuvres similaires, aujourd’hui détruites.
En 1489, Mazzoni se rendit h Naples, où il résida plusieurs années durant. Outre le buste en bronze du roi Ferdinand (gravé t. I, p. 1 15), il y modela la célèbre Déposition de croix de l’église de Monte Oliveto (gravée page 267). Cette composition est à la
Modène ; au lieu de grouper harmonieusement les personnages, l’artiste les a simplement juxtaposés, et de telle manière que la plupart d’entre eux se montrent de profil (on affirme qu’il y représenta l’historien et poète Pontano sous les traits de Nicodème ,
Sannazar sous ceux de Joseph d’Arimathie,
Alphonse sous ceux de saint Jean). Après avoir suivi Charles VIII en France (où nous le retrouverons plus tard), Mazzoni, après un premier voyage à Modène en i5o7, revint se fixer définitivement dans sa ville natale en i5i6, chargé d’honneurs et de richesses; il y mourut deux années après, en i5i8.
Dans son testament, l’artiste (qualifié de « magnificus cornes et eques dominus Guido de Mazonis ») divisa en trois parties sa fortune, qui était fort ronde : il en laissa une partie à sa veuve et à ses parents, la seconde au montde-piété de Modène, la dernière aux pauvres.
Par son réalisme, non moins que par son culte pour la polychromie, Mazzoni appartient encore à l’ère des Primitifs : il les dépasse, d’un autre
fois plus crue et plus théâtrale que celle de
Fragment d’une statue de Mazzoni.
(Collection du comte Cesis à Modène.)
côté, par rextrême souplesse de son style et par la puissance du sentiment dramatique.
Un autre artiste considérable de Modène, Antonio Begarelli (i565), nous échappe par la date de ses travaux.
A Venise, la sculpture, sans connaître les fortes études et sans nourrir les hautes ambitions de l’Ecole florentine, nous oflre un ensemble de productions varié, intéressant et séduisant au suprême degré : statues, bustes et bas-reliefs, retables, frises et cariatides, cheminées et tombeaux, margelles de puits et bases de nicâts ', marbres, bronzes et terres cuites. Aussi bien les architectes, presque tous habitués à manier le ciseau en même temps que le compas, lui ftisaient-ils la part belle : à l’opposé des architectes-peintres, tels que Bramante, Raphaël, Peruzzi, ils mettaient leur gloire à charmer, non par la correction des lignes, mais par le luxe des détails et prodiguaient sans compter rinceaux, arabesques, masques et mascarons, ornements de toute nature. Ils se rencontraient sur ce point avec leurs voisins les Lombards, dont ils procèdent sur bien des points : les principaux d’entre eux, pendant, la période qui nous occupe, les Lombard!, avaient en effet pour patrie les environs du lac de Côme ; seuls Antonio Riccio et Leopardi pouvaient être revendiqués, le premier par Vérone, le second par Venise même. Sans suivre exactement les errements de l’Lcole personnifiée par les Mantegazza, les Omodeo, les Solari, les Bambaja, etc., les sculpteurs vénitiens aboutirent cependant à des résultats à peu près identiques : la suavité des types et le sentimentalisme des expressions se substituèrent chez eux à l’âpreté primitive. Je ne serais pas éloigné de croire que l'influence de Léonard de Vinci y fût pour quelque chose, quoique le maître ne semble avoir visité Venise qu’assez tard et n’y avoir séjourné que peu de temps. Cette influence a pu s’exercer par le canal de Verrocchio, qui portait en lui à l’état plus ou moins latent quelques-uns des traits distinctifs du génie de son immortel disciple; elle se propagea plus tard, après 1490, par l’initiative d’Andrea et de Cristoforo Solari, fixés un instant à ^Vnise. Enfin les œuvres mêmes de Léonard éveillèrent un écho au milieu des lagunes : nous le savons par la copie en marbre de la Cène, dans l’église « Santa Maria dei Miracoli ».
Si les sculpteurs vénitiens se rapprochaient, d’autre part, des sculpteurs de
I. Pour toutes ces sculptures décoratives, je renvoie le lecteur à l’ouvrage de M. Molinier : Venise, ses arts décoratifs et scs collections. — Tout est à admirer dans ce siècle' béni et dans cette ville fortunée. « On s’oublierait une journée, dit Charles Blanc, rien qu’à regarder les margelles des citernes du Palais ducal, sculptées d’un goût charmant par deux artistes du xvP siècle, Niccolo Conti, Vénitien, et Alphonse Alberghetti, de Ferrare. Flanquées de cariatides, de sirènes, historiées de sujets bibliques, ciselées de mille arabesques en haut et basrelief élégamment tourmentées, ces belles vasques sont travaillées comme des coupes de Benvenuto, et revêtues, à l’intérieur, de plaques en bronze niellé. » (De Paris à Venise, p. 146.)